đ Attention vocabulaire : âTiers-Mondeâ
Lâexpression âTiers-Mondeâ est trĂšs utilisĂ©e pendant la Guerre froide. Aujourdâhui, elle est discutĂ©e, car elle regroupe des pays trĂšs diffĂ©rents.
On utilise aussi âpays du Sudâ ou âSud globalâ, mais ces termes restent des raccourcis. Ici, on garde âTiers-Mondeâ parce que câest le mot-clĂ© de lâĂ©poque (Bandung, non-alignement).
« DĂ©signant les pays autrefois dits du tiers-monde, la notion regroupe les Ătats du Sud, principales victimes des effets nĂ©fastes de la mondialisation et refusant de sâaligner sur lâun ou lâautre des puissants du Nord global, cet autre nom de lâOccident. »
đŻ Pourquoi la dĂ©colonisation est-elle un tournant majeur du XXe siĂšcle ?
Les DĂ©colonisations (1945â1975) sont un choc gĂ©opolitique majeur : en trente ans, des empires europĂ©ens se dĂ©font et des dizaines dâĂtats souverains naissent.
AprĂšs 1945, lâEurope est affaiblie, tandis que les revendications nationales gagnent en force en Asie puis en Afrique. Dans le mĂȘme temps, la Guerre froide et lâONU changent les rĂšgles du jeu : le droit des peuples devient un argument central.
Avant de commencer, si tu veux le dĂ©cor dâensemble sur les empires avant 1945, lis plutĂŽt ce dossier sur les empires coloniaux, puis reviens ici.
đïž Dans cet article, tu vas dĂ©couvrir :
- đ Les causes profondes de lâeffondrement des empires
- đ„ LâAsie : le premier domino des indĂ©pendances
- âïž Le Maghreb et la fin tragique de lâAlgĂ©rie française
- đ± LâAfrique subsaharienne : entre nĂ©gociation et ruptures
- đ€ La naissance politique du Tiers-Monde
- đ§ IndĂ©pendance : les immenses dĂ©fis de la construction
- đ§ Ă retenir
- â FAQ
- đ§© Quiz
đ Poursuivons avec le premier chapitre pour comprendre pourquoi lâordre colonial devient impossible Ă maintenir.
đ Les causes profondes de lâeffondrement des empires
đ LâEurope affaiblie et le basculement du prestige
Pour comprendre les DĂ©colonisations (1945â1975), il faut partir dâun fait simple : la Seconde Guerre mondiale a sapĂ© lâautoritĂ© morale et militaire des mĂ©tropoles. La dĂ©faite française de 1940, puis les victoires japonaises en Asie, brisent le mythe de lâinvincibilitĂ© europĂ©enne.
De plus, les colonies ont fourni des troupes et des ressources. Des soldats venus du SĂ©nĂ©gal, du Maroc, dâAlgĂ©rie ou dâInde ont combattu pour libĂ©rer lâEurope, et cette « dette de sang » rend le retour Ă lâordre ancien beaucoup plus difficile Ă justifier.
đ La Guerre froide accĂ©lĂšre les indĂ©pendances
Le contexte de Guerre froide joue un rĂŽle dâaccĂ©lĂ©rateur. Les Ătats-Unis et lâURSS contestent chacun Ă leur maniĂšre les vieux empires : lâun au nom de lâouverture Ă©conomique et de lâinfluence, lâautre au nom de lâanticolonialisme idĂ©ologique.
RĂ©sultat : les puissances europĂ©ennes se retrouvent prises en Ă©tau. DĂšs quâune crise Ă©clate, elle devient aussi un enjeu mondial, ce qui fragilise encore les mĂ©tropoles.
đ LâONU et le droit des peuples
Créée en 1945, lâONU offre une tribune internationale aux revendications nationales. Le principe du droit des peuples Ă disposer dâeux-mĂȘmes devient une rĂ©fĂ©rence politique majeure, mĂȘme si son application est souvent conflictuelle.
Au fil des annĂ©es, lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale Ă©volue avec lâarrivĂ©e de nouveaux Ătats souverains. Les empires doivent alors se justifier publiquement, et ce basculement symbolique compte autant que les batailles.
đ Des mouvements nationalistes plus organisĂ©s
Les contestations existaient avant 1945, mais elles changent dâĂ©chelle. Les Ă©lites formĂ©es dans les universitĂ©s, les partis de masse et les syndicats transforment des revendications rĂ©formistes en demandes dâindĂ©pendance.
En Asie, des leaders comme Ho Chi Minh, Sukarno, Mahatma Gandhi ou Jawaharlal Nehru structurent des mouvements capables de négocier, de mobiliser, ou de combattre. En Afrique, des figures comme Habib Bourguiba, Kwame Nkrumah ou Léopold Sédar Senghor ancrent la revendication dans des projets politiques nouveaux.
Si tu veux replacer ces mobilisations dans la logique des empires, tu peux lire ce dossier sur lâAsie coloniale et cette synthĂšse sur lâempire français.
đ„ LâAsie : le premier domino des indĂ©pendances
đ LâInde britannique : nĂ©gociation et drame de la partition
Le cas de lâInde est emblĂ©matique : lâindĂ©pendance est obtenue par un mĂ©lange de pression politique, de mobilisation de masse et de nĂ©gociation. La stratĂ©gie non-violente de Mahatma Gandhi marque durablement la scĂšne mondiale.
Le Royaume-Uni, Ă©puisĂ©, accepte lâidĂ©e dâun dĂ©part, mais la question religieuse pĂšse lourd. En aoĂ»t 1947, lâUnion indienne et le Pakistan naissent, au prix dâune partition violente et de dĂ©placements massifs de population, qui laissent un traumatisme durable.
đ LâIndonĂ©sie : la guerre contre le retour nĂ©erlandais
En IndonĂ©sie, Sukarno proclame lâindĂ©pendance en 1945, mais les Pays-Bas tentent de reprendre le contrĂŽle. Une guerre sâengage, longue et coĂ»teuse, dans un contexte oĂč lâopinion internationale change rapidement.
Sous pression diplomatique, notamment des Ătats-Unis, lâindĂ©pendance est finalement reconnue en dĂ©cembre 1949. Ce cas montre quâun empire ne peut plus revenir « comme avant » sans coĂ»t politique Ă©norme.
đ LâIndochine : lâenfermement français et la rupture de 1954
En Indochine, la France refuse de reconnaĂźtre la dynamique nationale portĂ©e par le Vietminh de Ho Chi Minh. La guerre commence en 1946 et sâintensifie avec la montĂ©e des logiques de Guerre froide.
La défaite de Dien Bien Phu, en mai 1954, provoque une rupture politique. Les accords signés à GenÚve en juillet 1954 actent le départ français et une division provisoire du Vietnam, prélude à de nouveaux conflits.
âïž Le Maghreb et la fin tragique de lâAlgĂ©rie française
đ Tunisie et Maroc : des indĂ©pendances nĂ©gociĂ©es
Au Maghreb, la France gĂšre des statuts diffĂ©rents : des protectorats en Tunisie et au Maroc, et une colonie de peuplement en AlgĂ©rie. En Tunisie, le NĂ©o-Destour dâHabib Bourguiba mĂšne la revendication. Au Maroc, lâIstiqlal sâappuie sur Mohammed V.
AprĂšs des tensions fortes, la France choisit la nĂ©gociation. Les indĂ©pendances tunisienne et marocaine sont proclamĂ©es en 1956, mĂȘme si des crises ultĂ©rieures montrent que la sortie de domination nâefface pas dâun coup les dĂ©pendances.
đ La guerre dâAlgĂ©rie (1954â1962) : une dĂ©colonisation traumatique
Le cas algĂ©rien est le plus douloureux pour la France. La prĂ©sence dâenviron un million dâEuropĂ©ens rend lâidĂ©e dâindĂ©pendance explosive. Le 1er novembre 1954, le FLN lance une insurrection, et la guerre sâinstalle dans une spirale de violence.
La rĂ©pression, la torture, la bataille dâAlger (1957), puis la crise de mai 1958 entraĂźnent le retour au pouvoir du gĂ©nĂ©ral de Gaulle. LâautodĂ©termination devient la voie choisie, malgrĂ© les fractures internes et la violence de lâOAS.
Les accords dâĂvian sont signĂ©s le 18 mars 1962, et lâindĂ©pendance est proclamĂ©e en juillet 1962. Lâexode des Pieds-Noirs et le drame des Harkis laissent des mĂ©moires profondes. Pour le volet mĂ©moriel, tu peux lire ce dossier sur les mĂ©moires impĂ©riales.
đ± LâAfrique subsaharienne : entre nĂ©gociation et ruptures
đ Le Royaume-Uni : transition progressive et tensions locales
En Afrique subsaharienne, le Royaume-Uni organise souvent une transition graduelle, en sâappuyant sur des Ă©lites locales et le cadre du Commonwealth. Le Ghana de Kwame Nkrumah devient indĂ©pendant en 1957 et incarne un espoir panafricain.
Mais tout nâest pas pacifique. Au Kenya, la rĂ©volte des Mau-Mau (1952â1960) est violemment rĂ©primĂ©e, avant lâindĂ©pendance de 1963 avec Jomo Kenyatta. Dans dâautres cas, lâinstabilitĂ© postĂ©rieure est forte, comme au Nigeria avec la crise du Biafra.
đ Lâespace français : rĂ©forme, rĂ©fĂ©rendum et âannĂ©e 1960â
La France tente dâabord dâadapter son empire : Union française (1946), puis loi-cadre Defferre (1956). En 1958, de Gaulle propose la CommunautĂ© : autonomie encadrĂ©e ou indĂ©pendance immĂ©diate.
Seule la GuinĂ©e de SĂ©kou TourĂ© vote ânonâ et choisit une rupture rapide. Ensuite, lâĂ©lan sâaccĂ©lĂšre : 1960 devient une date-clĂ©, avec une vague dâindĂ©pendances en Afrique, souvent accompagnĂ©es dâaccords de coopĂ©ration, qui alimentent ensuite des dĂ©bats sur la Françafrique et les dĂ©pendances Ă©conomiques.
đ Congo belge et colonies portugaises : sorties chaotiques et tardives
La dĂ©colonisation du Congo belge est un cas dâimprĂ©paration. LâindĂ©pendance de 1960 dĂ©bouche sur mutineries, sĂ©cessions et conflits politiques, dans un contexte dâingĂ©rences et de tensions internationales. Lâassassinat de Patrice Lumumba en 1961 marque les esprits.
Le Portugal, lui, refuse longtemps toute sortie. Les guerres en Angola, Mozambique et GuinĂ©e-Bissau sâenlisent jusquâĂ la RĂ©volution des Ćillets (1974). Les indĂ©pendances arrivent en 1975, mais les conflits internes se prolongent souvent, alimentĂ©s par la Guerre froide.
đ€ La naissance politique du Tiers-Monde
đ Bandung (1955) : une nouvelle voix internationale
En avril 1955, la confĂ©rence de Bandung rĂ©unit des Ătats dâAsie et dâAfrique sans les puissances occidentales. Les participants condamnent la domination impĂ©riale, revendiquent la coopĂ©ration et affirment la dignitĂ© politique des nouveaux Ătats.
Lâexpression Tiers-Monde, popularisĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1950 par Alfred Sauvy, dĂ©signe alors un ensemble de pays cherchant une place autonome dans le systĂšme mondial, entre les deux blocs.
đ Le Mouvement des Non-AlignĂ©s (1961)
En 1961, la confĂ©rence de Belgrade marque la fondation du Mouvement des Non-AlignĂ©s, portĂ© par Nehru, Nasser et Tito. Lâobjectif est de ne pas devenir un pion de la Guerre froide.
Dans les faits, câest difficile : les besoins en capitaux, en armes et en infrastructures poussent souvent ces Ătats Ă dĂ©pendre dâun camp. Le non-alignement reste donc un cap politique, pas toujours une pratique stable.
đ§ IndĂ©pendance : les immenses dĂ©fis de la construction
đ Construire lâĂtat et la nation
LâindĂ©pendance ouvre un chantier colossal : administrations Ă crĂ©er, armĂ©es Ă structurer, Ă©coles Ă dĂ©velopper, identitĂ©s nationales Ă consolider. Les frontiĂšres hĂ©ritĂ©es des empires ne correspondent pas toujours aux rĂ©alitĂ©s sociales, ce qui crĂ©e des tensions durables.
En 1963, lâOUA choisit de maintenir le principe dâintangibilitĂ© des frontiĂšres hĂ©ritĂ©es (uti possidetis juris) pour limiter les guerres territoriales. Cependant, lâinstabilitĂ© politique reste frĂ©quente, avec des coups dâĂtat et des rĂ©gimes autoritaires dans de nombreux pays.
đ DĂ©pendances Ă©conomiques et nĂ©ocolonialisme
Le dĂ©fi Ă©conomique est immense, car les Ă©conomies hĂ©ritĂ©es de lâempire sont souvent spĂ©cialisĂ©es dans lâexportation de matiĂšres premiĂšres, avec peu dâindustrialisation locale. Les variations de prix mondiaux fragilisent les Ătats nouveaux.
Le terme nĂ©ocolonialisme dĂ©signe alors une domination indirecte : influence financiĂšre, contrĂŽle des ressources, poids de la dette, accords inĂ©gaux. Dans les annĂ©es 1970, beaucoup de pays rĂ©clament Ă lâONU un âNouvel ordre Ă©conomique internationalâ, avec des rĂ©sultats limitĂ©s.
đ§ Ă retenir sur les DĂ©colonisations (1945â1975)
- AprĂšs 1945, lâEurope est affaiblie, et la Guerre froide accĂ©lĂšre la fin des empires.
- LâONU et le droit des peuples donnent un cadre moral et politique aux revendications.
- Les trajectoires varient : négociation (ex. Inde, Tunisie, Maroc) ou guerre (ex. Indochine, Algérie, colonies portugaises).
- Bandung (1955) puis les Non-AlignĂ©s (1961) incarnent lâaffirmation du Tiers-Monde.
â FAQ : Questions frĂ©quentes sur les dĂ©colonisations
Quelle est la différence entre décolonisation et indépendance ?
La dĂ©colonisation est le processus (retrait de la puissance impĂ©riale, nĂ©gociation ou conflit). LâindĂ©pendance est le rĂ©sultat juridique : un Ătat souverain reconnu.
Pourquoi lâannĂ©e 1960 est-elle une date-clĂ© en Afrique ?
Parce quâelle correspond Ă une vague dâindĂ©pendances en Afrique, qui transforme rapidement la carte politique du continent et lâĂ©quilibre Ă lâONU.
Quâappelle-t-on nĂ©ocolonialisme ?
Câest une domination indirecte aprĂšs lâindĂ©pendance officielle, surtout Ă©conomique et financiĂšre : contrĂŽle des ressources, accords inĂ©gaux, influence politique, dette.
