Par Luc Pitallier · Tous les parcours

Illustration schématique du Krach de 1929 : évolution de l'euphorie des Années folles vers la panique boursiÚre, la Grande Dépression (chÎmage, Hoovervilles) et la relance par le New Deal de Roosevelt.

đŸŽ„ De l'euphorie Ă  la crise : synthĂšse visuelle de l'effondrement de 1929 et de la rĂ©ponse politique amĂ©ricaine. 📾 Source : RĂ©viser l'histoire / IA.

🎯 Pourquoi le Krach de 1929 est-il une rupture majeure en histoire ? L’histoire du XXe siĂšcle bascule vĂ©ritablement un jeudi d’octobre, lorsque la bourse de New York s’effondre brutalement, mettant fin Ă  l’insouciance des annĂ©es 1920. Le Krach de 1929 n’est pas seulement un Ă©vĂ©nement financier technique, c’est le dĂ©tonateur d’une crise Ă©conomique et sociale mondiale sans prĂ©cĂ©dent : la Grande DĂ©pression. Cet effondrement va dĂ©stabiliser les dĂ©mocraties, favoriser la montĂ©e des totalitarismes en Europe et transformer radicalement le rĂŽle de l’État dans l’économie. Pour comprendre le monde actuel et les crises contemporaines, il est indispensable d’analyser comment ce sĂ©isme boursier a pu plonger l’humanitĂ© dans une dĂ©cennie de misĂšre et de tensions politiques.  
👉 Poursuivons avec le premier chapitre pour bien comprendre le contexte de ce thùme.
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đŸ„‚ Les "AnnĂ©es folles" : une prospĂ©ritĂ© apparente minĂ©e par les dĂ©sĂ©quilibres

📌 L’euphorie Ă©conomique amĂ©ricaine de l’aprĂšs-guerre

Pour comprendre la violence de la chute, il faut d’abord saisir la hauteur du sommet atteint par l’économie amĂ©ricaine. Au sortir de la PremiĂšre Guerre mondiale, les États-Unis sont les grands vainqueurs Ă©conomiques. Alors que l’Europe se reconstruit pĂ©niblement, l’AmĂ©rique entre dans une Ăšre de prospĂ©ritĂ© spectaculaire surnommĂ©e les « Roaring Twenties » (les annĂ©es rugissantes). La production industrielle explose, augmentant de plus de 50 % entre 1920 et 1929. C’est l’avĂšnement de la sociĂ©tĂ© de consommation de masse : l’automobile (grĂące au fordisme), la radio, l’électromĂ©nager entrent dans les foyers amĂ©ricains. Cette croissance est soutenue par un optimisme inĂ©branlable. Le prĂ©sident rĂ©publicain Herbert Hoover, Ă©lu en 1928, dĂ©clare mĂȘme que l’AmĂ©rique est sur le point de triompher dĂ©finitivement de la pauvretĂ©. Wall Street, la bourse de New York, devient le symbole de cette rĂ©ussite. L’indice Dow Jones ne cesse de grimper, attirant non seulement les banquiers et les industriels, mais aussi les petits Ă©pargnants persuadĂ©s que l’achat d’actions est un moyen sĂ»r et rapide de s’enrichir. Tout semble possible dans cette atmosphĂšre d’euphorie oĂč le progrĂšs technique et le profit semblent ne jamais devoir s’arrĂȘter.

📌 La spĂ©culation boursiĂšre et le crĂ©dit facile

Cependant, cette prospĂ©ritĂ© repose sur des fondations fragiles. Le moteur principal de la hausse boursiĂšre n’est plus la santĂ© rĂ©elle des entreprises, mais la spĂ©culation. De plus en plus d’AmĂ©ricains achĂštent des actions non pas pour toucher des dividendes (la part des bĂ©nĂ©fices), mais pour les revendre plus cher quelques jours plus tard. C’est ce qu’on appelle une bulle spĂ©culative : le prix des actions se dĂ©connecte de la valeur rĂ©elle de l’économie. Entre 1927 et 1929, les cours s’envolent de façon irrationnelle, alimentĂ©s par la conviction collective que la baisse est impossible. Le danger est amplifiĂ© par un systĂšme pervers : l’achat Ă  crĂ©dit, ou « achat sur marge ». Le principe est simple mais risquĂ©. Un spĂ©culateur peut acheter pour 10 000 dollars d’actions en ne versant que 1 000 dollars de sa poche (10 %), le reste Ă©tant prĂȘtĂ© par son courtier (le broker), qui lui-mĂȘme emprunte aux banques. L’idĂ©e est de rembourser le prĂȘt avec la plus-value rĂ©alisĂ©e lors de la revente. Tant que la bourse monte, tout le monde gagne de l’argent. Mais si la bourse baisse, mĂȘme lĂ©gĂšrement, le mĂ©canisme s’inverse brutalement : le courtier exige le remboursement immĂ©diat, obligeant le spĂ©culateur Ă  vendre ses titres en catastrophe, ce qui accĂ©lĂšre la baisse.

📌 Les faiblesses structurelles de l’économie rĂ©elle

DerriĂšre la façade Ă©tincelante de Wall Street, l’économie rĂ©elle (la production de biens et services) montre des signes d’essoufflement dĂšs 1928. Le premier secteur touchĂ© est l’agriculture. Les fermiers amĂ©ricains, qui s’étaient endettĂ©s pour moderniser leur matĂ©riel pendant la guerre afin de nourrir l’Europe, font face Ă  une surproduction chronique. Les prix agricoles s’effondrent, les ruinant bien avant le krach boursier. Cette crise rurale rĂ©duit le pouvoir d’achat d’une grande partie de la population. De plus, la production industrielle commence Ă  dĂ©passer la demande. Les salaires des ouvriers augmentent beaucoup moins vite que les profits des entreprises (+43 % pour les profits contre +8 % pour les salaires entre 1923 et 1929). Les mĂ©nages s’endettent donc massivement pour continuer Ă  consommer. Le marchĂ© immobilier commence Ă©galement Ă  stagner. En rĂ©sumĂ©, avant mĂȘme que le Krach de 1929 n’éclate, l’économie amĂ©ricaine est en surchauffe : surproduction, endettement excessif, inĂ©galitĂ©s croissantes et spĂ©culation dĂ©bridĂ©e forment un cocktail explosif prĂȘt Ă  sauter Ă  la moindre Ă©tincelle.

📉 Le mĂ©canisme du Krach de 1929 : du Jeudi Noir Ă  l’effondrement bancaire

📌 La semaine fatidique : Jeudi Noir et Mardi Noir

Le retournement commence doucement au dĂ©but de l’automne 1929, avec quelques sĂ©ances de baisse qui inquiĂštent les investisseurs avertis. Mais la panique se dĂ©clenche vĂ©ritablement le 24 octobre 1929, une date restĂ©e dans l’histoire sous le nom de « Jeudi Noir » (Black Thursday). Ce matin-lĂ , dĂšs l’ouverture, des millions d’actions sont mises en vente sans trouver d’acheteurs. La loi de l’offre et de la demande joue alors Ă  plein rĂ©gime : faute d’acheteurs, les prix s’effondrent. À midi, la panique est totale. Les grands banquiers new-yorkais, dont J.P. Morgan, tentent d’intervenir en achetant massivement des titres pour soutenir les cours, ce qui permet une lĂ©gĂšre accalmie en fin de journĂ©e. Cependant, le rĂ©pit est de courte durĂ©e. Le lundi suivant, la baisse reprend, et le 29 octobre 1929, le « Mardi Noir », le marchĂ© s’effondre dĂ©finitivement. 16 millions d’actions sont jetĂ©es sur le marchĂ© dans une atmosphĂšre de chaos indescriptible. Les tĂ©lĂ©scripteurs (les machines qui donnaient le prix des actions) ont des heures de retard, si bien que les gens vendent sans mĂȘme savoir Ă  quel prix. En quelques semaines, la valeur virtuelle de milliers d’entreprises part en fumĂ©e. Des fortunes colossales disparaissent, et de nombreux petits Ă©pargnants qui avaient jouĂ© Ă  crĂ©dit se retrouvent non seulement ruinĂ©s, mais endettĂ©s Ă  vie.

📌 De la crise boursiùre à la crise bancaire

Si le krach n’avait touchĂ© que quelques spĂ©culateurs, l’impact aurait Ă©tĂ© limitĂ©. Mais la crise se propage immĂ©diatement au systĂšme bancaire. Comme nous l’avons vu, les banques avaient prĂȘtĂ© massivement aux courtiers et aux spĂ©culateurs. Avec l’effondrement des cours, ces emprunteurs sont incapables de rembourser. Les banques se retrouvent donc avec des crĂ©ances irrĂ©couvrables (des dettes qui ne seront jamais payĂ©es) dans leurs bilans. Pire encore, certaines banques avaient elles-mĂȘmes spĂ©culĂ© avec l’argent de leurs clients, une pratique peu rĂ©gulĂ©e Ă  l’époque. La nouvelle de la fragilitĂ© des banques se rĂ©pand comme une traĂźnĂ©e de poudre. Un phĂ©nomĂšne psychologique redoutable se met en place : le « bank run » (la ruĂ©e bancaire). PaniquĂ©s Ă  l’idĂ©e de perdre leurs Ă©conomies, des millions d’AmĂ©ricains se prĂ©cipitent aux guichets pour retirer leur argent liquide. Or, aucune banque ne garde tout l’argent des dĂ©pĂŽts dans ses coffres (cet argent est prĂȘtĂ© ou investi). Face Ă  ces demandes massives de retraits simultanĂ©s, les banques, Ă  court de liquiditĂ©s, font faillite les unes aprĂšs les autres. Entre 1929 et 1933, prĂšs de 9 000 banques amĂ©ricaines mettent la clĂ© sous la porte, engloutissant l’épargne de millions de familles innocentes qui n’avaient jamais achetĂ© une seule action.

📌 L’arrĂȘt du crĂ©dit et la spirale dĂ©flationniste

L’effondrement du systĂšme bancaire paralyse toute l’économie. Les banques survivantes, traumatisĂ©es, cessent de prĂȘter de l’argent. Sans crĂ©dit, les entreprises ne peuvent plus investir ni payer leurs fournisseurs ; sans crĂ©dit, les mĂ©nages ne peuvent plus acheter de voitures ou de maisons. La consommation chute brutalement. Face Ă  la baisse de la demande, les entreprises accumulent des stocks invendus. Pour survivre, elles n’ont que deux solutions : baisser les prix et baisser la production. C’est le dĂ©but de la dĂ©flation (une baisse gĂ©nĂ©rale et durable des prix), un phĂ©nomĂšne Ă©conomique dĂ©vastateur. La baisse des prix entraĂźne la baisse des profits, qui entraĂźne des licenciements massifs et des baisses de salaires. Les chĂŽmeurs consomment moins, ce qui fait encore baisser les prix, et le cercle vicieux s’auto-entretient. La production industrielle amĂ©ricaine est divisĂ©e par deux entre 1929 et 1932. Le Krach de 1929 s’est ainsi transformĂ© en une Grande DĂ©pression systĂ©mique.

🌍 De la crise amĂ©ricaine Ă  la dĂ©pression mondiale

📌 Le rapatriement des capitaux amĂ©ricains

La crise ne reste pas confinĂ©e aux frontiĂšres amĂ©ricaines. Les États-Unis Ă©tant devenus la premiĂšre puissance Ă©conomique et financiĂšre mondiale aprĂšs 1918, ils sont le crĂ©ancier du monde. Durant les annĂ©es 1920, les banques amĂ©ricaines investissaient massivement en Europe, notamment en Allemagne et en Autriche, pour aider ces pays Ă  se reconstruire et Ă  payer les rĂ©parations de guerre. Lorsque la crise frappe Wall Street, les banques amĂ©ricaines, en manque cruel de liquiditĂ©s, rapatrient urgemment leurs capitaux investis Ă  l’étranger. Ce retrait brutal des capitaux amĂ©ricains dĂ©stabilise totalement l’économie europĂ©enne. L’Allemagne, dont l’économie dĂ©pendait des prĂȘts amĂ©ricains Ă  court terme, est touchĂ©e de plein fouet dĂšs 1930. Le systĂšme bancaire centre-europĂ©en vacille, symbolisĂ© par la faillite retentissante de la banque autrichienne Creditanstalt en mai 1931. L’Europe se retrouve privĂ©e de son moteur financier, propageant la rĂ©cession sur le Vieux Continent. Pour approfondir les mĂ©canismes financiers, tu peux consulter les ressources pĂ©dagogiques de Lumni.

📌 L’effondrement du commerce international et le protectionnisme

L’autre vecteur de contagion est le commerce international. Face Ă  la crise, le rĂ©flexe immĂ©diat des gouvernements est de protĂ©ger leur propre industrie. En 1930, le CongrĂšs amĂ©ricain vote le tarif Hawley-Smoot, qui augmente considĂ©rablement les droits de douane sur plus de 20 000 produits importĂ©s. L’idĂ©e est de forcer les AmĂ©ricains Ă  acheter amĂ©ricain pour sauver les emplois. C’est une erreur tragique. En reprĂ©sailles, les partenaires commerciaux des États-Unis (Europe, Canada, etc.) augmentent eux aussi leurs barriĂšres douaniĂšres. Le rĂ©sultat est catastrophique : le commerce mondial s’effondre, perdant deux tiers de sa valeur entre 1929 et 1933. Au lieu de sauver l’économie nationale, le protectionnisme aggrave la crise partout en fermant les dĂ©bouchĂ©s Ă  l’exportation. Les pays dont l’économie reposait sur les exportations de matiĂšres premiĂšres (comme les pays d’AmĂ©rique latine) sont ruinĂ©s par la chute des cours et la fermeture des frontiĂšres. La crise devient vĂ©ritablement planĂ©taire.

📌 Les spĂ©cificitĂ©s de la crise en Europe : Allemagne, Royaume-Uni, France

En Europe, la crise frappe de maniĂšre inĂ©gale et dĂ©calĂ©e. Le Royaume-Uni, dĂ©jĂ  en difficultĂ© Ă©conomique dans les annĂ©es 1920, subit une aggravation du chĂŽmage et doit abandonner l’étalon-or (la convertibilitĂ© de la livre en or) en 1931 pour dĂ©valuer sa monnaie et tenter de relancer ses exportations. L’Allemagne est le pays le plus durement touchĂ© aprĂšs les États-Unis : la production industrielle s’effondre, et le nombre de chĂŽmeurs explose, atteignant 6 millions en 1932, crĂ©ant un terreau fertile pour la propagande nazie. La France semble d’abord Ă©pargnĂ©e, touchĂ©e tardivement Ă  partir de 1931. Sa structure Ă©conomique plus rurale, moins bancarisĂ©e et son franc sous-Ă©valuĂ© la protĂšgent un temps. On parle de la France comme d’un « Ăźlot de prospĂ©ritĂ© ». Cependant, quand la crise arrive, elle s’installe durablement. La France s’enferme dans une politique de dĂ©flation et de maintien de l’étalon-or qui prolonge la stagnation Ă©conomique jusqu’à la fin de la dĂ©cennie, alimentant une forte instabilitĂ© politique qui mĂšnera au Front Populaire.

đŸšïž MisĂšre sociale, chĂŽmage de masse et consĂ©quences politiques

📌 L’explosion du chĂŽmage et la paupĂ©risation

La consĂ©quence la plus visible et la plus dramatique du Krach de 1929 est le chĂŽmage de masse. Aux États-Unis, le taux de chĂŽmage passe de 3 % en 1929 Ă  prĂšs de 25 % en 1933. Un quart de la population active se retrouve sans emploi, sans revenu et, Ă  l’époque, sans aucune protection sociale (pas d’assurance chĂŽmage). Les files d’attente pour la soupe populaire (breadlines) s’allongent interminablement dans les grandes villes. La classe moyenne bascule dans la pauvretĂ© du jour au lendemain. Les familles expulsĂ©es de leur logement se regroupent dans des bidonvilles de fortune construits avec des tĂŽles et du carton, surnommĂ©s ironiquement « Hoovervilles » en rĂ©fĂ©rence au prĂ©sident Hoover, jugĂ© responsable de leur malheur par son inaction. Cette misĂšre est aggravĂ©e dans le centre des États-Unis par une catastrophe Ă©cologique, le Dust Bowl : des tempĂȘtes de poussiĂšre dues Ă  la sĂ©cheresse et Ă  la surexploitation des sols ruinent les fermiers de l’Oklahoma et du Kansas, jetant des milliers de familles sur les routes de l’exode vers la Californie, une tragĂ©die immortalisĂ©e par l’écrivain John Steinbeck dans Les Raisins de la colĂšre.

📌 La montĂ©e des extrĂ©mismes politiques

La crise Ă©conomique se transforme rapidement en crise politique. La misĂšre et le dĂ©sespoir poussent les populations Ă  rejeter les partis traditionnels et le libĂ©ralisme Ă©conomique, jugĂ©s incapables de rĂ©soudre la situation. Les peuples cherchent des hommes providentiels et des solutions radicales. En AmĂ©rique latine, la crise provoque une vague de coups d’État militaires. Mais c’est en Europe que les consĂ©quences sont les plus funestes. En Allemagne, la RĂ©publique de Weimar, dĂ©jĂ  fragile, est balayĂ©e par la crise. Le parti nazi (NSDAP) d’Adolf Hitler exploite la dĂ©tresse des chĂŽmeurs et la peur du dĂ©classement des classes moyennes. Il promet du travail et la restauration de la fiertĂ© nationale. Lors des Ă©lections lĂ©gislatives, le parti nazi passe de 2,6 % des voix en 1928 Ă  37,3 % en juillet 1932, devenant le premier parti du pays. Il existe un lien direct entre la courbe du chĂŽmage et la montĂ©e du nazisme. Le 30 janvier 1933, Hitler accĂšde au pouvoir. Ainsi, le Krach de 1929 est une cause indirecte mais majeure de la Seconde Guerre mondiale.

📌 Les marches de la faim et les tensions sociales

Partout dans le monde occidental, le climat social se tend. Les grĂšves, les manifestations et les « marches de la faim » se multiplient. Aux États-Unis, les vĂ©tĂ©rans de la PremiĂšre Guerre mondiale marchent sur Washington en 1932 pour rĂ©clamer le paiement anticipĂ© de leur pension, avant d’ĂȘtre violemment dispersĂ©s par l’armĂ©e. En France, les ligues d’extrĂȘme droite manifestent violemment le 6 fĂ©vrier 1934, faisant craindre un coup d’État et poussant les partis de gauche Ă  s’unir. La dĂ©mocratie libĂ©rale semble Ă  bout de souffle. Deux modĂšles concurrents fascinent alors une partie de l’opinion : le communisme de l’URSS (qui semble Ă©pargnĂ© par la crise car son Ă©conomie est fermĂ©e et planifiĂ©e) et le fascisme (qui prĂŽne l’ordre et l’intervention de l’État). C’est dans ce contexte de remise en cause du capitalisme libĂ©ral que vont Ă©merger de nouvelles politiques Ă©conomiques.

🩅 La rĂ©ponse amĂ©ricaine : le New Deal de Roosevelt

📌 L’élection de Franklin D. Roosevelt et le tournant de 1933

Face Ă  l’ampleur du dĂ©sastre, le prĂ©sident Herbert Hoover reste attachĂ© aux dogmes du libĂ©ralisme classique : il pense que le marchĂ© va s’autorĂ©guler et refuse l’intervention directe de l’État fĂ©dĂ©ral pour aider les chĂŽmeurs. Cette attitude le rend extrĂȘmement impopulaire. Lors de l’élection prĂ©sidentielle de novembre 1932, le candidat dĂ©mocrate Franklin Delano Roosevelt (FDR) l’emporte haut la main en promettant une « Nouvelle Donne » (New Deal) au peuple amĂ©ricain. Lors de son investiture en mars 1933, Roosevelt prononce cette phrase cĂ©lĂšbre : « La seule chose que nous devons craindre, est la crainte elle-mĂȘme ». DĂšs ses « Cent premiers jours » au pouvoir, il lance un programme de rĂ©formes lĂ©gislatives d’une rapiditĂ© et d’une ampleur jamais vues. C’est la fin du « Laissez-faire ». L’État fĂ©dĂ©ral devient le moteur de la relance Ă©conomique et le protecteur social, marquant une rupture idĂ©ologique fondamentale dans l’histoire des États-Unis.

📌 Les 3 R : Relief, Recovery, Reform

Le New Deal s’articule autour de trois axes majeurs, souvent rĂ©sumĂ©s par les « 3 R ». Le premier est le Relief (Secours) : il s’agit d’apporter une aide d’urgence aux plus dĂ©munis. L’État distribue de l’argent aux États pour financer des soupes populaires et des aides directes. Le deuxiĂšme est la Recovery (Reprise) : l’État finance de gigantesques travaux publics pour donner du travail aux chĂŽmeurs et relancer l’économie. La Tennessee Valley Authority (TVA) construit des barrages pour apporter l’électricitĂ© dans le Sud pauvre. La WPA (Works Progress Administration) embauche des millions d’hommes pour construire des routes, des ponts, des Ă©coles et mĂȘme des parcs nationaux. Le troisiĂšme axe est la Reform (RĂ©forme) : il s’agit de rĂ©guler l’économie pour Ă©viter qu’une telle crise ne se reproduise. Dans l’agriculture, l’AAA (Agricultural Adjustment Act) verse des indemnitĂ©s aux fermiers pour qu’ils rĂ©duisent leur production afin de faire remonter les prix. Dans l’industrie, le NIRA (National Industrial Recovery Act) encourage les ententes sur les prix et les salaires pour stopper la spirale dĂ©flationniste et autorise les syndicats.

📌 La rĂ©gulation financiĂšre et l’État-providence

Un aspect crucial du New Deal est la mise au pas de la finance. En 1933, le Glass-Steagall Act impose une sĂ©paration stricte entre les banques de dĂ©pĂŽt (oĂč les gens mettent leur Ă©pargne) et les banques d’affaires (qui spĂ©culent en bourse). Cette loi vise Ă  empĂȘcher que l’argent des Ă©pargnants soit utilisĂ© pour jouer en bourse. La SEC (Securities and Exchange Commission) est créée pour surveiller Wall Street et imposer la transparence. Ces rĂ©gulations assureront la stabilitĂ© financiĂšre pendant prĂšs de 50 ans. En 1935, lors du « Second New Deal », Roosevelt va plus loin avec le Social Security Act. C’est la naissance de l’État-providence amĂ©ricain : cette loi crĂ©e pour la premiĂšre fois un systĂšme de retraite fĂ©dĂ©ral et une assurance chĂŽmage. Roosevelt pose ainsi les bases d’un filet de sĂ©curitĂ© sociale. Si le New Deal a Ă©tĂ© critiquĂ© (certains le trouvant trop socialiste, d’autres pas assez efficace pour rĂ©sorber tout le chĂŽmage), il a redonnĂ© confiance aux AmĂ©ricains et sauvĂ© la dĂ©mocratie aux États-Unis, contrairement Ă  ce qui s’est passĂ© en Allemagne.

🔄 L’hĂ©ritage du krach et les leçons Ă©conomiques

📌 La thĂ©orie keynĂ©sienne : une nouvelle vision de l’économie

Le Krach de 1929 a permis la validation des thĂ©ories de l’économiste britannique John Maynard Keynes. Avant la crise, la pensĂ©e dominante croyait que l’équilibre budgĂ©taire (ne pas dĂ©penser plus qu’on ne gagne) Ă©tait la rĂšgle d’or, mĂȘme en temps de crise. Keynes dĂ©montre l’inverse : en pĂ©riode de rĂ©cession, l’État doit dĂ©penser de l’argent (mĂȘme s’il doit s’endetter pour cela) afin de soutenir la demande globale. C’est le principe du multiplicateur keynĂ©sien : la dĂ©pense publique crĂ©e des emplois, qui crĂ©ent des revenus, qui crĂ©ent de la consommation, qui relance la production. Cette pensĂ©e a guidĂ© les politiques Ă©conomiques des « Trente Glorieuses » aprĂšs 1945. Pour approfondir ce lien entre dette et relance, tu peux lire notre article sur la dette publique et l’austĂ©ritĂ©. L’idĂ©e que l’État a un rĂŽle de rĂ©gulateur et d’amortisseur social est un hĂ©ritage direct de la crise de 1929.

📌 Comparaison avec la crise de 2008

La crise financiĂšre de 2008, dite des subprimes, est souvent comparĂ©e Ă  celle de 1929. Les points communs sont nombreux : une bulle spĂ©culative (immobiliĂšre en 2008, boursiĂšre en 1929), un endettement excessif des mĂ©nages, des produits financiers complexes et opaques, et une crise bancaire mondiale. Cependant, une diffĂ©rence majeure rĂ©side dans la rĂ©action des États. En 2008, les gouvernements et les banques centrales avaient retenu les leçons de 1929. Au lieu de laisser les banques faire faillite comme en 1929, les États les ont sauvĂ©es (le « too big to fail ») et les banques centrales ont injectĂ© massivement des liquiditĂ©s pour Ă©viter l’arrĂȘt du crĂ©dit. Cela a permis d’éviter une Grande DĂ©pression comparable Ă  celle des annĂ©es 1930, mĂȘme si les consĂ©quences sociales ont Ă©tĂ© lourdes, comme l’explique notre dossier sur la crise des subprimes.

📌 Les leçons oubliĂ©es ?

MalgrĂ© ces leçons, l’histoire a tendance Ă  bĂ©gayer. Les rĂ©gulations mises en place aprĂšs 1929 (comme le Glass-Steagall Act) ont Ă©tĂ© progressivement dĂ©mantelĂ©es dans les annĂ©es 1980 et 1990, au nom de la libĂ©ralisation financiĂšre, favorisant le retour de crises violentes. Le Krach de 1929 reste donc un avertissement permanent sur les dangers d’un capitalisme financier dĂ©connectĂ© de l’économie rĂ©elle et sur l’importance de la rĂ©gulation publique pour protĂ©ger la sociĂ©tĂ© des excĂšs du marchĂ©.

🧠 À retenir sur le Krach de 1929

  • Le Jeudi Noir (24 octobre 1929) marque l’effondrement de la bourse de New York, provoquĂ© par une spĂ©culation excessive et l’abus du crĂ©dit.
  • La crise boursiĂšre devient une crise Ă©conomique mondiale (la Grande DĂ©pression) par le biais des faillites bancaires, du rapatriement des capitaux amĂ©ricains et du protectionnisme.
  • Les consĂ©quences sociales sont dĂ©sastreuses : chĂŽmage de masse, misĂšre (Hoovervilles) et montĂ©e des extrĂ©mismes, favorisant l’arrivĂ©e d’Hitler au pouvoir en Allemagne.
  • Aux États-Unis, le prĂ©sident Franklin D. Roosevelt lance le New Deal dĂšs 1933 : un État interventionniste qui rĂ©gule les banques, lance de grands travaux et crĂ©e la sĂ©curitĂ© sociale.

❓ FAQ : Questions frĂ©quentes sur le Krach de 1929

đŸ§© Quelle est la diffĂ©rence entre un krach boursier et une dĂ©pression Ă©conomique ?

Le krach est l’évĂ©nement ponctuel : c’est l’effondrement brutal des cours de la bourse (quelques jours ou semaines). La dĂ©pression est la consĂ©quence Ă  long terme : c’est une pĂ©riode durable (plusieurs annĂ©es) de baisse de la production, des prix et de forte hausse du chĂŽmage.

đŸ§© Pourquoi la crise a-t-elle favorisĂ© Hitler ?

L’Allemagne dĂ©pendait des prĂȘts amĂ©ricains. Quand ils se sont arrĂȘtĂ©s, l’économie allemande s’est effondrĂ©e. Le chĂŽmage a explosĂ© (6 millions de chĂŽmeurs). Hitler a profitĂ© de la misĂšre et du dĂ©sespoir pour promettre du travail et dĂ©signer des boucs Ă©missaires, ce qui lui a permis de gagner les Ă©lections.

đŸ§© Le New Deal a-t-il mis fin Ă  la crise ?

Pas totalement. Le New Deal a permis de soulager la misĂšre, de relancer partiellement l’économie et de restaurer la confiance. Mais le chĂŽmage restait Ă©levĂ© en 1939. C’est paradoxalement l’entrĂ©e en guerre des États-Unis en 1941 et l’économie d’armement qui ont dĂ©finitivement rĂ©sorbĂ© le chĂŽmage.
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1. Quel surnom donne-t-on au jeudi 24 octobre 1929 ?
2. Comment appelle-t-on la période de prospérité des années 1920 aux USA ?
3. Quel mécanisme financier a amplifié la spéculation avant le krach ?
4. Qui Ă©tait prĂ©sident des États-Unis au moment du Krach ?
5. Qu'est-ce qu'un "bank run" ?
6. Comment appelle-t-on les bidonvilles apparus pendant la crise ?
7. Quel phénomÚne écologique a aggravé la crise dans le Midwest ?
8. Quel est le nom du programme lancé par Roosevelt en 1933 ?
9. Quelle politique commerciale a aggravé la crise mondiale ?
10. Quel pays européen a été le plus durement touché aprÚs les USA ?
11. Qu'est-ce que la déflation ?
12. Quel économiste a inspiré les politiques de relance par la dépense publique ?
13. Quelle loi de 1933 a séparé les banques de dépÎt et d'affaires ?
14. Quel roman de John Steinbeck décrit la misÚre des fermiers pendant la crise ?
15. Quelle institution a été créée pour surveiller la bourse (Wall Street) ?
16. En quelle année Hitler arrive-t-il au pouvoir, aidé par la crise ?
17. Quel était l'un des symboles des "grands travaux" du New Deal ?
18. Quand la France a-t-elle commencé à ressentir fortement la crise ?
19. Que signifie le "Relief" dans les 3 R du New Deal ?
20. Quel événement mondial a définitivement sorti les USA de la dépression ?

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