🎯 Pourquoi internet et pouvoir est-il un sujet explosif en HGGSP ?
Le sujet internet et pouvoir s’impose dès les années 1990. Au départ, des pionniers comme John Perry Barlow rêvent d’un cyberespace indépendant des gouvernements. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : Internet est devenu un champ de bataille géopolitique. D’un côté, les États cherchent à imposer leur souveraineté (censure, « Splinternet »). De l’autre, les géants du numérique (GAFAM américains, BATX chinois) rivalisent de puissance économique et normative. De la cyberguerre à la manipulation de l’opinion, ce chapitre est au cœur des nouvelles conflictualités.
🗂️ Dans cet article, tu vas découvrir :
- 🧭 Les 3 couches du pouvoir : physique, logique, sémantique
- ⚙️ États : souveraineté, Splinternet et cybersécurité
- 📜 GAFAM vs BATX : la géopolitique des plateformes
- 🎨 Influence, « Sharp Power » et désinformation
- 🌍 Données, capitalisme de surveillance et libertés
- 🤝 Réguler et résister : quelles solutions ?
- 🧠 À retenir
- ❓ FAQ
- 🧩 Quiz
👉 Poursuivons avec le premier chapitre de fond pour poser les bases théoriques indispensables au bac.
🧭 Internet et pouvoir : comment le réseau devient un territoire
Pour comprendre internet et pouvoir, il faut sortir de l’idée d’un « nuage » virtuel. En géopolitique (selon les travaux de la chercheuse Frédérick Douzet), le cyberespace se divise en trois couches superposées, et chacune est un lieu de pouvoir :
- La couche physique : les infrastructures (câbles, serveurs).
- La couche logique : les codes et protocoles (qui décide du langage des machines ?).
- La couche sémantique : les informations et les données (ce que tu lis et vois).
Contrôler ces couches, c’est contrôler le réseau.
🧩 D’un réseau technique à un espace public mondial
À l’origine, Internet naît dans un contexte de guerre froide (ARPANET) pour sécuriser les communications militaires et scientifiques. Le basculement politique se produit quand le Web se popularise au début des années 1990. À partir de là, les échanges économiques, culturels et politiques migrent en ligne.
Ce déplacement transforme Internet en espace public. On l’a vu pendant les « Printemps arabes » de 2011, où les réseaux sociaux ont servi de catalyseur aux soulèvements. Mais attention à l’utopie : cet espace n’est pas neutre, il est structuré par des acteurs privés et des États qui luttent pour son contrôle.
📌 Le pouvoir des infrastructures (Couche Physique) : câbles et Data Centers
Internet repose sur du matériel très concret : plus de 99% du trafic intercontinental passe par des câbles sous-marins. Celui qui possède le câble ou le territoire où il atterrit détient un levier stratégique (possibilité d’espionnage ou de coupure). De même, les Data Centers (centres de données) sont des cibles critiques.
La géographie d’Internet est inégale : les États-Unis restent le « hub » central mondial, mais la Chine construit ses propres « Routes de la soie numériques » pour contourner l’occident. C’est ici que se joue la souveraineté numérique : être capable de maîtriser ses propres infrastructures.
⚙️ Le pouvoir des règles (Couche Logique) : l’ICANN et les protocoles
Qui décide que « google.com » mène au site de Google ? C’est la gestion des noms de domaine et des protocoles. Historiquement, ce pouvoir était aux mains des États-Unis via l’ICANN (une organisation devenue techniquement autonome de l’administration américaine en 2016, bien que toujours soumise au droit californien).
Contrôler ces règles, c’est pouvoir « débrancher » un acteur ou un pays du réseau mondial (une menace souvent évoquée, rarement appliquée). Pour aller plus loin sur ce point précis, tu peux compléter avec le chapitre frère contrôle des données et puissance.
📜 Le pouvoir par l’attention (Couche Sémantique) : l’algorithme
Le pouvoir n’est pas seulement technique, il est cognitif. Ce que tu vois sur ton écran dépend d’algorithmes conçus pour capter ton attention. C’est ici que les plateformes exercent un pouvoir politique inédit : elles ne font pas la loi, mais elles organisent la visibilité du monde.
🧠 Un repère utile : distinguer pouvoir, puissance et influence
Pour réussir une copie, distingue bien :
- Le pouvoir : la capacité à fixer des règles (loi, censure).
- La puissance : les moyens (technologie, économie, armée).
- L’influence : la capacité à orienter les comportements sans contrainte (Soft Power).
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⚙️ États : souveraineté, Splinternet et cyber-conflits
Les États ont repris la main sur Internet. Ils ne veulent plus d’un espace sans loi. Leur objectif est double : protéger leurs infrastructures critiques (hôpitaux, énergie) et contrôler les flux d’information. On assiste à une fragmentation d’Internet, parfois appelée « Splinternet » ou « balkanisation du réseau ».
🧭 Deux modèles s’affrontent : Internet ouvert vs Internet souverain
La souveraineté numérique ne signifie pas la même chose partout :
- Modèle démocratique (ex: UE, USA) : Vise à faire respecter l’État de droit en ligne, protéger les données (RGPD) et lutter contre les monopoles, tout en gardant un réseau ouvert.
- Modèle autoritaire (ex: Chine, Russie) : Vise le contrôle politique. La Chine a mis en place la « Grande Muraille numérique » (Great Firewall) qui filtre les contenus étrangers. La Russie développe un « Runet » capable de se déconnecter du reste du monde en cas de conflit.
Cela rejoint des thèmes voisins du programme, notamment les frontières numériques.
⚔️ Cyberdéfense : l’exemple clé de Stuxnet (2010)
Internet est désormais reconnu par l’OTAN et les grandes puissances comme le 5ème domaine de la guerre (après la terre, la mer, l’air et l’espace). L’exemple canonique à citer dans une copie est le virus Stuxnet, découvert en 2010.
C’est une cyberattaque (attribuée aux USA et à Israël) qui a physiquement saboté les centrifugeuses nucléaires de l’Iran.
Cela a marqué un tournant : le code informatique est devenu une arme capable de provoquer des destructions physiques sur des infrastructures industrielles. Depuis, tous les États développent des doctrines de lutte informatique offensive (LIO) et défensive (LID).
Pour des liens d’idées solides, tu peux relier ce chapitre à la guerre hybride, car le cyber est l’outil parfait pour déstabiliser sans déclarer la guerre.
🛡️ Cybersécurité : protéger la nation
En France, l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) est chargée de protéger les « Opérateurs d’Importance Vitale » (OIV). Une attaque contre un hôpital ou un réseau électrique peut paralyser le pays. La sécurité technique devient donc une priorité géopolitique absolue.
📜 GAFAM vs BATX : la géopolitique des plateformes
Le pouvoir n’appartient plus seulement aux États. Les géants du numérique ont des budgets supérieurs au PIB de certains pays. Il faut impérativement connaître les deux camps qui s’affrontent :
- Les GAFAM (USA) : Google, Apple, Facebook (Meta), Amazon, Microsoft.
- Les BATX (Chine) : Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi (et ByteDance/TikTok).
Cette rivalité illustre la guerre technologique mondiale.
🧭 Des “gatekeepers” : le pouvoir de vie ou de mort numérique
Ces plateformes sont des « gatekeepers » (portiers). Elles décident qui a le droit de parler et de commercer. Quand Twitter (X) et Facebook suspendent le compte de Donald Trump en 2021, ils montrent qu’ils peuvent réguler la parole d’un chef d’État. C’est un pouvoir politique immense, exercé par des entreprises privées selon leurs propres « Conditions Générales d’Utilisation » (CGU).
Pour ne pas confondre plateformes et médias, relie ce chapitre à réseaux sociaux et information.
📌 L’économie de l’attention et le profilage
Le modèle économique est simple : la gratuité contre des données. L’algorithme cherche à maximiser ton temps de présence pour te vendre de la publicité ciblée. Le revers politique, c’est que les contenus clivants, émotionnels ou radicaux retiennent souvent mieux l’attention que les contenus nuancés. L’algorithme peut donc favoriser involontairement la polarisation de la société.
On cite souvent l’affaire Cambridge Analytica (2018) comme preuve de l’utilisation politique de ces données pour influencer des élections (notamment aux USA et lors du Brexit).
🎨 Influence, « Sharp Power » et désinformation
L’information est une arme. Dans la doctrine de la guerre de l’information, on parle parfois de « Sharp Power » (pouvoir tranchant) : l’usage agressif de l’information, souvent par des régimes autoritaires, pour manipuler l’opinion publique d’un pays rival.
🧭 Influence vs Désinformation
Attention aux termes :
- Influence : Orienter l’opinion (Soft Power classique).
- Désinformation : Diffuser volontairement du faux pour nuire.
- Mésinformation : Diffuser du faux par erreur, sans intention de nuire.
🕵️ Les usines à trolls et l’ingérence
Les États utilisent des « fermes à trolls » (comme l’Internet Research Agency russe par le passé) pour inonder les réseaux sociaux de messages polarisants. Le but n’est pas toujours de convaincre, mais de semer le doute, la discorde et d’affaiblir la confiance dans les institutions démocratiques. C’est une stratégie de déstabilisation à bas coût.
🧩 Les Deepfakes : quand nos yeux nous trompent
L’arrivée de l’IA générative permet de créer des deepfakes (vidéos ou audios truqués ultra-réalistes). Cela pose un défi majeur : si aucune image ne fait preuve, comment débattre du réel ? Le risque est l’apathie des citoyens qui finissent par penser que « tout est faux ».
🌍 Données, capitalisme de surveillance et libertés
Les données sont le « pétrole » du XXIe siècle. Mais elles sont aussi l’extension de notre identité.
📌 Capitalisme de surveillance et notation sociale
La chercheuse Shoshana Zuboff parle de « capitalisme de surveillance » pour décrire ce modèle où l’expérience humaine est transformée en données comportementales.
À l’extrême, cela permet le Crédit Social en Chine : un système où les citoyens sont notés sur leur comportement, grâce à une surveillance de masse (caméras, internet, achats). C’est l’exemple type de l’usage autoritaire de la donnée.
📜 Le tournant du RGPD (2018) : l’Europe contre-attaque
Face au modèle américain (laisser-faire) et chinois (surveillance d’État), l’Union européenne propose une troisième voie. Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), appliqué depuis mai 2018, est devenu un standard mondial.
Il affirme que la donnée appartient au citoyen, pas à la plateforme. C’est un outil de puissance normative : l’UE impose ses règles au reste du monde (l’effet Bruxelles).
🤝 Réguler et résister : quelles solutions ?
Le fatalisme n’est pas de mise. Des leviers existent pour rééquilibrer le rapport de force.
🏛️ Régulation : le DSA et le DMA
Au-delà du RGPD, l’Europe a lancé en 2022/2023 le DSA (Digital Services Act) et le DMA (Digital Markets Act). L’objectif : obliger les plateformes à plus de transparence sur leurs algorithmes, mieux modérer les contenus illégaux et casser les monopoles économiques. C’est la fin de l’autorégulation.
🛡️ Vers un Cloud souverain ?
Pour ne plus dépendre des lois américaines (comme le Cloud Act qui permet aux USA d’accéder aux données stockées par leurs entreprises), l’Europe tente de développer des solutions de stockage locales (souveraineté numérique). C’est un enjeu industriel difficile mais crucial.
🧠 L’arme ultime : l’Esprit critique
Aucune loi ne remplacera la vigilance. Apprendre à vérifier une source, comprendre le fonctionnement d’un algorithme et repérer un biais cognitif sont des compétences de défense nationale. Pour t’entraîner, utilise la méthode de l’étude critique de document HGGSP.
🧠 À retenir sur internet et pouvoir
- Internet n’est pas virtuel : Il repose sur une infrastructure physique (câbles) et une géographie dominée par les USA et la Chine.
- Conflit GAFAM vs BATX : Une guerre économique et technologique structure le réseau mondial.
- Souveraineté et Splinternet : Les États (Russie, Chine) cloisonnent le réseau pour le contrôler, tandis que l’UE utilise le droit (RGPD, DSA) pour réguler.
- Stuxnet (2010) : L’exemple clé qui marque l’entrée dans l’ère de la cyberguerre et du sabotage étatique.
- Désinformation : Le numérique amplifie la « guerre hybride » via les bots, les trolls et désormais l’IA (deepfakes).
- Pour le bac, problématise sur la tension entre liberté originelle et volonté de contrôle des puissances.
❓ FAQ : Questions fréquentes sur internet et pouvoir
🧩 Qu’est-ce que le « Splinternet » ?
C’est la fragmentation d’Internet en plusieurs réseaux distincts, séparés par des barrières politiques ou techniques (ex: l’Internet chinois filtré vs l’Internet global). Cela s’oppose à l’idée d’un Web unique et universel.
🧩 Pourquoi cite-t-on toujours Stuxnet ?
Parce que c’est la première preuve publique qu’un virus informatique pouvait causer des destructions physiques majeures sur une installation militaire stratégique. Cela a changé la perception de la menace cyber.
🧩 Quelle est la différence entre GAFAM et BATX ?
Les GAFAM sont les géants américains (Google, Apple, etc.), les BATX sont leurs rivaux chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Ils incarnent la bipolarisation du monde numérique.
🧩 Le RGPD a-t-il un impact hors de l’Europe ?
Oui, par « l’effet Bruxelles ». Comme le marché européen est énorme, les entreprises mondiales (Facebook, Google) adaptent souvent leurs standards mondiaux aux règles européennes pour simplifier leur gestion.
🧩 Comment réussir une copie HGGSP sur ce sujet ?
Mobilise des acteurs précis (ICANN, ANSSI), des exemples géopolitiques (Stuxnet, Printemps arabes, Cambridge Analytica) et utilise le vocabulaire adéquat (Cyberespace, Souveraineté, Guerre hybride).
