đŻ Pourquoi le RĂ©gime de Vichy est-il emblĂ©matique ?
Le RĂ©gime de Vichy naĂźt de la dĂ©bĂącle de 1940 et du choix de lâarmistice. Il promet lâ« Ordre nouveau » et sâengage dans une politique de RĂ©volution nationale marquĂ©e par lâautoritarisme, la propagande et lâexclusion. TrĂšs vite, il collabore avec lâoccupant nazi, lĂ©gifĂšre contre les Juifs et rĂ©prime la RĂ©sistance. Comprendre le RĂ©gime de Vichy, câest Ă©clairer les zones grises de lâĂtat, les responsabilitĂ©s françaises et la vie quotidienne sous contrainte.
Tu peux dâabord revoir lâArmistice de 1940 pour le contexte militaire et diplomatique, puis lire Jean Moulin et la RĂ©sistance pour saisir lâautre versant. Les persĂ©cutions sont dĂ©taillĂ©es dans Rafles et dĂ©portations, la fin du rĂ©gime dans LibĂ©ration de Paris, et les dĂ©bats dâaprĂšs-guerre dans MĂ©moire nationale.
đ Poursuivons avec le contexte et la naissance juridique du rĂ©gime.
đ§ Contexte : dĂ©faite, armistice et vote des pleins pouvoirs
La débùcle de mai-juin 1940
Au printemps 1940, lâoffensive allemande perce le front aux Ardennes. LâarmĂ©e française, surprise par la vitesse de la guerre Ă©clair, recule vers le sud. Lâexode emporte des millions de civils sur les routes et les autoritĂ©s quittent Paris pour Tours, puis Bordeaux. Dans ce chaos, lâĂtat vacille et la recherche dâune issue rapide sâimpose.
De Reynaud Ă PĂ©tain : du combat Ă lâarmistice
Le gouvernement de Paul Reynaud hĂ©site entre poursuivre la guerre depuis lâEmpire et demander lâarrĂȘt des combats. AprĂšs sa dĂ©mission le 16 juin, le marĂ©chal PĂ©tain devient prĂ©sident du Conseil. Le 17 juin, il annonce vouloir « cesser le combat ». Lâarmistice du 22 juin 1940 est signĂ© Ă Rethondes et entre en vigueur le 25 juin. La France est alors divisĂ©e par une ligne de dĂ©marcation, avec une zone occupĂ©e au nord et Ă lâouest, et une zone dite « libre » au sud.
Vichy, capitale provisoire
Pour se maintenir en zone non occupĂ©e, les autoritĂ©s sâinstallent Ă Vichy, ville de thermes disposant dâhĂŽtels et dâinfrastructures adaptĂ©es. Ce dĂ©placement, dâabord logistique, devient rapidement politique : Vichy nâest pas seulement un repli ; câest le lieu dâune refondation institutionnelle qui aboutit au RĂ©gime de Vichy.
Le vote des pleins pouvoirs du 10 juillet 1940
Réunis comme « Assemblée nationale » (députés et sénateurs), les parlementaires votent le 10 juillet 1940 une loi constitutionnelle accordant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain pour promulguer une nouvelle Constitution. Le scrutin donne 569 voix pour, 80 contre et 20 abstentions : un basculement majeur du régime républicain vers un régime personnel.
DĂšs le 11 juillet, PĂ©tain se proclame « Chef de lâĂtat français » et suspend de fait les institutions de la TroisiĂšme RĂ©publique. Le socle juridique de la future RĂ©volution nationale est posĂ© : exĂ©cutif concentrĂ©, Parlement Ă©cartĂ©, libertĂ©s publiques restreintes.
Pour le texte juridique, consulte la loi constitutionnelle sur Légifrance (source officielle).
Continuité ou rupture ? Un débat clé
Le rĂ©gime affirme incarner la « continuitĂ© de lâĂtat » ; pourtant, il rompt avec la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine par la concentration des pouvoirs et lâidĂ©ologie de la RĂ©volution nationale. Ce paradoxe Ă©claire les responsabilitĂ©s : les actes signĂ©s en France, par des autoritĂ©s françaises, engagent lâĂtat. Pour une vue dâensemble, vois lâarticle pilier La France pendant lâOccupation.
Ce quâil faut retenir de la naissance du rĂ©gime
La dĂ©faite militaire ouvre une crise politique que PĂ©tain tranche par lâarmistice, puis par la refonte du pouvoir. Le RĂ©gime de Vichy naĂźt dâun vote de pleins pouvoirs et dâ« actes constitutionnels » qui installent un Ătat autoritaire. Ce cadre permettra la collaboration, lâantisĂ©mitisme dâĂtat et la rĂ©pression de la RĂ©sistance, que nous dĂ©taillerons dans les chapitres suivants.
đïž Mise en place : institutions et « RĂ©volution nationale »
Actes constitutionnels et organigramme
Le RĂ©gime de Vichy se consolide par les « actes constitutionnels » des 11 et 12 juillet 1940. PĂ©tain devient Chef de lâĂtat français, concentre lâexĂ©cutif et lĂ©gifĂšre par actes, tandis que le Parlement est ajournĂ© sine die. Ainsi, lâĂ©quilibre rĂ©publicain est remplacĂ© par un pouvoir personnel, hiĂ©rarchisĂ© autour de secrĂ©tariats dâĂtat et dâun Conseil des ministres rĂ©duit.
Un exécutif personnel, une administration renforcée
TrĂšs vite, lâĂtat privilĂ©gie lâautoritĂ© prĂ©fectorale, la centralisation et la loyautĂ© Ă la personne du chef. Les partis politiques sont dissous et les syndicats placĂ©s sous tutelle. De plus, la police et la gendarmerie voient leurs moyens et leurs prĂ©rogatives Ă©largis, ce qui facilite lâapplication des lois dâexception et, bientĂŽt, la politique de collaboration.
La « RĂ©volution nationale » : mots dâordre
Sous la devise « Travail, Famille, Patrie », le RĂ©gime de Vichy condamne le « dĂ©sordre » parlementaire et se dit moral, rural et autoritaire. Il promeut lâordre, la discipline et la hiĂ©rarchie sociale. Cependant, cette rhĂ©torique cache une politique dâexclusion : anti-rĂ©publicanisme, anticommunisme, et bientĂŽt antisĂ©mitisme dâĂtat. Câest ce cadre idĂ©ologique qui prĂ©pare les choix de collaboration et de rĂ©pression.
Encadrement des jeunes et de lâĂ©cole
Les Chantiers de la Jeunesse organisent la mobilisation civique de milliers de garçons. Ă lâĂ©cole, les programmes sont rĂ©orientĂ©s vers la morale, la patrie et le chef. De plus, lâĂtat renforce les liens avec les autoritĂ©s religieuses, espĂ©rant appuyer lâ« ordre social » par le retour aux valeurs traditionnelles. Cet encadrement vise Ă modeler durablement les comportements.
Propagande et censure
La propagande est structurĂ©e par un SecrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral Ă lâInformation. Presse, affiches et radio diffusent lâ« esprit de Vichy ». ParallĂšlement, la censure frappe livres, journaux et spectacles. Ainsi, lâespace public est contrĂŽlĂ©, et la critique dĂ©couragĂ©e. En 1941, des sections spĂ©ciales dâexception sont créées pour juger plus vite les opposants, ancrant la justice dans lâarbitraire.
Corporatisme et Charte du travail
Pour remodeler lâĂ©conomie et le social, le gouvernement instaure un corporatisme dâinspiration autoritaire. La Charte du travail (1941) encadre les relations professionnelles et subordonne les syndicats Ă lâĂtat. Elle prĂ©tend pacifier le monde du travail, mais rĂ©duit les libertĂ©s collectives. Le texte peut ĂȘtre consultĂ© sur LĂ©gifrance.
Un cadre prĂȘt pour la collaboration
En concentrant les pouvoirs, en encadrant la sociĂ©tĂ© et en musclant police et prĂ©fets, le RĂ©gime de Vichy se dote dâoutils efficaces. Par consĂ©quent, la coopĂ©ration avec lâoccupant, quâelle soit policiĂšre, Ă©conomique ou diplomatique, devient rapidement possible. Pour le contre-champ, vois Jean Moulin et la RĂ©sistance, qui montre comment la sociĂ©tĂ© française sâorganise aussi dans la clandestinitĂ©.
đ On continue avec le chapitre suivant â đ€ Collaboration dâĂtat : police, Ă©conomie, diplomatie.
đ€ Collaboration dâĂtat : police, Ă©conomie, diplomatie
De Montoire à la « collaboration » officielle
Le RĂ©gime de Vichy choisit une politique de « collaboration » avec lâAllemagne nazie, symbolisĂ©e par lâentrevue de Montoire (octobre 1940). PĂ©tain prĂ©sente cette voie comme un « moindre mal » pour dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts français et allĂ©ger le poids de lâoccupation. Cependant, cette orientation est aussi idĂ©ologique : anticommunisme, ordre autoritaire et volontĂ© de rĂ©viser lâaprĂšs-1918. Ce cadre politique favorise une coopĂ©ration active de lâappareil dâĂtat.
Diplomatie et administration au service de lâoccupant
Sur le plan diplomatique, Vichy nĂ©gocie des conventions et accepte des commissions dâarmistice qui contrĂŽlent la France. Dans lâadministration, prĂ©fets et hauts fonctionnaires appliquent des directives alignĂ©es sur les exigences allemandes. De plus, lâĂtat centralise lâinformation, harmonise les circulaires et facilite la transmission dâordres, ce qui renforce lâefficacitĂ© de la collaboration dans les territoires.
Police, renseignements et répression
La police nationale, la gendarmerie et des services spĂ©cialisĂ©s coopĂšrent avec la Gestapo et lâAbwehr. Arrestations dâopposants, dĂ©mantĂšlement de rĂ©seaux et transferts vers les autoritĂ©s dâoccupation deviennent routiniers. Cette mĂ©canique culmine avec la traque des rĂ©sistants, tandis que la RĂ©sistance sâorganise malgrĂ© tout. Pour les victimes des rafles, vois Rafles et dĂ©portations.
Ăconomie, rĂ©quisitions et main-dâĆuvre
LâĂ©conomie est orientĂ©e vers les besoins allemands : rĂ©quisitions agricoles et industrielles, livraisons de matiĂšres premiĂšres et dâoutillage. En 1942-1943, le Service du Travail Obligatoire (STO) envoie en Allemagne des centaines de milliers de travailleurs français. Par consĂ©quent, la pĂ©nurie sâaggrave, le marchĂ© noir prospĂšre et lâopinion se dĂ©tĂ©riore. Cette pression Ă©conomique alimente aussi la contestation et les engagements clandestins.
Propagande de la collaboration
La propagande met en scĂšne une Europe nouvelle, hiĂ©rarchisĂ©e autour du Reich, et prĂ©sente la collaboration comme un « rĂ©alisme » politique. Affiches, radio et cinĂ©ma diffusent des messages anti-britanniques et anticommunistes. Cependant, les revers militaires allemands, la duretĂ© de lâoccupation et la montĂ©e de la RĂ©sistance fissurent lâadhĂ©sion, entraĂźnant une crise de lĂ©gitimitĂ©.
Responsabilités et débats mémoriels
Parce que la collaboration fut conduite par des autoritĂ©s françaises, la question des responsabilitĂ©s dâĂtat est centrale. AprĂšs-guerre, lâĂ©puration et les procĂšs tentent de la qualifier, tandis que la mĂ©moire reste disputĂ©e. Pour comprendre comment la sociĂ©tĂ© a dĂ©battu de ces choix, vois MĂ©moire nationale et la sĂ©quence de la LibĂ©ration.
đ On continue avec le chapitre suivant â â ïž AntisĂ©mitisme dâĂtat et rĂ©pression.
â ïž AntisĂ©mitisme dâĂtat et rĂ©pression
Statuts des Juifs : une politique de lâexclusion
DĂšs lâautomne 1940, le RĂ©gime de Vichy adopte le Statut des Juifs qui dĂ©finit qui est « juif » et les Ă©carte de nombreuses professions. En 1941, un second statut renforce ces exclusions. ParallĂšlement, lâadministration organise la spoliation des biens et lâaryanisation des entreprises. Ainsi, lâantisĂ©mitisme devient une politique dâĂtat, appuyĂ©e par des fichiers, des quotas et des internements.
Pour le texte, voir LĂ©gifrance. Pour les consĂ©quences concrĂštes (rafles, camps, dĂ©portations), consulte lâarticle dĂ©diĂ© Rafles et dĂ©portations.
Rafles, camps dâinternement et dĂ©portations
La police française participe Ă des rafles, dont celle du VĂ©lâ dâHivâ (juillet 1942), qui visent femmes et enfants. Ensuite, les personnes arrĂȘtĂ©es sont dĂ©tenues dans des camps comme Drancy, Pithiviers ou Beaune-la-Rolande, avant des convois vers lâEst. Cette chaĂźne rĂ©pressive combine logistique française et objectifs nazis. Elle rĂ©vĂšle une coopĂ©ration administrative qui va au-delĂ de la contrainte militaire.
Pour replacer ces Ă©vĂ©nements dans le rĂ©cit gĂ©nĂ©ral de lâOccupation, tu peux lire La France pendant lâOccupation, puis la sĂ©quence LibĂ©ration de Paris pour comprendre la chute du systĂšme.
Milice et justice dâexception
Ă partir de 1943, la Milice de Darnand traque rĂ©sistants, Juifs cachĂ©s et opposants. Par ailleurs, les sections spĂ©ciales et tribunaux dâexception prononcent des peines lourdes, y compris la mort, au nom de lâordre intĂ©rieur. Les tortures, prises dâotages et exĂ©cutions sommaires sâajoutent Ă la rĂ©pression quotidienne menĂ©e avec la Gestapo. MalgrĂ© tout, la RĂ©sistance se renforce.
Autres cibles de la persécution
Outre les Juifs, Vichy rĂ©prime communistes, francs-maçons, « indĂ©sirables » et nomades (Roms), souvent internĂ©s dans des camps spĂ©cifiques. De plus, les Ă©trangers rĂ©fugiĂ©s en France sont particuliĂšrement vulnĂ©rables. Cette politique vise à « purifier » le corps social selon lâidĂ©ologie de la RĂ©volution nationale, tout en affichant une volontĂ© dâ« ordre » et de « sĂ©curitĂ© ».
Responsabilités et témoignages
Parce que les textes, fichiers et rafles portent des signatures françaises, la question de la responsabilitĂ© dâĂtat est posĂ©e. AprĂšs-guerre, procĂšs et Ă©puration lâaffrontent, mais le dĂ©bat mĂ©moriel demeure. Les tĂ©moignages, comme celui de Simone Veil, Ă©clairent lâexpĂ©rience vĂ©cue et ses sĂ©quelles. Pour lâĂ©volution des regards publics, voir MĂ©moire nationale.
đ On continue avec le chapitre suivant â đ Vie quotidienne, STO et propagande.
đ Vie quotidienne, STO et propagande
Rationnement et pénuries
Sous le RĂ©gime de Vichy, lâalimentation est strictement rationnĂ©e : tickets, cartes et files dâattente rythment le quotidien. Beurre, sucre, viande, textiles deviennent rares. Par consĂ©quent, la population apprend Ă substituer, recycler, cultiver des jardins et troquer. Cette Ă©conomie de la dĂ©brouille sâaccompagne dâune fatigue sociale et dâinĂ©galitĂ©s face Ă lâaccĂšs aux denrĂ©es.
Le rationnement est encadré par des textes et circulaires ; on peut consulter des dossiers historiques sur le site des Archives nationales pour comprendre ses modalités concrÚtes.
Marché noir et contrÎles
Parce que les rations ne suffisent pas, un marchĂ© noir prospĂšre : Ă©changes clandestins, faux tickets, trafics. En rĂ©ponse, lâĂtat multiplie contrĂŽles, amendes et peines. Cependant, la frontiĂšre entre survie et illĂ©galitĂ© devient floue pour beaucoup. Cette zone grise fragilise lâautoritĂ© morale du pouvoir et alimente le ressentiment envers le RĂ©gime de Vichy.
STO : partir, se cacher, résister
Ă partir de 1942-1943, le Service du Travail Obligatoire (STO) envoie des centaines de milliers de Français travailler en Allemagne. Certains partent, dâautres se cachent, dâautres encore rejoignent des maquis. Ainsi, le STO change la gĂ©ographie humaine du pays et accĂ©lĂšre lâengagement dans la RĂ©sistance. Pour un repĂšre de contexte, on peut lire la fiche de synthĂšse sur vie-publique.fr.
Jeunesse, femmes et travail
Les Chantiers de la Jeunesse encadrent des garçons en zone sud ; lâĂ©cole met lâaccent sur discipline et patriotisme. De plus, les femmes assurent une part accrue du travail domestique et professionnel, gĂšrent les queues dâattente et les substituts alimentaires. Pour Ă©largir la perspective, vois lâarticle RĂŽle des femmes dans les guerres, qui montre comment les conflits redistribuent les rĂŽles sociaux.
Propagande, loisirs et censure
Radio, presse et cinĂ©ma diffusent lâ« esprit de Vichy » : ordre, famille, chef, anticommunisme et antisĂ©mitisme. La censure coupe articles, chansons, piĂšces, tandis que des journaux clandestins circulent. Cependant, des Ăźlots de culture subsistent : lectures, théùtre, sports, musique. Cette tension entre contrĂŽle et Ă©chappĂ©es nourrit une sociabilitĂ© discrĂšte, parfois solidaire, souvent prudente.
Religion, morale et « Révolution nationale »
Le discours officiel promeut une moralisation de la sociĂ©tĂ© : valorisation de la famille, lutte contre lâ« esprit de jouissance », retour au rural. Pourtant, ces injonctions se heurtent aux rĂ©alitĂ©s de la faim, du froid et des sĂ©parations familiales liĂ©es au STO. Ce dĂ©calage affaiblit la lĂ©gitimitĂ© du RĂ©gime de Vichy au fil du conflit.
Pour aller plus loin (textes officiels)
Pour replacer ces politiques dans leur cadre normatif, on peut consulter des textes et actes sur LĂ©gifrance. Pour la dynamique dâensemble, vois lâarticle pilier La France pendant lâOccupation et, pour le destin des victimes, Rafles et dĂ©portations.
đ On continue avec le chapitre suivant â đ 1942-1944 : basculement et fin du rĂ©gime.
đ 1942-1944 : basculement et fin du rĂ©gime
Occupation totale de la métropole (novembre 1942)
AprĂšs le dĂ©barquement alliĂ© en Afrique du Nord (8 novembre 1942), lâAllemagne lance lâoccupation de la zone sud (opĂ©ration Attila/Anton). Le RĂ©gime de Vichy perd alors le dernier levier de souverainetĂ© territoriale. Le 27 novembre, la flotte se saborde Ă Toulon pour Ă©viter sa capture, symbole dâun Ătat dĂ©sormais sous tutelle militaire.
Durcissement policier et création de la Milice
En 1943, le Service dâordre lĂ©gionnaire devient la Milice française, dirigĂ©e par Darnand. Celle-ci traque opposants, rĂ©sistants et Juifs, en lien Ă©troit avec la Gestapo. ParallĂšlement, les sections spĂ©ciales et les tribunaux dâexception accĂ©lĂšrent la rĂ©pression. Cette radicalisation sâinscrit dans la logique autoritaire inaugurĂ©e dĂšs 1940 et dĂ©jĂ dĂ©crite dans le chapitre prĂ©cĂ©dent.
STO, maquis et unification de la Résistance
Lâinstauration du Service du Travail Obligatoire amplifie les dĂ©parts forcĂ©s vers lâAllemagne. Cependant, de nombreux jeunes refusent et rejoignent des maquis. Ainsi, la RĂ©sistance se renforce et sâunit autour du CNR impulsĂ© par Jean Moulin. Cette structuration permet de prĂ©parer libĂ©rations locales et programme politique pour lâaprĂšs-guerre.
Ărosion de lâassise politique de Vichy
Les revers allemands (Stalingrad, Afrique, Italie), les pĂ©nuries et la violence minent lâopinion. De plus, la collaboration Ă©conomique et policiĂšre accentue la dĂ©lĂ©gitimation du pouvoir. En consĂ©quence, Vichy tente une surenchĂšre autoritaire, mais ne parvient plus Ă contrĂŽler lâensemble du territoire, tandis que les AlliĂ©s progressent et que la dynamique dâOccupation bascule.
1944 : débarquements et effondrement
Le 6 juin 1944, le dĂ©barquement en Normandie ouvre la libĂ©ration du territoire, complĂ©tĂ© en aoĂ»t par le dĂ©barquement en Provence. Ă Paris, lâinsurrection et lâentrĂ©e des Forces françaises de lâintĂ©rieur prĂ©cĂšdent la LibĂ©ration du 25 aoĂ»t 1944. Le RĂ©gime de Vichy se dĂ©lite ; une partie de ses dirigeants gagne Sigmaringen. Le Gouvernement provisoire de la RĂ©publique française rĂ©tablit la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine.
Responsabilités et épuration
Ă la LibĂ©ration, lâĂ©puration judiciaire et administrative vise crimes et collaborations. Cependant, la mĂ©moire collective demeure conflictuelle, entre rĂ©sistances hĂ©roĂŻsĂ©es, zones grises et reconnaissance tardive de la responsabilitĂ© dâĂtat. Pour ces enjeux mĂ©moriels, voir MĂ©moire nationale, en complĂ©ment de Rafles et dĂ©portations.
đ On enchaĂźne avec đ§ Ă retenir, puis la â FAQ et le đ§© Quiz.
đ§ Ă retenir
- Le RĂ©gime de Vichy naĂźt de la dĂ©faite de 1940 et du choix de lâarmistice, puis du vote des pleins pouvoirs Ă PĂ©tain (10 juillet).
- PĂ©tain concentre lâexĂ©cutif : Parlement ajournĂ©, actes constitutionnels, Ătat autoritaire, prĂ©fets et police renforcĂ©s.
- La RĂ©volution nationale promeut « Travail, Famille, Patrie » : culte de lâordre, antiparlementarisme, encadrement de la jeunesse et censure.
- La collaboration dâĂtat (Montoire) est diplomatique, policiĂšre et Ă©conomique ; elle sâintensifie aprĂšs 1942.
- LâantisĂ©mitisme dâĂtat (Statut des Juifs 1940-41) organise exclusions, spoliations et internements, prĂ©parant rafles et dĂ©portations.
- Au quotidien : rationnement, pénuries, marché noir, et STO qui pousse des jeunes vers les maquis et la Résistance.
- 1942â44 : occupation totale, Milice, durcissement rĂ©pressif ; revers allemands et montĂ©e des FFI prĂ©parent la LibĂ©ration.
- AprĂšs 1944 : Ă©puration et dĂ©bats mĂ©moriels sur les responsabilitĂ©s dâĂtat â Ă replacer dans la synthĂšse La France pendant lâOccupation et MĂ©moire nationale.
â FAQ : Questions frĂ©quentes sur le RĂ©gime de Vichy
Le Régime de Vichy était-il « légal » ?
Il procĂšde dâun vote des pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, puis dâ« actes constitutionnels » concentrant lâexĂ©cutif entre les mains de PĂ©tain. Toutefois, il rompt avec la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine par la suspension du Parlement, lâarbitraire judiciaire et lâidĂ©ologie de la RĂ©volution nationale. En pratique, câest un Ătat autoritaire nĂ© dâune situation dâexception.
Vichy a-t-il « protégé » les Français en collaborant ?
Le discours officiel prĂ©sente la collaboration comme un « moindre mal ». Cependant, lâĂtat engage activement sa police et son administration, notamment dans lâantisĂ©mitisme dâĂtat et les rafles. La participation française aux arrestations et aux dĂ©portations contredit lâidĂ©e dâun simple « bouclier ». Pour les mĂ©canismes concrets, vois Rafles et dĂ©portations.
Quelle différence entre « zone occupée » et « zone libre » ?
De 1940 Ă novembre 1942, la France est divisĂ©e par une ligne de dĂ©marcation : au nord et Ă lâouest, la zone occupĂ©e ; au sud, la zone dite « libre » oĂč siĂšge Vichy. AprĂšs le dĂ©barquement alliĂ© en Afrique du Nord (novembre 1942), lâAllemagne occupe aussi la zone sud : la distinction disparaĂźt et le RĂ©gime de Vichy perd ses derniers leviers territoriaux.
Quelle est la différence entre police de Vichy et Milice ?
La police et la gendarmerie demeurent des forces dâĂtat qui coopĂšrent avec lâoccupant (enquĂȘtes, rafles, rĂ©pression). La Milice, créée en 1943, est une organisation politico-policiĂšre issue du rĂ©gime, dirigĂ©e par Darnand, particuliĂšrement impliquĂ©e dans la traque des rĂ©sistants et des Juifs. Son action sâajoute, et souvent se coordonne, avec la Gestapo.
Quand et comment le rĂ©gime sâeffondre-t-il ?
Entre 1943 et 1944, revers allemands, pĂ©nuries, STO et montĂ©e des maquis affaiblissent le pouvoir. Le 6 juin 1944, le dĂ©barquement en Normandie ouvre la libĂ©ration ; Paris est libĂ©rĂ©e le 25 aoĂ»t 1944. DĂšs lors, le GPRF rĂ©tablit la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine. Pour la sĂ©quence finale, vois LibĂ©ration de Paris et la synthĂšse La France pendant lâOccupation.
La responsabilitĂ© de lâĂtat français a-t-elle Ă©tĂ© reconnue ?
Oui, progressivement dans lâespace public et politique, notamment Ă partir des annĂ©es 1990. Cette reconnaissance distingue lâĂtat de la nation et souligne que des autoritĂ©s françaises ont pris, signĂ© et appliquĂ© des mesures dâexclusion, de spoliation et de rĂ©pression sous le RĂ©gime de Vichy. Pour les dĂ©bats aprĂšs-guerre, vois MĂ©moire nationale.
