XIXe siècle | Après 1945 | 1986-1987 |
Schéma pédagogique original · RéviserHistoire. Lire chaque case comme un repère, sans confondre les échelles ni les fonctions.
1. Une histoire à distinguer des mythes du cinéma
Le mot « mafia » évoque souvent un chef tout-puissant et un prétendu code de l’honneur. Pour comprendre l’histoire, il faut déplacer le regard vers les victimes, les territoires et les institutions. Une organisation mafieuse construit un pouvoir par l’intimidation, l’emprise économique et les relations qu’elle entretient avec certains acteurs du monde légal. Ce pouvoir ne représente ni une population entière ni une culture nationale.
Les principales mafias italiennes se développent dans le sud de la péninsule au XIXe siècle : Cosa nostra en Sicile, la Camorra dans la région de Naples et la ’ndrangheta en Calabre. L’unification italienne de 1861 constitue un repère de contexte. Elle ne marque pas une naissance simultanée de toutes ces organisations, dont les trajectoires et les structures diffèrent.
2. Le territoire : une ressource de pouvoir
L’extorsion, c’est-à-dire obtenir un paiement sous la menace, a une portée qui dépasse la somme prélevée. Elle rappelle aux habitants et aux commerçants qui prétend imposer ses règles. Le silence peut alors résulter de la peur, de la dépendance économique ou du manque de confiance dans les protections disponibles. Il ne faut pas le confondre automatiquement avec une adhésion.
L’expression « État dans l’État » doit donc être discutée. Elle suggère un contrôle territorial, mais peut masquer les différences entre une autorité publique et une organisation qui cherche un profit privé. Les mafias contestent la loi tout en cherchant parfois des complicités dans les institutions. L’opposition et l’infiltration peuvent coexister.
3. Des organisations capables de se transformer
Ces organisations ne sont pas les vestiges immobiles d’un monde rural. Après la Seconde Guerre mondiale, elles s’adaptent à l’urbanisation et aux nouveaux marchés. Le bâtiment, les transports ou le commerce peuvent devenir des lieux d’infiltration de l’économie légale. Cette évolution ne signifie évidemment pas que tous les acteurs de ces secteurs sont impliqués.
L’expansion internationale n’efface pas nécessairement les attaches locales. Un réseau peut circuler au-delà des frontières tout en conservant des relations avec un territoire d’origine. En HGGSP, cet exemple aide à articuler plusieurs échelles : la rue ou la ville, l’État, puis les circulations transnationales.
4. Palerme : la justice répond à une organisation
Le maxiprocès de Palerme s’ouvre le 10 février 1986. Le jugement de première instance est prononcé le 16 décembre 1987. Le travail du pool antimafia, auquel participent Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, permet de traiter Cosa nostra comme une organisation et de rapprocher des éléments d’enquête. Des témoignages de collaborateurs de justice jouent également un rôle important.
L’intérêt historique du procès tient à cette capacité collective de l’institution judiciaire. Il ne s’agit pas du duel romanesque de deux hommes contre toute la mafia. Enquêteurs, magistrats, témoins et personnels de justice interviennent dans une procédure. Un jugement de première instance ne signifie pas non plus que la criminalité disparaît : il faut distinguer une étape judiciaire et l’évolution d’un phénomène social.
5. Réprimer, protéger et reconstruire la confiance
La lutte antimafia ne repose pas seulement sur l’arrestation de dirigeants. Elle implique aussi la protection des personnes menacées, la recherche des avoirs criminels, la prévention de la corruption et l’action associative. Le dossier de Questions internationales souligne notamment l’expérience italienne de réutilisation sociale de biens confisqués.
Le raisonnement à retenir est le suivant : un pouvoir criminel se nourrit de contraintes et de dépendances ; l’État de droit doit renforcer les moyens d’en sortir tout en respectant les droits de la défense. La mobilisation de la société civile rappelle que la population n’est pas un simple décor de la lutte.
6. Un exemple à utiliser au bac
Problématique possible : comment un acteur non étatique peut-il contester l’autorité publique sans disposer d’une souveraineté reconnue ? Construis ta réponse autour du contrôle territorial, des ressources économiques et de la réaction des institutions.
Exercice : « Les mafias ont disparu après le maxiprocès. » Pourquoi cette phrase est-elle fausse ? Correction : le procès constitue une réponse judiciaire majeure, mais une condamnation ne supprime pas automatiquement les réseaux, les ressources et les mécanismes de dépendance. Une victoire judiciaire et une disparition historique sont deux affirmations différentes.
À retenir
Distinguer Cosa nostra, Camorra et ’ndrangheta.
1861 : unité italienne, repère de contexte.
1986-1987 : première instance du maxiprocès de Palerme.
Contrôle local et expansion internationale peuvent coexister.
Question fréquente
Toutes les mafias italiennes forment-elles une seule organisation ?
Non. Elles partagent certains mécanismes de pouvoir, mais leurs structures, territoires et trajectoires diffèrent.
Pour poursuivre la révision
Ports et mondialisation illégale · Coopérer contre le crime organisé
Sources et références
Rai Teche - Le maxiprocès de Palerme : Dates de la première instance et rôle du pool antimafia. Les bilans chiffrés contradictoires de la page ne sont pas repris.
Lecture de départ : Questions internationales, n° 125-126, juin-septembre 2024, dossier « La gangstérisation du monde ». Charlotte Moge, « Les mafias italiennes : de redoutables acteurs criminels mondialisés », p. 35-38 ; Fabrice Rizzoli, p. 27-35. Texte et schéma originaux pour RéviserHistoire ; aucune page du magazine reproduite.
