Par Luc Pitallier · Tous les parcours

🎯 Pourquoi De Gaulle et l’exĂ©cutif fort sont-ils emblĂ©matiques en histoire ?

L’histoire de la France contemporaine bascule radicalement en 1958, lorsque le GĂ©nĂ©ral de Gaulle revient au pouvoir pour mettre fin Ă  l’instabilitĂ© chronique de la IVe RĂ©publique. En imposant une nouvelle vision de l’État, De Gaulle et l’exĂ©cutif fort redĂ©finissent totalement les rĂšgles du jeu politique, transformant le PrĂ©sident en vĂ©ritable clĂ© de voĂ»te des institutions. Cette pĂ©riode fondatrice, qui s’étend jusqu’à sa dĂ©mission en 1969, installe les mĂ©canismes de pouvoir que nous connaissons encore aujourd’hui, de l’élection au suffrage universel Ă  l’usage du rĂ©fĂ©rendum. Comprendre cette rupture est donc essentiel pour saisir le fonctionnement actuel de notre dĂ©mocratie et la prééminence du chef de l’État.

👉 Poursuivons avec le premier chapitre pour bien comprendre le contexte explosif qui a permis cette transformation.

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🧭 La fin de l'impuissance : le retour du GĂ©nĂ©ral

📌 Le rejet du « rĂ©gime des partis »

Pour comprendre l’émergence de De Gaulle et l’exĂ©cutif fort, il faut d’abord visualiser le chaos politique des annĂ©es 1950 sous la IVe RĂ©publique. Ce rĂ©gime se caractĂ©risait par une instabilitĂ© chronique, oĂč les gouvernements tombaient les uns aprĂšs les autres, souvent au bout de quelques mois seulement, victimes des jeux d'alliances parlementaires changeants. En effet, le pouvoir lĂ©gislatif (l’AssemblĂ©e nationale) dominait Ă©crasantement un pouvoir exĂ©cutif faible et dĂ©pendant, incapable de prendre des dĂ©cisions stratĂ©giques sur le long terme. Cette situation, que Charles de Gaulle qualifiait avec mĂ©pris de « rĂ©gime des partis », paralysait la France face aux dĂ©fis de la reconstruction et de la dĂ©colonisation.

L'opinion publique, lassĂ©e par cette « valse des ministĂšres », aspirait Ă  plus d'autoritĂ© et d'efficacitĂ© au sommet de l'État. Le souvenir du GĂ©nĂ©ral, l'homme du 18 juin 1940 qui avait su incarner la rĂ©sistance et l'unitĂ© nationale, restait vivace dans l'esprit des Français comme une figure de recours possible. De Gaulle, retirĂ© Ă  Colombey-les-Deux-Églises, attendait son heure, persuadĂ© que le systĂšme parlementaire finirait par s'effondrer de lui-mĂȘme faute de colonne vertĂ©brale. Son analyse Ă©tait que la France, pays de divisions, avait besoin d'un arbitre au-dessus des querelles partisanes pour assurer la continuitĂ© de l'État.

C’est dans ce climat de dĂ©fiance envers les dĂ©putĂ©s et d'attente d'un homme providentiel que se noue le drame de 1958. La paralysie institutionnelle n'Ă©tait pas seulement un problĂšme technique ; elle devenait un danger vital pour la nation alors que les tensions internationales et coloniales s'aggravaient. L'idĂ©e d'un exĂ©cutif fort n'Ă©tait donc pas un caprice autoritaire, mais apparaissait Ă  beaucoup comme une nĂ©cessitĂ© de survie pour la RĂ©publique.

📌 La crise algĂ©rienne comme catalyseur

Le vĂ©ritable dĂ©tonateur du retour de De Gaulle est la guerre d’AlgĂ©rie, qui s'enlise et divise profondĂ©ment la sociĂ©tĂ© française et l'armĂ©e. Le 13 mai 1958, une Ă©meute Ă©clate Ă  Alger, fomentĂ©e par des partisans de l'AlgĂ©rie française et soutenue par une partie de l'armĂ©e qui craint un abandon du pouvoir politique. Un ComitĂ© de salut public est formĂ©, et les gĂ©nĂ©raux sur place exigent le retour de De Gaulle, seul homme jugĂ© capable de maintenir l'AlgĂ©rie dans la France. La menace d'un coup d'État militaire, avec l'opĂ©ration « RĂ©surrection » prĂ©voyant le largage de parachutistes sur Paris, fait trembler la IVe RĂ©publique sur ses bases.

Face Ă  cette pression immense, le gouvernement de Pierre Pflimlin dĂ©missionne, et le prĂ©sident RenĂ© Coty se rĂ©sout Ă  appeler le « plus illustre des Français ». Charles de Gaulle accepte de revenir au pouvoir, mais il pose une condition non nĂ©gociable : obtenir les pleins pouvoirs pour rĂ©diger une nouvelle Constitution. Il refuse d'ĂȘtre simplement un prĂ©sident du Conseil de plus sous la IVe RĂ©publique ; il veut changer la rĂšgle du jeu. Le 1er juin 1958, il est investi par l'AssemblĂ©e nationale, signant l'acte de dĂ©cĂšs du rĂ©gime parlementaire classique.

Pour en savoir plus sur le texte fondateur qu'il va mettre en place, tu peux consulter notre article dĂ©diĂ© Ă  la Constitution de 1958. C'est ce texte qui va juridiquement permettre Ă  De Gaulle et l’exĂ©cutif fort de s'installer durablement. La crise algĂ©rienne a donc servi de levier pour imposer une rĂ©forme que De Gaulle mĂ»rissait depuis son discours de Bayeux en 1946, prouvant que les grandes rĂ©formes naissent souvent des grandes crises.

⚙ L'architecture d'un exĂ©cutif dominant

📌 Le PrĂ©sident : clĂ© de voĂ»te des institutions

La Constitution du 4 octobre 1958, rĂ©digĂ©e sous l'autoritĂ© de Michel DebrĂ© mais inspirĂ©e par les idĂ©es du GĂ©nĂ©ral, place immĂ©diatement le PrĂ©sident de la RĂ©publique au centre du jeu. Contrairement Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs qui inauguraient les chrysanthĂšmes, le nouveau chef de l'État dispose de pouvoirs propres dispensĂ©s de contreseing ministĂ©riel, ce qui est une rĂ©volution juridique. L'article 5 le dĂ©finit comme le gardien de la Constitution et l'arbitre qui assure le fonctionnement rĂ©gulier des pouvoirs publics ainsi que la continuitĂ© de l'État. Il n'est plus un spectateur, mais le capitaine du navire.

Parmi ses prĂ©rogatives les plus puissantes, le droit de dissolution de l'AssemblĂ©e nationale (article 12) est une arme redoutable qui lui permet de trancher un conflit avec le Parlement en renvoyant les dĂ©putĂ©s devant les Ă©lecteurs. De plus, l'article 16 lui confĂšre des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave menaçant l'intĂ©gritĂ© du territoire ou l'indĂ©pendance de la nation. De Gaulle utilisera cet article en 1961 lors du putsch des gĂ©nĂ©raux Ă  Alger, assumant seul la direction totale du pays pendant plusieurs mois, une illustration parfaite de la notion de De Gaulle et l’exĂ©cutif fort.

Cette architecture institutionnelle vise Ă  protĂ©ger l'exĂ©cutif des humeurs de l'AssemblĂ©e. Le PrĂ©sident nomme le Premier ministre (article 8) et met fin Ă  ses fonctions sur prĂ©sentation de la dĂ©mission du Gouvernement. Dans la pratique, lorsque les majoritĂ©s prĂ©sidentielle et parlementaire concordent, le chef de l’État peut obtenir cette dĂ©mission ; ce rapport politique ne constitue pas un pouvoir constitutionnel de rĂ©vocation. Dans la pratique gaullienne, le Premier ministre devient le « second » qui gĂšre l'intendance, tandis que le PrĂ©sident fixe les grandes orientations et prend les dĂ©cisions historiques.

📌 Le parlementarisme rationalisĂ©

Pour garantir la stabilitĂ© de l'exĂ©cutif, la Constitution de 1958 met en place ce qu'on appelle le « parlementarisme rationalisĂ© ». Il s'agit d'un ensemble de rĂšgles techniques destinĂ©es Ă  encadrer les pouvoirs du Parlement et Ă  empĂȘcher le renversement intempestif des gouvernements. DĂ©sormais, l'ordre du jour de l'AssemblĂ©e est fixĂ© prioritairement par le gouvernement, et non plus par les dĂ©putĂ©s eux-mĂȘmes, ce qui permet Ă  l'exĂ©cutif de maĂźtriser le calendrier lĂ©gislatif et d'avancer ses rĂ©formes.

L'article 49.3 est sans doute l'outil le plus célÚbre de cet arsenal : il permet au Premier ministre d'engager la responsabilité du gouvernement sur un texte, qui est alors considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est votée par la majorité absolue des députés. Cette procédure inverse la charge de la preuve : ce n'est plus au gouvernement de chercher une majorité pour chaque texte, c'est à l'opposition de prouver qu'elle a une majorité pour le renverser. Cela change tout et offre une longévité inédite aux équipes gouvernementales.

En outre, le vote bloqué (article 44) permet au gouvernement de demander un vote unique sur tout ou partie d'un texte, en ne retenant que les amendements qu'il accepte. Ces mécanismes réduisent la capacité de nuisance des partis et obligent la majorité à rester soudée derriÚre l'exécutif. Tu peux découvrir comment ces outils ont évolué en lisant notre article sur les réformes institutionnelles de la Ve République. L'objectif était clair : en finir avec l'impuissance et donner au gouvernement les moyens de gouverner.

📜 1962 : Le sacre du PrĂ©sident par le peuple

📌 L'attentat du Petit-Clamart et la riposte politique

Si 1958 a créé les outils, c'est l'année 1962 qui va véritablement sceller la nature présidentielle du régime. Le 22 août 1962, le Général de Gaulle échappe de justesse à un attentat organisé par l'OAS (Organisation de l'Armée SecrÚte) au Petit-Clamart : sa voiture est criblée de balles, mais le couple présidentiel s'en sort indemne. De Gaulle prend conscience que sa légitimité, tirée de l'Histoire et de son rÎle en 1940 et 1958, pourrait ne pas suffire à son successeur. Si le Président meurt, qui aura l'autorité pour maintenir cet exécutif fort sans l'aura du Général ?

Il dĂ©cide alors de modifier la Constitution pour que le PrĂ©sident de la RĂ©publique soit dĂ©sormais Ă©lu au suffrage universel direct, et non plus par un collĂšge de grands Ă©lecteurs (maires, conseillers gĂ©nĂ©raux, dĂ©putĂ©s) comme c'Ă©tait le cas en 1958. Cette rĂ©forme est capitale : elle vise Ă  donner au chef de l'État une onction dĂ©mocratique directe, le plaçant au-dessus des partis et Ă  Ă©galitĂ© de lĂ©gitimitĂ© avec l'AssemblĂ©e nationale. C'est un coup de tonnerre politique qui scandalise la classe politique traditionnelle.

La quasi-totalitĂ© des partis (sauf les gaullistes) crie au « coup d'État permanent », reprenant le titre du cĂ©lĂšbre pamphlet de François Mitterrand. Le PrĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale, Gaston Monnerville, accuse mĂȘme le Premier ministre de forfaiture. L'AssemblĂ©e vote une motion de censure et renverse le gouvernement Pompidou, un Ă©vĂ©nement unique sous la Ve RĂ©publique. La rĂ©ponse de De Gaulle est immĂ©diate et cinglante : il dissout l'AssemblĂ©e et maintient son rĂ©fĂ©rendum.

📌 Le rĂ©fĂ©rendum d'octobre 1962

Le référendum du 28 octobre 1962 est un véritable plébiscite pour ou contre De Gaulle. Le Général s'adresse directement aux Français, contournant les partis et les corps intermédiaires : « Si votre réponse est "non", il est bien évident que ma tùche sera terminée aussitÎt ». Il met tout son poids politique dans la balance. Le « Oui » l'emporte largement avec 62,25 % des suffrages exprimés. Le peuple français valide ainsi la vision gaullienne d'un lien direct entre le chef et la nation.

Les Ă©lections lĂ©gislatives qui suivent confirment ce triomphe : les gaullistes de l'UNR remportent une victoire Ă©crasante. Pour la premiĂšre fois dans l'histoire rĂ©publicaine française, un parti dispose Ă  lui seul de la majoritĂ© absolue Ă  l'AssemblĂ©e. C'est la naissance du « fait majoritaire » qui va stabiliser durablement la Ve RĂ©publique. DĂ©sormais, le PrĂ©sident est le chef incontestĂ© de la majoritĂ© parlementaire, ce qui renforce considĂ©rablement l'idĂ©e de De Gaulle et l’exĂ©cutif fort.

Cette rĂ©forme change la nature mĂȘme du rĂ©gime. Nous passons d'un rĂ©gime parlementaire rationalisĂ© Ă  un rĂ©gime « semi-prĂ©sidentiel » ou, selon les mots du constitutionnaliste Maurice Duverger, une « monarchie rĂ©publicaine ». Le PrĂ©sident n'est plus seulement un arbitre ; il devient le capitaine qui tire sa lĂ©gitimitĂ© directement de la souverainetĂ© populaire. Pour comprendre l'importance de cet outil, consulte notre analyse sur les rĂ©fĂ©rendums de la Ve RĂ©publique.

🎹 Le « Domaine rĂ©servĂ© » : le prĂ© carrĂ© du chef

📌 La dĂ©fense et la force de frappe nuclĂ©aire

Au cƓur de la pratique du pouvoir par De Gaulle, il y a la notion de « domaine rĂ©servĂ© ». Bien que cette expression ne figure pas dans la Constitution (c'est une invention de Jacques Chaban-Delmas en 1959), elle dĂ©signe les secteurs oĂč le PrĂ©sident dĂ©cide seul, laissant au Premier ministre la gestion des affaires intĂ©rieures et Ă©conomiques. Le premier pilier de ce domaine rĂ©servĂ© est la DĂ©fense nationale et, plus spĂ©cifiquement, l'arme nuclĂ©aire. Pour De Gaulle, l'indĂ©pendance de la France ne se nĂ©gocie pas et repose sur la dissuasion.

DĂšs son retour, il accĂ©lĂšre le programme nuclĂ©aire français. Le premier essai, baptisĂ© « Gerboise bleue », a lieu le 13 fĂ©vrier 1960 dans le dĂ©sert algĂ©rien. La France devient une puissance atomique, ce qui permet Ă  De Gaulle de parler d'Ă©gal Ă  Ă©gal avec les Grands. Il refuse que la dĂ©fense de la France dĂ©pende des États-Unis et dĂ©cide, en 1966, de retirer la France du commandement intĂ©grĂ© de l'OTAN, tout en restant membre de l'Alliance atlantique. Il chasse les bases amĂ©ricaines du sol français, affirmant avec force la souverainetĂ© nationale.

Le PrĂ©sident est le chef des armĂ©es (article 15), mais De Gaulle pousse cette prĂ©rogative Ă  son paroxysme. C'est lui seul qui dĂ©tient le code de l'arme nuclĂ©aire. Cette concentration ultime du pouvoir de vie et de mort sur le chef de l'État incarne physiquement le concept de De Gaulle et l’exĂ©cutif fort. Aucun ministre, aucun parlementaire ne peut interfĂ©rer dans cette stratĂ©gie de dissuasion « tous azimuts ».

📌 Une politique Ă©trangĂšre de grandeur

Le second pilier du domaine réservé est la diplomatie. De Gaulle mÚne une politique de « grandeur » visant à restaurer le rang de la France dans le monde. Il voyage énormément, utilisant ses déplacements comme des outils de communication politique mondiale. On retient ses coups d'éclat, comme la reconnaissance de la Chine populaire de Mao en 1964 (bien avant les Américains) ou son discours de Phnom Penh en 1966 critiquant l'intervention américaine au Vietnam. Il veut incarner une troisiÚme voie entre les blocs de l'Est et de l'Ouest.

Son interventionnisme va parfois jusqu'à l'incident diplomatique, comme lors de son célÚbre « Vive le Québec libre ! » lancé au balcon de l'hÎtel de ville de Montréal en 1967, qui provoque une crise majeure avec le gouvernement canadien. Pour De Gaulle, le Président incarne la France à l'étranger et sa parole engage la nation tout entiÚre. Il refuse la supranationalité européenne et prÎne une « Europe des nations », pratiquant la politique de la chaise vide à Bruxelles en 1965 pour bloquer l'évolution fédérale de la CEE.

Cette gestion personnelle de la diplomatie rĂ©duit le ministre des Affaires Ă©trangĂšres (souvent Maurice Couve de Murville) Ă  un rĂŽle d'exĂ©cutant brillant mais soumis. Les dĂ©cisions se prennent Ă  l'ÉlysĂ©e, lors des conseils restreints. Cette pratique a laissĂ© une trace profonde : encore aujourd'hui, la politique Ă©trangĂšre reste le prĂ© carrĂ© du PrĂ©sident français, une spĂ©cificitĂ© hĂ©ritĂ©e directement des annĂ©es De Gaulle. Pour voir comment cette politique s'inscrit dans la durĂ©e, tu peux lire l'article sur les alternances politiques en France.

🌍 La monarchie rĂ©publicaine : style et communication

📌 L'art de la mise en scĂšne et les mĂ©dias

L’exercice du pouvoir par De Gaulle est indissociable d'un style unique, mĂ©lange de solennitĂ© militaire et de modernitĂ© mĂ©diatique. Il comprend trĂšs tĂŽt l'importance de la tĂ©lĂ©vision, qu'il surnomme pourtant « l'Ă©trange lucarne ». Alors que la presse Ă©crite lui est souvent hostile, la tĂ©lĂ©vision (l'ORTF) est sous contrĂŽle de l'État. De Gaulle l'utilise pour entrer directement dans le salon des Français. Ses allocutions sont de vĂ©ritables performances d'acteur : il apprend ses textes par cƓur, utilise une gestuelle Ă©tudiĂ©e, joue avec ses lunettes et module sa voix pour dramatiser les enjeux.

Les confĂ©rences de presse Ă  l'ÉlysĂ©e deviennent des grand-messes rituelles. Devant un parterre de journalistes, assis sous les ors de la salle des fĂȘtes, il dĂ©livre des cours d'histoire et de gĂ©opolitique, rĂ©pondant Ă  des questions souvent convenues Ă  l'avance. C'est une communication verticale, descendante, qui renforce sa stature de « guide » de la nation. Il incarne l'autoritĂ©, la culture et la distance nĂ©cessaire Ă  la fonction prĂ©sidentielle. C'est l'image mĂȘme de De Gaulle et l’exĂ©cutif fort : un homme seul face au peuple, sans intermĂ©diaire.

Tu peux retrouver de nombreuses archives de ces moments sur le site de l'Ina via Lumni, qui montrent bien cette théùtralisation du pouvoir. Cette maßtrise de l'image permet de court-circuiter les corps intermédiaires (syndicats, partis) que le Général juge souvent archaïques ou corporatistes.

📌 Les bains de foule et la relation directe

Paradoxalement, cet homme hiĂ©ratique cherche le contact charnel avec le peuple. Il multiplie les voyages en province, visitant tous les dĂ©partements français. Ces dĂ©placements donnent lieu aux fameux « bains de foule », oĂč le PrĂ©sident se mĂȘle Ă  la population, serre des milliers de mains, au grand dam de son service de sĂ©curitĂ©. Pour De Gaulle, c'est une maniĂšre de vĂ©rifier sa lĂ©gitimitĂ©, de « sentir » le pays rĂ©el au-delĂ  des rapports prĂ©fectoraux. Il a besoin de cette ferveur populaire pour gouverner.

Cette relation directe culmine dans l'usage du rĂ©fĂ©rendum, qu'il conçoit comme un vote de confiance personnel. À chaque consultation (1958, 1961, 1962...), il met son mandat en jeu. C'est une forme de dĂ©mocratie directe cĂ©sarienne : « C'est moi ou le chaos ». Cette personnalisation extrĂȘme du pouvoir a ses limites : elle fragilise les institutions car elle lie le destin du rĂ©gime Ă  celui d'un seul homme. Tant que le GĂ©nĂ©ral gagne, le systĂšme tient ; mais que se passe-t-il si le lien de confiance se rompt ?

Cette pratique a façonné l'imaginaire politique français. Les présidents suivants tenteront tous, avec plus ou moins de succÚs, de reproduire cette posture de rencontre directe avec les Français, prouvant que le style gaullien est devenu la norme de la Ve République.

đŸ€ L'hĂ©ritage : un exĂ©cutif fort qui perdure

📌 La crise de Mai 68 et le dĂ©part en 1969

La toute-puissance de l'exĂ©cutif gaullien commence Ă  se fissurer lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 1965. De Gaulle est mis en ballottage par François Mitterrand, ce qui est vĂ©cu comme un camouflet pour celui qui pensait ĂȘtre réélu dĂšs le premier tour. L'usure du pouvoir se fait sentir. Mais c'est surtout la crise de Mai 68 qui Ă©branle le rĂ©gime. Face Ă  la rĂ©volte Ă©tudiante et Ă  la grĂšve gĂ©nĂ©rale, le GĂ©nĂ©ral semble d'abord dĂ©passĂ©, lointain, ne comprenant pas cette jeunesse qui s'ennuie. Le pouvoir vacille, le Premier ministre Georges Pompidou doit gĂ©rer la crise au quotidien.

Le 29 mai 1968, De Gaulle disparaßt quelques heures à Baden-Baden, créant une angoisse de vacance du pouvoir. Il revient requinqué, dissout l'Assemblée le 30 mai et remporte les législatives de juin avec une majorité raz-de-marée (l'UDR). Mais la magie est rompue. Les Français veulent l'ordre mais aussi le changement. Pour reprendre la main, De Gaulle tente un dernier coup de poker : un référendum en avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat. Il annonce qu'il partira si le non l'emporte.

Le 27 avril 1969, le « Non » gagne avec 52,41 %. FidĂšle Ă  sa promesse, De Gaulle dĂ©missionne le soir mĂȘme par un communiquĂ© laconique : « Je cesse d’exercer mes fonctions de prĂ©sident de la RĂ©publique. Cette dĂ©cision prend effet aujourd’hui Ă  midi ». C'est la fin de l'Ăšre gaullienne, mais pas la fin de la Ve RĂ©publique. Pour explorer les turbulences de cette pĂ©riode, l'article sur les crises politiques en France est un complĂ©ment indispensable.

📌 La prĂ©sidentialisation irrĂ©versible

On aurait pu penser que le départ du Commandeur marquerait un retour à des pratiques plus parlementaires. Il n'en fut rien. Ses successeurs, de Georges Pompidou à Emmanuel Macron, en passant par Mitterrand (pourtant critique féroce), se sont tous glissés avec aisance dans le costume taillé par et pour le Général. L'exécutif fort est devenu une seconde nature politique française. Le Président décide, le gouvernement exécute, le Parlement suit (la plupart du temps).

La constitution de 1958 a fait preuve d'une robustesse exceptionnelle, survivant aux alternances (1981) et aux cohabitations (1986, 1993, 1997). MĂȘme en pĂ©riode de cohabitation, oĂč le PrĂ©sident perd une partie de ses pouvoirs internes, il garde sa prééminence en politique Ă©trangĂšre et reste le symbole de l'État. Le quinquennat, instaurĂ© en 2000, et l'inversion du calendrier Ă©lectoral en 2002 ont encore renforcĂ© cette logique prĂ©sidentielle en alignant la majoritĂ© parlementaire sur l'Ă©lection prĂ©sidentielle.

Ainsi, De Gaulle et l’exĂ©cutif fort ne sont pas seulement une page d'histoire : c'est le code source de notre vie politique actuelle. Si des dĂ©bats existent aujourd'hui sur la nĂ©cessitĂ© d'une VIe RĂ©publique plus parlementaire, c'est bien la preuve que l'ombre du GĂ©nĂ©ral plane toujours sur l'ÉlysĂ©e. Pour comprendre ces dĂ©bats contemporains, les ressources de Vie-publique.fr offrent des Ă©clairages trĂšs pertinents.

🧠 À retenir sur De Gaulle et l'exĂ©cutif fort

  • La Constitution de 1958 naĂźt de la crise algĂ©rienne pour mettre fin Ă  l'instabilitĂ© de la IVe RĂ©publique.
  • Le tournant majeur est l'Ă©lection du PrĂ©sident au suffrage universel direct dĂ©cidĂ©e par rĂ©fĂ©rendum en 1962.
  • De Gaulle impose la pratique du « Domaine rĂ©servĂ© » (DĂ©fense, Affaires Ă©trangĂšres), faisant du PrĂ©sident le seul vrai dĂ©cideur stratĂ©gique.
  • Le style gaullien repose sur un lien direct avec le peuple (bains de foule, rĂ©fĂ©rendums) et l'utilisation moderne des mĂ©dias.

❓ FAQ : Questions frĂ©quentes sur l'exĂ©cutif gaullien

đŸ§© Qu'est-ce que l'article 16 de la Constitution ?

C'est l'article qui donne les « pleins pouvoirs » au Président de la République en cas de crise gravissime menaçant l'indépendance de la Nation. De Gaulle l'a utilisé une seule fois, en 1961, lors du putsch des généraux à Alger, transformant temporairement le régime en dictature romaine légale pour sauver la République.

đŸ§© Pourquoi parle-t-on de « coup d'État permanent » ?

C'est le titre d'un livre de François Mitterrand publié en 1964. Il y critique violemment la pratique du pouvoir par De Gaulle, qu'il juge autoritaire et méprisante envers le Parlement. Pour Mitterrand, le Général a personnalisé le pouvoir à l'excÚs, se comportant comme un monarque sans contrÎle réel.

đŸ§© Quelle est la diffĂ©rence entre le PrĂ©sident et le Premier ministre sous De Gaulle ?

Sous De Gaulle, le PrĂ©sident dĂ©finit les grandes orientations, s'occupe de la diplomatie et de la dĂ©fense, et incarne la Nation. Le Premier ministre est le « chef d'Ă©tat-major » qui met en Ɠuvre cette politique, gĂšre l'administration et affronte le Parlement. Si ça tourne mal, le Premier ministre sert de « fusible » et est remplacĂ©.

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1. En quelle année la Constitution de la Ve République a-t-elle été adoptée ?
2. Quel événement a précipité le retour de De Gaulle au pouvoir ?
3. Quel article permet au Président de dissoudre l'Assemblée nationale ?
4. Comment le Président était-il élu en 1958 ?
5. En quelle année le suffrage universel direct pour la présidentielle est-il adopté ?
6. Quel attentat a servi d'argument à De Gaulle pour modifier le mode d'élection ?
7. Comment appelle-t-on les secteurs oĂč le PrĂ©sident dĂ©cide seul (DĂ©fense, Diplomatie) ?
8. Quel outil permet au gouvernement de faire passer un texte sans vote ?
9. Quel Premier ministre a rédigé la Constitution avec De Gaulle ?
10. Qui a Ă©crit « Le Coup d'État permanent » ?
11. Quel nom De Gaulle donnait-il à la télévision ?
12. Quelle décision militaire majeure De Gaulle prend-il en 1966 ?
13. Quel était le nom du premier essai nucléaire français ?
14. Quelle phrase célÚbre De Gaulle prononce-t-il au Canada en 1967 ?
15. Qui met De Gaulle en ballottage à la présidentielle de 1965 ?
16. Quand De Gaulle démissionne-t-il ?
17. Sur quel sujet portait le référendum perdu de 1969 ?
18. Qui succÚde à De Gaulle à la présidence ?
19. Quel terme décrit le fait que le Président ait une majorité à l'Assemblée ?
20. Quelle expression qualifie l'instabilité gouvernementale de la IVe République ?

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