đŻ Pourquoi Charles de Gaulle est-il emblĂ©matique ?
Figure majeure du XXe siĂšcle, Charles de Gaulle incarne Ă la fois la RĂ©sistance, la refondation institutionnelle et une certaine idĂ©e de la France. Dâabord, son retour au pouvoir en 1958 dĂ©bouche sur une Constitution rĂ©novĂ©e qui rééquilibre lâexĂ©cutif. Ensuite, il façonne une pratique prĂ©sidentielle originale, analysĂ©e dans notre page sur la place du prĂ©sident. Enfin, de Mai 68 Ă son dĂ©part en 1969, son hĂ©ritage nourrit encore les dĂ©bats que nous Ă©clairons dans lâarticle « Mai 68 et rĂ©formes ».
đ Poursuivons avec le premier chapitre : le contexte et la trajectoire qui mĂšnent de Gaulle au pouvoir en 1958.
đ Contexte et trajectoire (1940â1958)
đŁïž Appel, RĂ©sistance et lĂ©gitimitĂ© (1940â1944)
En juin 1940, alors que la France sâeffondre, Charles de Gaulle lance depuis Londres son appel Ă poursuivre le combat. TrĂšs vite, il construit une lĂ©gitimitĂ© fondĂ©e sur la continuitĂ© de lâĂtat et lâindĂ©pendance nationale. De plus, il fĂ©dĂšre la RĂ©sistance intĂ©rieure et extĂ©rieure, ce qui lui permet de peser Ă la LibĂ©ration. Pour situer lâampleur de lâeffort militaire et politique, revois notre synthĂšse sur la Seconde Guerre mondiale.
đïž Gouvernement provisoire et projet dâĂtat fort (1944â1946)
Ă Paris libĂ©rĂ©, de Gaulle dirige le Gouvernement provisoire de la RĂ©publique française (GPRF). Il rĂ©tablit la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine, engage des nationalisations et fonde la SĂ©curitĂ© sociale. Cependant, il refuse la logique dâassemblĂ©e unique et la prĂ©pondĂ©rance des partis. Ainsi, il dĂ©missionne en 1946, dĂ©nonçant un « rĂ©gime des partis » qui paralyse lâaction publique. Pour comprendre ce quâil contestait, vois notre article sur les rĂ©formes institutionnelles.
â°ïž La « traversĂ©e du dĂ©sert » et lâidĂ©e de la Ve RĂ©publique (1946â1957)
ĂcartĂ© des responsabilitĂ©s, de Gaulle nâabandonne pas le terrain des idĂ©es. Ă Bayeux (1946), puis Ă Ăpinal, il esquisse une architecture institutionnelle qui inspirera la future Ve RĂ©publique : un exĂ©cutif stable, un prĂ©sident arbitre au-dessus des partis, et des contre-pouvoirs Ă©quilibrĂ©s. Par consĂ©quent, sa critique de lâinstabilitĂ© ministĂ©rielle de la IVe RĂ©publique gagne progressivement en audience, surtout lorsquâĂ©clate la crise algĂ©rienne.
đ Crise algĂ©rienne et rappel (1958)
En 1958, lâimpasse politique et militaire en AlgĂ©rie provoque une crise majeure. Ă Alger, le ComitĂ© de salut public rĂ©clame de Gaulle. Celui-ci se dĂ©clare « prĂȘt Ă assumer les pouvoirs de la RĂ©publique », mais exige un cadre lĂ©gal. Ainsi, le Parlement lâinvestit et lui confie lâĂ©laboration dâune nouvelle Constitution. Tu peux retrouver lâarchitecture dĂ©taillĂ©e de ce texte dans notre page dĂ©diĂ©e Ă la Constitution de 1958.
đ§ Une certaine idĂ©e de la France
Du 18 Juin Ă 1958, un fil conducteur se dessine : lâindĂ©pendance nationale, la primautĂ© de lâĂtat, et une magistrature prĂ©sidentielle forte mais encadrĂ©e. Par ailleurs, la souverainetĂ© populaire doit sâexprimer par le rĂ©fĂ©rendum, instrument central du gaullisme. Cette cohĂ©rence idĂ©ologique explique la pratique du pouvoir quâil mettra en Ćuvre entre 1958 et 1969, que nous analysons aussi dans « la place du prĂ©sident » et, pour la sĂ©quence finale, dans « Mai 68 et rĂ©formes ».
đ Pour aller plus loin (repĂšres de sources)
Pour les textes fondateurs (discours de Bayeux, 1946), consulte la sélection proposée par la Fondation Charles de Gaulle. Tu y trouveras des repÚres utiles pour saisir la logique des institutions à venir.
đïž Retour au pouvoir et Constitution de 1958
đš La crise de 1958 : impasse algĂ©rienne et blocage institutionnel
Au printemps 1958, la IVe RĂ©publique est paralysĂ©e par lâinstabilitĂ© ministĂ©rielle et la guerre dâAlgĂ©rie. Ă Alger, des comitĂ©s civils et militaires rĂ©clament lâarrivĂ©e de Charles de Gaulle. Dans ce contexte, il affirme ĂȘtre prĂȘt à « assumer les pouvoirs de la RĂ©publique », mais uniquement dans la lĂ©galitĂ©. Le Parlement lâinvestit le 1er juin 1958 et lâautorise Ă prĂ©parer une nouvelle Constitution. Pour replacer cette Ă©tape dans le cadre gĂ©nĂ©ral, vois notre synthĂšse Histoire de la Ve RĂ©publique.
đ§© La rĂ©daction : DebrĂ©, le Conseil dâĂtat et le ComitĂ© consultatif
Sous lâimpulsion de de Gaulle, Michel DebrĂ© pilote la rĂ©daction avec le concours du Conseil dâĂtat et dâun ComitĂ© consultatif constitutionnel. Lâobjectif est clair : bĂątir un exĂ©cutif stable, un prĂ©sident arbitre dotĂ© dâoutils dâautoritĂ©, et un gouvernement responsable devant lâAssemblĂ©e. Cette architecture rĂ©pond aux critiques formulĂ©es depuis Bayeux. Pour une lecture structurĂ©e des principes et des articles-clĂ©s, consulte notre page dĂ©diĂ©e Ă la Constitution de 1958.
đłïž Le rĂ©fĂ©rendum du 28 septembre 1958
Le projet est soumis au peuple par rĂ©fĂ©rendum (article 11) et adoptĂ© largement le 28 septembre 1958. La Ve RĂ©publique naĂźt officiellement le 4 octobre, date de promulgation du texte. Ensuite, un calendrier institutionnel sâenchaĂźne : lĂ©gislatives de novembre 1958, puis Ă©lection du prĂ©sident de la RĂ©publique par un large collĂšge (janvier 1959). Pour les documents officiels et les chiffres, tu peux consulter le site du service public Vie-publique.
âïž Les Ă©quilibres nouveaux : un exĂ©cutif renforcĂ©
La Constitution rééquilibre les pouvoirs : le prĂ©sident arbitre nomme le Premier ministre, peut dissoudre lâAssemblĂ©e nationale et recourir au rĂ©fĂ©rendum. Le gouvernement dispose du pouvoir rĂ©glementaire et dâinstruments dâengagement de responsabilitĂ©. En contrepartie, il reste responsable devant les dĂ©putĂ©s. Ce design vise la stabilitĂ© et la continuitĂ© de lâĂtat. Pour les effets concrets sur le rĂŽle prĂ©sidentiel, parcours notre analyse de la place du prĂ©sident.
đĄïž Les « clauses de crise » : articles 16 et 11 en perspective
Le texte prĂ©voit des outils exceptionnels. Dâune part, lâarticle 16 confĂšre des pouvoirs Ă©tendus au prĂ©sident lorsque les institutions, lâindĂ©pendance de la Nation ou lâintĂ©gritĂ© du territoire sont gravement menacĂ©es. Dâautre part, lâarticle 11 permet dâorganiser des rĂ©fĂ©rendums lĂ©gislatifs. Plus tard, ces leviers seront centraux dans la pratique gaullienne, notamment pour lâĂ©lection prĂ©sidentielle au suffrage universel direct dĂ©cidĂ©e en 1962, que nous aborderons au chapitre suivant.
đ Du texte Ă la pratique : 1959 inaugure un style prĂ©sidentiel
Ălu en 1959 par le collĂšge Ă©lectoral, Charles de Gaulle met en scĂšne un prĂ©sident « au-dessus des partis », parlant directement Ă la Nation et usant du rĂ©fĂ©rendum comme validation populaire. Ce choix marquera la durĂ©e, comme lâillustre lâĂ©volution de la fonction dans notre page « PrĂ©sidents marquants ». En outre, cette pratique Ă©claire les rĂ©formes ultĂ©rieures, Ă©tudiĂ©es dans « RĂ©formes institutionnelles ».
đ Pour vĂ©rifier les textes
Pour le texte consolidĂ© et les dĂ©cisions majeures, vois le Conseil constitutionnel. Cette ressource tâaide Ă relier dispositions et usages, un bon rĂ©flexe pour lâoral comme pour lâĂ©crit.
âïž Gouverner sous la Ve RĂ©publique
đ§ Le « couple exĂ©cutif » : PrĂ©sident arbitre, Premier ministre chef dâorchestre
De 1959 Ă 1969, Charles de Gaulle installe une pratique oĂč le PrĂ©sident fixe le cap et arbitre, tandis que le Premier ministre conduit la politique de la Nation. Michel DebrĂ©, puis Georges Pompidou, traduisent ce cap en rĂ©formes concrĂštes. Ainsi, lâexĂ©cutif parle dâune seule voix, ce qui tranche avec lâinstabilitĂ© de la IVe RĂ©publique (voir rĂ©formes institutionnelles). Pour les pouvoirs formels, revois la Constitution de 1958.
đłïž Le rĂ©fĂ©rendum comme lien direct avec le peuple
De Gaulle conçoit le rĂ©fĂ©rendum comme une validation populaire des grandes orientations. En 1961â1962, il lâutilise dans le cadre algĂ©rien ; en 1962, il recourt Ă lâarticle 11 pour instaurer lâĂ©lection prĂ©sidentielle au suffrage universel direct. Par consĂ©quent, la fonction prĂ©sidentielle gagne une lĂ©gitimitĂ© nouvelle, Ă©clairant la « place du prĂ©sident » au cĆur des institutions. En 1969, lâĂ©chec dâun rĂ©fĂ©rendum entraĂźne sa dĂ©mission : la consultation engage aussi la responsabilitĂ© politique du chef de lâĂtat.
đïž Rapport au Parlement : censure, dissolution et majoritĂ©
En octobre 1962, lâAssemblĂ©e censure le gouvernement Pompidou. De Gaulle riposte en dissolvant la Chambre, puis gagne les lĂ©gislatives. Ce moment fondateur montre que lâĂ©quilibre voulu par 1958 fonctionne : le gouvernement reste responsable devant les dĂ©putĂ©s, mais le PrĂ©sident peut renvoyer la dĂ©cision au corps Ă©lectoral. Ensuite, la majoritĂ© gaulliste (UNR puis UDR) se structure et soutient lâaction exĂ©cutive, comme on le voit dans PrĂ©sidents marquants.
đĄïž Pouvoirs exceptionnels et gestion des crises
Face au putsch dâavril 1961, de Gaulle active lâarticle 16 pour garantir la continuitĂ© de lâĂtat. Cet usage, limitĂ© dans le temps, illustre sa doctrine : lâexception nâa de sens que pour sauver le cadre lĂ©gal. De plus, lâautoritĂ© prĂ©sidentielle se manifeste par des messages Ă la Nation, des confĂ©rences de presse ritualisĂ©es et une communication maĂźtrisĂ©e, au service dâune « politique de grandeur ».
đș PrĂ©sidence dâincarnation : parole rare, mise en scĂšne de lâĂtat
Le style gaullien combine sobriĂ©tĂ© et solennitĂ© : adresses tĂ©lĂ©visĂ©es, formules marquantes, voyages en province. Ainsi, la prĂ©sidence devient une magistrature dâinfluence qui cadre lâaction gouvernementale. En 1965, la premiĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle au suffrage universel direct (de Gaulle réélu au second tour) confirme cette incarnation. Pour le contexte global, vois notre page Histoire de la Ve RĂ©publique.
âïž Outils gouvernementaux et programmation
CĂŽtĂ© Matignon, le gaullisme sâappuie sur la planification, des ordonnances et un calendrier de rĂ©formes cadencĂ©. Lâobjectif est la stabilitĂ©, mais aussi lâefficacitĂ© : dĂ©cider vite, exĂ©cuter clairement, Ă©valuer ensuite. Par ailleurs, lâarticulation entre ĂlysĂ©e et Matignon se veut discrĂšte : dĂ©bats en conseil restreint, arbitrages prĂ©sidentiels, puis mise en musique ministĂ©rielle. Cette mĂ©canique sera Ă©prouvĂ©e pendant Mai 68 et les rĂ©formes, lorsque la rue, lâuniversitĂ© et lâusine testent la rĂ©silience du systĂšme.
đ Bilan institutionnel de la pratique gaullienne
Entre 1959 et 1969, la Ve République trouve ses marques : stabilité ministérielle, exécutif fort, référendum comme levier démocratique, dissolution comme sortie de crise, et élection présidentielle centrale. Toutefois, cette verticalité suscite des critiques (personnalisation du pouvoir, faible rÎle des partis), débats que nous mettons en perspective dans la place du président. Ces tensions réapparaßtront lors de la séquence de 1968.
đ Politique Ă©trangĂšre et dĂ©colonisation
đ§ Doctrine : indĂ©pendance nationale et « grandeur »
Pour Charles de Gaulle, la France doit parler dâĂ©gal Ă Ă©gal avec les grandes puissances. Ainsi, il construit une politique dâindĂ©pendance fondĂ©e sur la souverainetĂ©, lâautonomie stratĂ©gique et la capacitĂ© nuclĂ©aire. Cette ligne nâest pas isolationniste : elle vise au contraire Ă rendre la voix française audible dans les crises internationales, comme nous le replaçons dans lâhistoire de la Ve RĂ©publique.
đȘđș LâEurope selon de Gaulle : coopĂ©ration des Ătats et crises fondatrices
Favorable Ă une « Europe des Ătats », de Gaulle soutient le MarchĂ© commun mais refuse toute supranationalitĂ© trop intĂ©grĂ©e. Par consĂ©quent, la crise de la chaise vide (1965â1966) aboutit au compromis de Luxembourg, qui rĂ©affirme lâunanimitĂ© quand des « intĂ©rĂȘts trĂšs importants » sont en jeu. En outre, il oppose deux vĂ©tos Ă lâentrĂ©e du Royaume-Uni (1963 et 1967), redoutant une Europe trop atlantiste. Ă lâinverse, il scelle la rĂ©conciliation franco-allemande avec le TraitĂ© de lâĂlysĂ©e (1963), socle durable que nous retrouvons dans « PrĂ©sidents marquants ».
đïž DĂ©colonisation : AlgĂ©rie et Afrique
Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle affronte la guerre dâAlgĂ©rie dans un contexte explosif. AprĂšs avoir posĂ© le droit Ă lâautodĂ©termination, il conduit les nĂ©gociations qui mĂšnent aux accords dâĂvian et Ă lâindĂ©pendance algĂ©rienne en 1962. ParallĂšlement, la plupart des territoires dâAfrique subsaharienne accĂšdent Ă lâindĂ©pendance en 1960, dans une logique de transition organisĂ©e depuis la CommunautĂ© française. Cette sĂ©quence redĂ©finit en profondeur la place de la France dans le monde, thĂšme que tu peux croiser avec notre page « RĂ©formes institutionnelles ».
đĄïž DĂ©fense : dissuasion et positionnement atlantique
La « force de frappe » (dissuasion nuclĂ©aire) est un pilier de lâautonomie stratĂ©gique voulue par Charles de Gaulle. En 1966, la France quitte le commandement intĂ©grĂ© de lâOTAN tout en restant alliĂ©e, rĂ©cupĂšre ses bases et rĂ©organise son dispositif national. DĂšs lors, lâarmĂ©e et lâindustrie de dĂ©fense sont alignĂ©es sur lâobjectif dâindĂ©pendance, ce qui conditionne durablement la posture stratĂ©gique de la Ve RĂ©publique (voir la place du prĂ©sident).
đ Ouvertures mondiales : Chine, Vietnam, QuĂ©bec, Moyen-Orient
Pour marquer lâautonomie française, de Gaulle reconnaĂźt la Chine populaire en 1964, avant la plupart des alliĂ©s occidentaux. En 1966, Ă Phnom Penh, il appelle Ă une solution politique au conflit vietnamien. En 1967, son « Vive le QuĂ©bec libre ! » souligne un soutien au droit des peuples Ă disposer dâeux-mĂȘmes, mais irrite Ottawa. La mĂȘme annĂ©e, aprĂšs la guerre des Six-Jours, il lance une politique arabe plus Ă©quilibrĂ©e et dĂ©crĂšte un embargo sur les armes Ă destination dâIsraĂ«l ; sa formule sur un « peuple dâĂ©lite, sĂ»r de lui et dominateur » dĂ©clenche un vif dĂ©bat en France et Ă lâĂ©tranger.
đ Bilan : cohĂ©rence et controverses
La politique Ă©trangĂšre de Charles de Gaulle prĂ©sente une forte cohĂ©rence : souverainetĂ©, dissuasion, Europe intergouvernementale, voix singuliĂšre dans le monde. Cependant, plusieurs choix restent discutĂ©s (vĂ©tos britanniques, propos de 1967, sortie du commandement intĂ©grĂ©). En dĂ©finitive, la « grandeur » gaullienne a redĂ©fini des cadres qui structurent encore la diplomatie française, comme tu le verras dans nos chapitres sur Mai 68 et les rĂ©formes et sur lâhistoire de la Ve RĂ©publique.
đ RepĂšres pour vĂ©rifier
Pour des fiches claires sur 1966 et lâOTAN ou la reconnaissance de la Chine (1964), consulte Vie-publique, et pour les discours et archives, la Fondation Charles de Gaulle.
âïž Modernisation Ă©conomique et sociale
đ Planification et cap gaullien
Sous Charles de Gaulle, la France sâappuie sur la planification pour soutenir la croissance des « Trente Glorieuses ». Le Commissariat au Plan fixe des objectifs sectoriels : productivitĂ©, exportations, infrastructures. Ainsi, lâĂtat coordonne banques publiques, grandes entreprises et ministĂšres, tout en laissant de lâespace Ă lâinitiative privĂ©e. Cette mĂ©thode vise lâefficacitĂ© et la souverainetĂ©, deux marqueurs que lâon retrouve dans sa pratique des institutions (voir la place du prĂ©sident).
đ Politique industrielle : champions nationaux et technologies
Le gaullisme Ă©conomique mise sur des filiĂšres stratĂ©giques : aĂ©ronautique (Caravelle, puis lancement du programme Concorde), espace (crĂ©ation du CNES en 1961), nuclĂ©aire civil (dĂ©ploiement par EDF et le CEA), Ă©lectronique et informatique (Plan Calcul, 1966). Par consĂ©quent, lâĂtat oriente le crĂ©dit, protĂšge lâinvestissement et soutient lâexportation. De plus, la diplomatie Ă©conomique accompagne ces paris technologiques, en cohĂ©rence avec lâautonomie stratĂ©gique dĂ©crite au chapitre Politique Ă©trangĂšre.
đŁïž AmĂ©nagement du territoire : connecter et Ă©quilibrer
Pour rĂ©duire les dĂ©sĂ©quilibres entre Paris et la province, lâĂtat dĂ©veloppe autoroutes, ports, zones industrielles et mĂ©tropoles dâĂ©quilibre. La crĂ©ation de la DATAR (1963) structure lâaction publique : attirer lâinvestissement, moderniser les rĂ©gions et coordonner les grands chantiers. Ainsi, la modernisation nâest pas seulement sectorielle ; elle est spatiale, afin de diffuser la croissance. Cette logique dâarbitrage centreâpĂ©riphĂ©rie Ă©claire aussi des rĂ©formes Ă©tudiĂ©es dans RĂ©formes institutionnelles.
đ Agriculture : productivisme et Europe
Dans les campagnes, remembrement, mĂ©canisation et coopĂ©ratives transforment le travail. LâentrĂ©e dans la Politique agricole commune (1962) garantit prix et dĂ©bouchĂ©s, accĂ©lĂ©rant la modernisation mais aussi lâexode rural. Par ailleurs, lâagroalimentaire sâindustrialise et exporte davantage. Cette mutation, soutenue par le crĂ©dit agricole et la formation, illustre la capacitĂ© de lâĂtat Ă nĂ©gocier des cadres europĂ©ens compatibles avec son projet national.
đ Ăducation et sociĂ©tĂ© : massification et tensions
Lâordonnance Berthoin (1959) porte la scolaritĂ© obligatoire Ă 16 ans, tandis que la rĂ©forme Fouchet (1963) rĂ©organise le secondaire (CES) et prĂ©pare lâessor du lycĂ©e. Les effectifs universitaires explosent ; amphithéùtres et citĂ©s U peinent Ă suivre. Dans le mĂȘme temps, la tĂ©lĂ©vision publique rĂ©formĂ©e en ORTF (1964) devient un vecteur majeur dâinformation et de culture, portĂ©e par lâaction dâAndrĂ© Malraux (Maisons de la Culture). Cependant, la massification crĂ©e de nouveaux besoins de reprĂ©sentation et de participation, dont lâonde de choc culminera en Mai 68 et rĂ©formes.
đ¶ Finances publiques, monnaie et pouvoir dâachat
Ă partir de 1958â1959, le plan RueffâPinay stabilise les comptes, restaure la confiance et soutient la convertibilitĂ©. Le nouveau franc clarifie lâaffichage monĂ©taire ; le SMIG sert de repĂšre salarial et fait lâobjet de revalorisations. De plus, lâĂtat arbitre entre dĂ©sinflation et investissement pour prĂ©server la compĂ©titivitĂ©. Cette stratĂ©gie finance les grands programmes, tout en maintenant le cap dâindĂ©pendance cher Ă Charles de Gaulle.
đ„ Protection sociale et participation
Les ordonnances de 1967 rĂ©organisent la SĂ©curitĂ© sociale en trois branches (maladie, famille, vieillesse). En parallĂšle, de Gaulle promeut lâidĂ©e de participation des salariĂ©s aux fruits de lâexpansion : intĂ©ressement et Ă©pargne dâentreprise esquissent un « troisiĂšme voie » entre capital et travail. NĂ©anmoins, ces dispositifs peinent Ă rĂ©pondre Ă des aspirations plus larges Ă lâautonomie, Ă la parole et aux droits, qui sâexprimeront avec force en 1968.
đ Bilan : moderniser pour rester souverain
La modernisation gaullienne combine planification, grands programmes et amĂ©nagement. Elle Ă©lĂšve la productivitĂ©, internationalise lâĂ©conomie et Ă©quipe le territoire. Toutefois, la massification scolaire, lâurbanisation rapide et les transformations du travail crĂ©ent des frictions sociales. En dĂ©finitive, lâambition dâautonomie et dâefficacitĂ© qui dĂ©finit Charles de Gaulle se heurte Ă de nouvelles attentes dĂ©mocratiques, quâĂ©claire la sĂ©quence Mai 68.
đ„ Mai 68, rĂ©fĂ©rendums et dĂ©part
đ Des campus aux usines : Ă©tincelle et embrasement
Au printemps 1968, des mobilisations Ă©tudiantes contre lâencadrement universitaire et pour plus dâautonomie sâĂ©tendent rapidement. BientĂŽt, les grĂšves gagnent les usines : plusieurs millions de salariĂ©s cessent le travail. Cette crise sociale et gĂ©nĂ©rationnelle rĂ©vĂšle les limites dâun pays modernisĂ© mais traversĂ© par des attentes nouvelles en matiĂšre de libertĂ©s, de participation et de conditions de vie (voir « Mai 68 et rĂ©formes »).
đ€ Accords de Grenelle et reprise en main
Les Accords de Grenelle (27 mai 1968) actent des hausses salariales et des avancĂ©es sociales, mais ne suffisent pas dâemblĂ©e Ă rĂ©tablir le calme. Le 30 mai, Charles de Gaulle annonce la dissolution de lâAssemblĂ©e nationale et appelle aux urnes. La dĂ©monstration de force gaulliste dans la rue et le retour Ă lâordre marquent un tournant : en juin, les gaullistes remportent une large majoritĂ©, confirmant la rĂ©silience des institutions issues de la Constitution de 1958.
đłïž 1969 : rĂ©forme, rĂ©fĂ©rendum⊠et dĂ©part
FidĂšle Ă sa conception du lien direct avec le peuple, de Gaulle soumet en avril 1969 un projet de rĂ©gionalisation et de rĂ©forme du SĂ©nat par rĂ©fĂ©rendum. Il conditionne son maintien Ă lâĂlysĂ©e Ă la victoire du « oui ». Or, le « non » lâemporte ; aussitĂŽt, il dĂ©missionne. Cette sortie illustre sa pratique : le rĂ©fĂ©rendum comme arbitrage populaire ultime (voir la place du prĂ©sident).
đ HĂ©ritage immĂ©diat : continuitĂ©s et inflexions
LâĂ©lection qui suit porte Georges Pompidou Ă la prĂ©sidence (1969). La Ve RĂ©publique se poursuit, tout en inflĂ©chissant la mĂ©thode. NĂ©anmoins, lâarchitecture institutionnelle, la centralitĂ© de lâĂ©lection prĂ©sidentielle et la logique dâautonomie stratĂ©gique demeurent. Pour replacer ce passage de tĂ©moin dans la longue durĂ©e, revois notre synthĂšse « PrĂ©sidents marquants » et notre panorama Histoire de la Ve RĂ©publique.
đ§© Sens politique de 1968 dans le gaullisme
1968 rĂ©vĂšle une tension clĂ© du gaullisme : un Ătat modernisateur et efficace face Ă des aspirations accrues Ă la participation et Ă la parole. En consĂ©quence, la victoire lĂ©gislative de juin ne dissipe pas le besoin dâadapter la reprĂ©sentation, lâentreprise et lâuniversitĂ©. La sĂ©quence 1968â1969 clĂŽt le « moment de Gaulle » au pouvoir, sans clore le dĂ©bat sur lâĂ©quilibre entre autoritĂ© et participation dans la Ve RĂ©publique.
đ§ Ă retenir
- 1958 : retour de Charles de Gaulle et Constitution de 1958 â exĂ©cutif stabilisĂ©, prĂ©sident arbitre, rĂ©fĂ©rendum et possibilitĂ© de dissolution.
- 1962 : rĂ©fĂ©rendum (art. 11) â Ă©lection prĂ©sidentielle au suffrage universel direct ; lâincarnation prĂ©sidentielle devient centrale (place du prĂ©sident).
- AlgĂ©rie : autodĂ©termination puis accords dâĂvian (1962). DĂ©colonisation accĂ©lĂ©rĂ©e en Afrique dans le cadre de la CommunautĂ© française.
- Politique Ă©trangĂšre : Europe des Ătats (vĂ©tos britanniques, 1963 & 1967), TraitĂ© de lâĂlysĂ©e (1963), reconnaissance de la Chine (1964), sortie du commandement intĂ©grĂ© de lâOTAN (1966), « Vive le QuĂ©bec libre ! » (1967).
- Modernisation : planification, grands programmes (nucléaire, aéronautique, espace avec le CNES), Plan Calcul, aménagement du territoire (DATAR), réformes scolaires (Berthoin, Fouchet), ORTF.
- Gouvernance : couple exĂ©cutif PrĂ©sidentâPremier ministre (DebrĂ©, Pompidou), usage des rĂ©fĂ©rendums, article 16 en 1961 pour la continuitĂ© de lâĂtat.
- Mai 68 : crise sociale et générationnelle ; Accords de Grenelle, dissolution, victoire législative gaulliste mais question du dialogue social relancée (Mai 68 et réformes).
- 1969 : rĂ©fĂ©rendum sur la rĂ©gionalisation et le SĂ©nat perdu â dĂ©mission immĂ©diate. La Ve RĂ©publique poursuit sa route, structurellement marquĂ©e par lâhĂ©ritage gaullien.
â FAQ : Questions frĂ©quentes sur Charles de Gaulle (Ve RĂ©publique)
Pourquoi De Gaulle utilise-t-il lâarticle 11 en 1962 pour lâĂ©lection prĂ©sidentielle ?
Il privilĂ©gie lâarticle 11 (rĂ©fĂ©rendum lĂ©gislatif) pour instaurer lâĂ©lection du prĂ©sident au suffrage universel direct, estimant que la question concerne lâorganisation des pouvoirs publics et doit ĂȘtre tranchĂ©e par le peuple. Ce choix contourne lâarticle 89 (rĂ©vision constitutionnelle classique) et nourrit une controverse juridique, mais il est validĂ© politiquement par lâapprobation populaire. Revois la Constitution de 1958 et la place du prĂ©sident.
La France a-t-elle « quittĂ© lâOTAN » en 1966 ?
Non. La France quitte le commandement intĂ©grĂ© en 1966 mais reste membre de lâAlliance. Elle recouvre la pleine maĂźtrise de ses bases et de sa planification, en cohĂ©rence avec lâautonomie stratĂ©gique dĂ©fendue par De Gaulle. Cette ligne est expliquĂ©e dans notre partie Politique Ă©trangĂšre.
Quelle est la vision européenne de De Gaulle ?
Il dĂ©fend une Europe des Ătats (coopĂ©ration intergouvernementale) et refuse une supranationalitĂ© trop forte. DâoĂč la crise de la chaise vide (1965â1966) et les vĂ©tos Ă lâentrĂ©e du Royaume-Uni (1963, 1967). Ă lâinverse, il scelle la rĂ©conciliation franco-allemande avec le TraitĂ© de lâĂlysĂ©e (1963). Voir aussi PrĂ©sidents marquants.
Mai 68 a-t-il durablement affaibli De Gaulle ?
La crise rĂ©vĂšle les limites dâun modĂšle trĂšs vertical face Ă des attentes nouvelles (participation, autonomie, conditions dâĂ©tudes et de travail). Politiquement, De Gaulle reprend la main (dissolution, victoire de juin 1968), mais la lĂ©gitimitĂ© rĂ©fĂ©rendaire sâuse. Pour le contexte, voir Mai 68 et rĂ©formes.
Pourquoi démissionne-t-il en 1969 ?
Il conditionne son maintien Ă lâĂlysĂ©e au « oui » au rĂ©fĂ©rendum sur la rĂ©gionalisation et la rĂ©forme du SĂ©nat. Le « non » lâemporte : fidĂšle Ă sa conception du lien direct au peuple, il dĂ©missionne immĂ©diatement. Relis la logique institutionnelle exposĂ©e dans RĂ©formes institutionnelles.
