đŻ Pourquoi lâhistoire de lâimmigration en France est-elle un thĂšme central du programme dâhistoire ?
Lâhistoire de lâimmigration en France permet de comprendre comment la sociĂ©tĂ© française sâest transformĂ©e au fil des arrivĂ©es successives de populations venues dâailleurs, et pourquoi ce thĂšme est dĂ©sormais au cĆur des programmes dâhistoire du collĂšge et du lycĂ©e.
En retraçant les grandes vagues migratoires, depuis le XIXe siĂšcle jusquâaux crises les plus rĂ©centes, tu vois comment se construisent les frontiĂšres, les identitĂ©s et les dĂ©bats politiques autour de lâaccueil et de lâintĂ©gration.
De plus, ce sujet croise de nombreuses notions du programme comme les révolutions industrielles, la décolonisation, la construction européenne ou encore les valeurs de la République.
Enfin, travailler sur lâimmigration en France tâaide Ă mieux comprendre les dĂ©bats actuels, Ă prendre du recul sur les stĂ©rĂ©otypes et Ă prĂ©parer efficacement les Ă©preuves du **brevet** et du **bac**.
đ Poursuivons avec le premier chapitre pour poser les grandes notions et le contexte historique de lâimmigration en France.
đ§ Notions clĂ©s pour comprendre lâimmigration en France
đ Migrant, Ă©migrĂ©, immigrĂ© : bien distinguer les termes
Avant dâentrer dans le dĂ©tail de lâhistoire de lâimmigration en France, il est essentiel de clarifier le vocabulaire, car ces mots reviennent souvent dans les sujets dâexamen et dans lâactualitĂ©.
On parle dâabord de migrant pour dĂ©signer une personne qui se dĂ©place dâun pays Ă un autre, quel que soit le motif ou la durĂ©e du sĂ©jour, ce qui est une notion trĂšs large.
Un Ă©migrĂ© est quelquâun qui quitte son pays dâorigine, alors quâun immigrĂ© est vu depuis le pays dâaccueil, par exemple un travailleur qui vient sâinstaller en France pour plusieurs annĂ©es.
Dans les programmes scolaires, le mot clĂ© reste donc « immigrĂ© », car il renvoie Ă lâinstallation durable dans un pays et permet de raconter comment lâarrivĂ©e de nouvelles populations transforme la sociĂ©tĂ©, la culture et les dĂ©bats politiques.
đ Pays dâĂ©migration, pays dâimmigration : la place particuliĂšre de la France
Un pays peut ĂȘtre Ă la fois un espace de dĂ©part et dâarrivĂ©e, mais il y a souvent une tendance dominante selon les pĂ©riodes, et cela se voit trĂšs bien dans lâhistoire de lâimmigration en France.
Pendant longtemps, la France a Ă©tĂ© surtout un pays dâimmigration, car elle a attirĂ© des millions de travailleurs venus dâEurope, du Maghreb ou dâAfrique subsaharienne pour rĂ©pondre aux besoins de main-dâĆuvre de lâindustrie et de la reconstruction.
Cependant, il existe aussi une histoire de lâĂ©migration française, par exemple vers les Ătats-Unis, le Canada ou lâAlgĂ©rie coloniale, mĂȘme si elle est moins prĂ©sente dans les cours et les manuels.
Pour les examens, il est important de retenir que la France est considĂ©rĂ©e comme un grand pays dâimmigration en Europe occidentale, avec des flux rĂ©guliers depuis le XIXe siĂšcle et une forte diversitĂ© dâorigines.
đ Des chiffres et des sources officielles pour situer le phĂ©nomĂšne
Pour mieux mesurer lâampleur de lâimmigration, les historiens et les pouvoirs publics sâappuient sur des donnĂ©es produites par des institutions comme lâINSEE ou le ministĂšre de lâIntĂ©rieur, qui comptabilisent les Ă©trangers et les immigrĂ©s installĂ©s en France.
Les chiffres montrent quâaujourdâhui, une part significative de la population française est soit immigrĂ©e, soit descendante dâimmigrĂ©s, ce qui confirme que lâhistoire de lâimmigration en France est aussi une histoire de la population française tout entiĂšre.
Pour aller plus loin, tu peux consulter une synthĂšse officielle sur le site de lâINSEE qui prĂ©sente les principaux indicateurs sur lâimmigration en France, souvent utilisĂ©s par les enseignants pour illustrer leurs cours.
Ces données statistiques ne racontent pas tout, mais elles donnent un ordre de grandeur utile pour comprendre les grandes vagues migratoires que nous allons étudier dans les chapitres suivants, des travailleurs italiens et espagnols du XIXe siÚcle aux crises migratoires les plus récentes.
âïž Les premiĂšres grandes vagues migratoires au XIXe siĂšcle
đ Une France qui sâindustrialise et manque de main-dâĆuvre
Ă partir du milieu du XIXe siĂšcle, la France sâindustrialise rapidement, ce qui transforme en profondeur les villes, les campagnes et le marchĂ© du travail.
Les usines, les mines et les grands chantiers ferroviaires ont besoin de bras, alors que la natalité française ralentit et que certains ruraux hésitent encore à quitter leurs villages pour les grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille.
De plus, la dĂ©faite de 1870 contre la Prusse et les pertes humaines liĂ©es aux guerres ou aux Ă©pidĂ©mies pĂšsent sur la dĂ©mographie, ce qui renforce lâidĂ©e que lâimmigration peut servir de « rĂ©servoir » de main-dâĆuvre pour lâĂ©conomie française.
Peu Ă peu, lâĂtat et les patrons acceptent donc lâarrivĂ©e de travailleurs Ă©trangers, dâabord venus des pays voisins, mĂȘme si les politiques migratoires restent encore peu encadrĂ©es par la loi Ă cette Ă©poque.
đ Des migrants venus dâEurope voisine pour travailler
Les premiĂšres grandes vagues de lâhistoire de lâimmigration en France au XIXe siĂšcle viennent surtout dâEurope voisine, avec des travailleurs belges, luxembourgeois, suisses, italiens ou espagnols.
Dans lâest et le nord de la France, de nombreux Belges et Luxembourgeois travaillent dans les mines de charbon et les industries mĂ©tallurgiques.
Dans le sud et sur la façade mĂ©diterranĂ©enne, on voit surtout arriver des Italiens, employĂ©s dans les travaux publics, lâagriculture ou le petit commerce, ce qui prĂ©pare dĂ©jĂ lâimportant mouvement que tu retrouveras dans lâarticle sur lâimmigration italienne et espagnole en France.
Enfin, dans certaines régions rurales, des travailleurs saisonniers viennent chaque année pour les récoltes, ce qui crée des allers-retours réguliers entre la France et les pays voisins, sans installation définitive pour tous.
đ Une prĂ©sence encore mal acceptĂ©e et des tensions rĂ©currentes
MĂȘme si lâĂ©conomie profite de ces arrivĂ©es, lâhistoire de lâimmigration en France au tournant des XIXe et XXe siĂšcles est dĂ©jĂ marquĂ©e par des tensions, des peurs et des violences.
Dans certaines villes industrielles, des ouvriers français accusent les étrangers de « prendre le travail » ou de faire baisser les salaires, ce qui alimente des mouvements xénophobes.
Des violences Ă©clatent parfois, comme contre des travailleurs italiens, ce qui montre que lâimmigration est dĂšs le dĂ©part un sujet sensible oĂč se mĂ©langent enjeux Ă©conomiques, identitaires et politiques.
Cependant, beaucoup dâĂ©trangers finissent par sâinstaller durablement, par se marier en France et par avoir des enfants, ce qui pose trĂšs tĂŽt la question de la nationalitĂ© et de lâintĂ©gration, que lâon retrouvera plus tard dans les dĂ©bats sur la citoyennetĂ© et les politiques migratoires.
đ Italiens et Espagnols : une grande sĂ©quence de lâhistoire de lâimmigration en France
đ Pourquoi tant dâItaliens et dâEspagnols viennent-ils en France ?
Entre la fin du XIXe siĂšcle et le milieu du XXe siĂšcle, lâhistoire de lâimmigration en France est marquĂ©e par lâarrivĂ©e massive dâItaliens puis dâEspagnols, qui quittent leur pays pour fuir la pauvretĂ©, la crise agricole ou les tensions politiques.
Dans le nord de lâItalie, de nombreuses rĂ©gions restent trĂšs pauvres malgrĂ© lâindustrialisation, tandis que dans le sud la terre ne suffit plus Ă nourrir toutes les familles, ce qui pousse des centaines de milliers de personnes Ă partir vers la France, la Suisse ou les Ătats-Unis.
En Espagne, les crises politiques, la montĂ©e des tensions sociales puis la guerre civile de 1936-1939 entraĂźnent aussi des dĂ©parts massifs, en particulier vers le sud de la France et vers les grandes villes, oĂč les rĂ©fugiĂ©s rĂ©publicains espĂšrent trouver un refuge et un travail.
Si tu veux un zoom dĂ©taillĂ© sur ces trajectoires, tu pourras lire lâarticle spĂ©cifique consacrĂ© Ă lâimmigration italienne et espagnole en France, qui complĂšte ce panorama gĂ©nĂ©ral.
đ Une main-dâĆuvre essentielle pour lâĂ©conomie française
Les Italiens et les Espagnols occupent souvent des emplois difficiles, mal payĂ©s et peu valorisĂ©s, mais indispensables Ă lâĂ©conomie, dans les mines, les chantiers, lâagriculture ou le bĂątiment.
Dans le sud et lâest de la France, de nombreux Italiens travaillent dans les carriĂšres de pierre, les travaux publics ou la construction ferroviaire, ce qui contribue directement Ă la modernisation des infrastructures.
Par ailleurs, beaucoup dâEspagnols, notamment aprĂšs la guerre civile, sont embauchĂ©s comme ouvriers agricoles, vendangeurs, journaliers ou ouvriers dans les usines, notamment en Occitanie et en rĂ©gion parisienne.
Cette prĂ©sence Ă©trangĂšre est donc profondĂ©ment intĂ©grĂ©e au dĂ©veloppement Ă©conomique de la France, mĂȘme si les discours politiques de lâĂ©poque minimisent souvent la contribution de ces travailleurs Ă la prospĂ©ritĂ© du pays.
đ IntĂ©gration progressive, xĂ©nophobie et violences
Dans les villes et les campagnes, lâhistoire de lâimmigration en France montre que ces populations sont dâabord perçues comme Ă©trangĂšres et parfois menaçantes, ce qui provoque des tensions et des Ă©pisodes de violence collective.
Des Ă©meutes anti-italiennes Ă©clatent par exemple Ă Aigues-Mortes en 1893, oĂč plusieurs ouvriers sont tuĂ©s, ce qui rĂ©vĂšle une forte xĂ©nophobie nourrie par la peur de la concurrence sur le marchĂ© du travail.
Cependant, sur le long terme, beaucoup dâItaliens et dâEspagnols finissent par sâinstaller durablement, par obtenir la nationalitĂ© française et par avoir des enfants scolarisĂ©s dans les Ă©coles de la RĂ©publique, qui diffusent la langue et les valeurs communes.
Leur trajectoire illustre le cĆur de lâhistoire de lâimmigration en France : une arrivĂ©e souvent difficile, marquĂ©e par la mĂ©fiance, mais une intĂ©gration progressive qui transforme profondĂ©ment la sociĂ©tĂ© et prĂ©pare les chapitres suivants, comme lâessor de lâimmigration maghrĂ©bine aprĂšs 1945.
đ Immigration coloniale et liens avec lâempire français
đ Lâempire colonial, un vaste espace de circulations
Ă partir de la fin du XIXe siĂšcle, lâempire colonial français sâĂ©tend sur de vastes territoires en Afrique, en Asie et dans le Pacifique, ce qui crĂ©e de nouvelles circulations de personnes entre la mĂ©tropole et les colonies.
Des fonctionnaires, des militaires et des colons partent de la France vers lâAlgĂ©rie, la Tunisie, le Maroc, lâAOF ou lâIndochine, tandis que des sujets coloniaux se rendent en mĂ©tropole pour Ă©tudier, travailler ou servir dans lâarmĂ©e.
Cependant, ces dĂ©placements restent dâabord limitĂ©s en nombre, car lâadministration coloniale cherche surtout Ă contrĂŽler les populations et Ă exploiter les ressources des territoires dominĂ©s.
Malgré cela, ce cadre impérial pose déjà les bases des futures vagues migratoires vers la métropole, en créant des liens politiques, économiques et culturels durables entre la France et les sociétés colonisées.
đ Les travailleurs et soldats coloniaux pendant les guerres mondiales
Pendant la PremiĂšre Guerre mondiale, puis pendant la Seconde Guerre mondiale, la France fait venir des dizaines de milliers de soldats et de travailleurs des colonies pour compenser le manque de main-dâĆuvre et soutenir lâeffort de guerre.
Des tirailleurs originaires dâAfrique de lâOuest, dâAfrique du Nord ou de Madagascar combattent sur le sol europĂ©en, tandis que des travailleurs coloniaux participent Ă lâindustrie dâarmement et aux chantiers stratĂ©giques.
Cette expérience renforce les liens entre la métropole et les populations colonisées, mais elle révÚle aussi les inégalités de traitement, les discriminations et la hiérarchie imposée par le systÚme colonial.
Pour la mĂ©moire nationale, ces engagements resteront longtemps sous-valorisĂ©s, mĂȘme si les programmes scolaires rappellent dĂ©sormais le rĂŽle essentiel de ces soldats et travailleurs dans lâhistoire de lâimmigration en France et dans les victoires militaires.
đ De la dĂ©colonisation aux premiĂšres installations durables
AprÚs 1945, la décolonisation transforme profondément les relations entre la France et ses anciens territoires, en particulier en Afrique du Nord, ce qui entraßne de nouvelles formes de migrations.
Des habitants de lâAlgĂ©rie, de la Tunisie ou du Maroc viennent travailler en mĂ©tropole, dâabord comme main-dâĆuvre temporaire, puis de plus en plus souvent pour une installation durable, surtout pendant les Trente Glorieuses.
La guerre dâAlgĂ©rie et lâindĂ©pendance de 1962 provoquent aussi le dĂ©part massif de rapatriĂ©s et de harkis vers la mĂ©tropole, un Ă©pisode que tu pourras approfondir dans lâarticle dĂ©diĂ© sur les harkis et les rapatriĂ©s dâAlgĂ©rie.
Ces mouvements marquent une nouvelle Ă©tape clĂ© de lâhistoire de lâimmigration en France, car ils lient fortement la composition de la population française aux anciennes relations coloniales, prĂ©parant lâessor de lâimmigration maghrĂ©bine en France Ă©tudiĂ©e dans un autre chapitre du cluster.
đ Lâessor de lâimmigration maghrĂ©bine en France
đ Des liens coloniaux aux premiĂšres migrations de travail
Lâhistoire de lâimmigration en France est profondĂ©ment marquĂ©e par lâarrivĂ©e de populations originaires du Maghreb, en particulier dâAlgĂ©rie, du Maroc et de Tunisie, dont les liens avec la mĂ©tropole remontent Ă la pĂ©riode coloniale.
Avant mĂȘme la dĂ©colonisation, des travailleurs nord-africains viennent dĂ©jĂ en France, souvent pour des emplois temporaires dans les mines, les usines ou les travaux publics, notamment pendant les deux guerres mondiales.
Cependant, ces migrations restent longtemps encadrĂ©es par lâadministration coloniale, qui distingue les « Français musulmans dâAlgĂ©rie » des autres citoyens, ce qui montre que la question de lâĂ©galitĂ© et de la citoyennetĂ© est au cĆur de cette histoire.
AprÚs la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction et la croissance économique vont transformer ces circulations en un véritable mouvement migratoire, appelé à durer et à structurer profondément la société française.
đ Les Trente Glorieuses : un appel massif Ă la main-dâĆuvre maghrĂ©bine
Pendant les Trente Glorieuses, entre 1945 et le dĂ©but des annĂ©es 1970, lâĂ©conomie française connaĂźt une croissance rapide, ce qui crĂ©e un besoin immense de main-dâĆuvre dans lâindustrie, le bĂątiment, les transports ou le nettoyage.
Les pouvoirs publics et les entreprises se tournent alors vers les pays du Maghreb, avec lesquels la France a des liens politiques anciens, pour recruter des hommes jeunes, souvent cĂ©libataires, prĂȘts Ă accepter des emplois difficiles et mal payĂ©s.
De plus, des accords bilatĂ©raux sont signĂ©s avec lâAlgĂ©rie, le Maroc et la Tunisie, ce qui facilite lâentrĂ©e de ces travailleurs, logĂ©s dans des foyers, des citĂ©s dâurgence ou des quartiers en pĂ©riphĂ©rie des grandes villes.
Pour approfondir cette pĂ©riode, tu pourras lire lâarticle spĂ©cifique consacrĂ© Ă lâimmigration maghrĂ©bine en France, qui dĂ©taillera davantage les parcours, les lieux de vie et les formes de discrimination.
đ Du travailleur « provisoire » aux familles installĂ©es durablement
Au dĂ©part, beaucoup de responsables politiques considĂšrent ces travailleurs maghrĂ©bins comme une main-dâĆuvre provisoire, appelĂ©e Ă rentrer au pays une fois les besoins Ă©conomiques satisfaits, ce qui explique le peu dâefforts dâintĂ©gration.
Cependant, avec le temps, une partie de ces hommes choisit de rester en France, de faire venir son Ă©pouse et ses enfants ou de fonder une famille sur place, ce qui transforme lâimmigration de travail en immigration de peuplement.
Ce basculement devient trĂšs visible Ă partir du regroupement familial dans les annĂ©es 1970, que nous analyserons dans un chapitre dĂ©diĂ©, et qui marque une Ă©tape clĂ© de lâhistoire de lâimmigration en France contemporaine.
Les enfants nĂ©s en France de parents immigrĂ©s maghrĂ©bins grandissent alors dans les Ă©coles de la RĂ©publique, ce qui pose de maniĂšre nouvelle les questions dâintĂ©gration, de discriminations et de citoyennetĂ©, au cĆur des dĂ©bats actuels.
đ Immigration et Trente Glorieuses : une main-dâĆuvre indispensable
đ Une croissance Ă©conomique record qui change lâĂ©chelle des migrations
Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le dĂ©but des annĂ©es 1970, la France connaĂźt une pĂ©riode de forte croissance appelĂ©e les Trente Glorieuses, marquĂ©e par la reconstruction, lâessor de la consommation de masse et le plein emploi.
Les usines tournent Ă plein rĂ©gime, les grandes infrastructures se multiplient, les besoins en logements explosent avec le baby-boom, et cela crĂ©e une demande Ă©norme de main-dâĆuvre dans lâindustrie, le bĂątiment, les transports et les services.
Dans ce contexte, lâhistoire de lâimmigration en France change dâĂ©chelle, car les flux deviennent plus massifs, plus rĂ©guliers et mieux organisĂ©s, mĂȘme si les conditions de vie des travailleurs restent souvent trĂšs difficiles dans les foyers, les citĂ©s dâurgence ou les bidonvilles.
Pour mieux comprendre cette pĂ©riode de croissance, tu peux relier ce chapitre Ă un cours sur les Trente Glorieuses en France, qui explique comment lâĂ©conomie et la sociĂ©tĂ© se transforment en profondeur aprĂšs 1945.
đ Des accords de main-dâĆuvre et des recrutements Ă grande Ă©chelle
Pour rĂ©pondre Ă ce besoin de travailleurs, lâĂtat français et les entreprises mettent en place des dispositifs de recrutement organisĂ©s, souvent sous forme dâaccords bilatĂ©raux avec des pays dâEurope du Sud et du Maghreb.
Des bureaux de recrutement sâouvrent en Italie, en Espagne, en Portugal, en AlgĂ©rie, au Maroc ou en Tunisie, ce qui facilite le dĂ©part de milliers dâhommes jeunes vers la France, oĂč ils sont orientĂ©s vers les secteurs en tension.
De plus, des organismes comme lâOffice national dâimmigration (ONI) sont chargĂ©s de canaliser ces flux, ce qui montre que lâimmigration nâest pas seulement un phĂ©nomĂšne spontanĂ© mais aussi un outil de politique Ă©conomique assumĂ© par les pouvoirs publics.
Ces politiques prĂ©parent les grandes sĂ©quences Ă©tudiĂ©es dans les articles sur lâimmigration italienne et espagnole et sur lâimmigration maghrĂ©bine, qui dĂ©taillent lâorigine et les parcours de ces travailleurs.
đ Conditions de vie, sĂ©grĂ©gation spatiale et premiers dĂ©bats publics
MalgrĂ© leur rĂŽle indispensable dans lâĂ©conomie, les immigrĂ©s sont souvent logĂ©s dans des conditions prĂ©caires, loin des centres-villes, dans des bidonvilles comme Ă Nanterre ou dans des grands ensembles construits en pĂ©riphĂ©rie.
Cette sĂ©grĂ©gation spatiale, combinĂ©e Ă des discriminations au travail et dans lâaccĂšs Ă certains droits, nourrit un sentiment dâinjustice et contribue Ă faire de lâhistoire de lâimmigration en France un sujet politique de plus en plus visible Ă partir de la fin des annĂ©es 1960.
Des associations, des syndicats et des militants commencent Ă dĂ©noncer ces inĂ©galitĂ©s et Ă demander une vĂ©ritable politique dâintĂ©gration, ce qui annonce les grands dĂ©bats des chapitres suivants sur le regroupement familial, les harkis et lâĂ©volution des politiques migratoires.
Pour relier ces enjeux aux transformations sociales du pays, tu peux aussi comparer cette situation avec les politiques de logement Ă©tudiĂ©es dans un cours sur les mutations de la sociĂ©tĂ© de consommation en France, oĂč les inĂ©galitĂ©s territoriales occupent dĂ©jĂ une place centrale.
đšâđ©âđ§âđŠ Le tournant du regroupement familial dans les annĂ©es 1970
đ De lâimmigration de travail Ă lâimmigration de peuplement
Au dĂ©but des annĂ©es 1970, lâhistoire de lâimmigration en France connaĂźt un tournant majeur : on passe progressivement dâune immigration de travail, masculine et pensĂ©e comme provisoire, Ă une immigration de peuplement, avec lâinstallation durable de familles entiĂšres.
En 1974, face Ă la crise Ă©conomique et Ă la montĂ©e du chĂŽmage, le gouvernement dĂ©cide de suspendre officiellement lâimmigration de travail, ce qui marque la fin de la pĂ©riode des Trente Glorieuses et des recrutements massifs organisĂ©s.
Cependant, cette fermeture relative ne signifie pas la fin des arrivées, car de nombreux immigrés déjà présents en France souhaitent rester, fonder une famille sur place ou faire venir leur épouse et leurs enfants.
Câest dans ce contexte que se met en place le regroupement familial, qui va durablement transformer la composition de la population immigrĂ©e et peser sur les politiques publiques dâintĂ©gration, de logement et dâĂ©ducation.
đ Le principe du regroupement familial et ses conditions
Le principe du regroupement familial repose sur lâidĂ©e quâun Ă©tranger installĂ© rĂ©guliĂšrement en France peut demander Ă ĂȘtre rejoint par sa famille proche, en particulier son conjoint et ses enfants mineurs, Ă condition de respecter certains critĂšres.
Les pouvoirs publics exigent par exemple des ressources stables, un logement jugé « décent » et une résidence réguliÚre sur le territoire, ce qui fait du regroupement familial un droit encadré et soumis à contrÎle administratif.
Sur le plan juridique, ce mĂ©canisme est progressivement reconnu comme un droit fondamental, liĂ© au respect de la vie familiale, ce qui sera confirmĂ© plus tard par des dĂ©cisions du Conseil dâĂtat et de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme.
Dans les copies dâexamen, il est important de montrer que ce dispositif ne fait pas « exploser » les flux migratoires, mais quâil stabilise surtout des familles dĂ©jĂ liĂ©es Ă la France, en transformant une prĂ©sence temporaire en installation durable.
đ Une nouvelle gĂ©nĂ©ration nĂ©e en France : Ă©cole, quartier et citoyennetĂ©
Avec le regroupement familial, de plus en plus dâenfants dâimmigrĂ©s grandissent en France, vont Ă lâĂ©cole de la RĂ©publique et se socialisent dans les mĂȘmes espaces que les autres Ă©lĂšves, ce qui ouvre de nouveaux enjeux dâintĂ©gration et de rĂ©ussite scolaire.
Dans certains quartiers populaires, notamment en région parisienne, dans le Nord ou autour des grandes villes comme Lyon et Marseille, la concentration de familles immigrées devient trÚs visible, ce qui alimente parfois des peurs et des discours stigmatisants.
Cependant, ces territoires sont aussi des lieux de crĂ©ation culturelle, de mobilisations associatives et de construction dâidentitĂ©s multiples, au croisement de la culture dâorigine et de la culture française, ce qui enrichit lâhistoire de lâimmigration en France.
Pour mieux comprendre comment ces enfants deviennent des acteurs Ă part entiĂšre de la sociĂ©tĂ©, tu pourras relier ce chapitre Ă lâĂ©tude des valeurs de la RĂ©publique et de la citoyennetĂ© dans les cours sur la RĂ©publique et lâintĂ©gration en France, ce qui tâaidera Ă construire des dĂ©veloppements argumentĂ©s solides.
â Harkis et rapatriĂ©s dâAlgĂ©rie : une mĂ©moire blessĂ©e
đ Qui sont les harkis et pourquoi leur histoire est-elle centrale ?
Dans lâhistoire de lâimmigration en France, les harkis occupent une place particuliĂšre, parce quâils sont Ă la fois liĂ©s Ă la guerre dâAlgĂ©rie et Ă une expĂ©rience migratoire marquĂ©e par lâabandon et la souffrance.
On appelle harkis des AlgĂ©riens musulmans engagĂ©s comme supplĂ©tifs dans lâarmĂ©e française pendant la guerre de 1954-1962, souvent pour des raisons Ă©conomiques, de sĂ©curitĂ© ou de fidĂ©litĂ© Ă la France.
à la fin du conflit, ces hommes et leurs familles se retrouvent pris entre deux feux, car ils sont considérés comme traßtres par de nombreux nationalistes algériens et restent longtemps peu reconnus par les autorités françaises.
Comprendre la situation des harkis, que tu pourras approfondir dans lâarticle consacrĂ© aux harkis et aux rapatriĂ©s dâAlgĂ©rie, est indispensable pour saisir la dimension mĂ©morielle de lâhistoire de lâimmigration en France.
đ Les « pieds-noirs » et les rapatriĂ©s : un retour massif vers la mĂ©tropole
ParallĂšlement, la fin de la guerre dâAlgĂ©rie entraĂźne le dĂ©part massif des pieds-noirs, ces EuropĂ©ens installĂ©s depuis parfois plusieurs gĂ©nĂ©rations en AlgĂ©rie, ainsi que dâune partie des juifs dâAlgĂ©rie qui possĂšdent la nationalitĂ© française.
En 1962, plusieurs centaines de milliers de personnes quittent brutalement lâAlgĂ©rie indĂ©pendante pour rejoindre la mĂ©tropole, oĂč elles sont officiellement qualifiĂ©es de rapatriĂ©s et doivent se reconstruire une vie.
Ces arrivants ne sont pas des immigrĂ©s au sens juridique, puisquâils sont français, mais leur installation entraĂźne des difficultĂ©s de logement, de travail et dâintĂ©gration dans certaines rĂ©gions comme le sud de la France.
Leur expĂ©rience montre que lâhistoire de lâimmigration en France croise aussi celle des retours de populations liĂ©es Ă lâempire colonial, ce qui complexifie encore la mĂ©moire de la guerre dâAlgĂ©rie et de la dĂ©colonisation.
đ Camps, marginalisation et lente reconnaissance de la mĂ©moire des harkis
AprĂšs 1962, une partie des harkis et de leurs familles rĂ©ussit Ă gagner la mĂ©tropole, souvent dans des conditions trĂšs prĂ©caires, parfois contre la volontĂ© de lâadministration qui craint de dĂ©tĂ©riorer les relations avec lâAlgĂ©rie indĂ©pendante.
Beaucoup sont installĂ©s dans des camps, des hameaux forestiers ou des citĂ©s isolĂ©es, oĂč les conditions de vie sont difficiles et oĂč lâisolement social renforce le sentiment dâabandon et dâinjustice.
Les enfants de harkis grandissent donc dans un contexte de marginalisation, avec un double décalage vis-à -vis de la société française et de la société algérienne, ce qui pÚse lourdement sur leur trajectoire scolaire et professionnelle.
Depuis plusieurs dĂ©cennies, des mobilisations et des prises de parole publiques ont peu Ă peu imposĂ© la reconnaissance de cette histoire, ce qui montre que lâhistoire de lâimmigration en France ne concerne pas seulement les flux de main-dâĆuvre, mais aussi des mĂ©moires blessĂ©es qui continuent de peser sur la sociĂ©tĂ© actuelle.
đ LâĂ©volution des politiques migratoires françaises depuis 1945
đ De la main-dâĆuvre « bienvenue » Ă la premiĂšre rĂ©gulation
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pouvoirs publics considĂšrent lâimmigration surtout comme une ressource Ă©conomique, ce qui explique la mise en place de dispositifs pour organiser lâarrivĂ©e de travailleurs Ă©trangers en France.
Dans les annĂ©es 1950 et au dĂ©but des annĂ©es 1960, lâobjectif principal reste de fournir rapidement de la main-dâĆuvre Ă lâindustrie, Ă la construction et aux grands chantiers dâinfrastructures, sans rĂ©flexion globale sur lâintĂ©gration Ă long terme.
Peu Ă peu, la hausse des flux et lâinstallation durable de familles obligent cependant lâĂtat Ă sortir dâune logique purement Ă©conomique pour Ă©laborer une vĂ©ritable politique migratoire, avec des textes de loi plus prĂ©cis et des institutions dĂ©diĂ©es.
Cette Ă©volution est au cĆur de lâhistoire de lâimmigration en France, car elle montre comment lâĂtat passe dâune immigration « tolĂ©rĂ©e » Ă une immigration encadrĂ©e par le droit et par des choix politiques assumĂ©s.
đ Les annĂ©es 1970 : crise, fermeture relative et prioritĂ© Ă lâintĂ©gration
Le choc pĂ©trolier de 1973 et la montĂ©e du chĂŽmage changent profondĂ©ment le regard portĂ© sur lâimmigration en France, car les travailleurs Ă©trangers sont dĂ©sormais perçus comme des concurrents sur un marchĂ© du travail saturĂ©.
En 1974, le gouvernement dĂ©cide donc de suspendre lâimmigration de travail, ce qui marque une rupture majeure dans lâhistoire de lâimmigration en France et annonce une phase de contrĂŽle beaucoup plus stricte des frontiĂšres.
Dans le mĂȘme temps, la prĂ©sence croissante de familles immigrĂ©es amĂšne les pouvoirs publics Ă parler dâ« intĂ©gration », de politique de la ville, dâĂ©galitĂ© des chances et de lutte contre les discriminations, mĂȘme si ces objectifs restent souvent difficiles Ă atteindre sur le terrain.
Pour relier ces mesures aux transformations plus larges de la sociĂ©tĂ©, tu peux rapprocher ce chapitre dâun cours sur la RĂ©publique en crise Ă diffĂ©rentes pĂ©riodes, ce qui permet de voir comment les dĂ©bats sur lâimmigration sâinscrivent dans une histoire longue des tensions politiques françaises.
đ AnnĂ©es 1980-2000 : durcissement, alternance politique et Europe
Ă partir des annĂ©es 1980, lâimmigration devient un thĂšme central du dĂ©bat public, avec la montĂ©e de lâextrĂȘme droite et lâinscription de la question migratoire au cĆur des campagnes Ă©lectorales, des municipales aux Ă©lections prĂ©sidentielles.
Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, adoptent des lois alternant durcissement des conditions dâentrĂ©e, lutte contre lâimmigration dite « irrĂ©guliĂšre » et opĂ©rations de rĂ©gularisation pour des familles prĂ©sentes depuis longtemps sur le territoire.
ParallĂšlement, la construction europĂ©enne modifie le cadre dâaction de la France, notamment avec la libre circulation au sein de lâespace Schengen et la mise en place de politiques communes en matiĂšre dâasile et de contrĂŽle des frontiĂšres extĂ©rieures.
Pour comprendre ce cadre europĂ©en, tu peux consulter les ressources pĂ©dagogiques proposĂ©es par lâUnion europĂ©enne sur les politiques migratoires et dâasile, qui montrent comment les dĂ©cisions nationales sâarticulent dĂ©sormais avec des rĂšgles europĂ©ennes communes.
âïž Lois Pasqua, durcissement des conditions dâentrĂ©e et rĂ©gularisations
đ Un contexte de crispation politique autour de lâimmigration
Ă partir du milieu des annĂ©es 1980, lâhistoire de lâimmigration en France se dĂ©roule dans un climat politique de plus en plus tendu, marquĂ© par la montĂ©e du chĂŽmage, les difficultĂ©s dans certains quartiers populaires et la progression de lâextrĂȘme droite.
Les questions de sĂ©curitĂ©, dâidentitĂ© nationale et de contrĂŽle des frontiĂšres prennent une place centrale dans les dĂ©bats mĂ©diatiques, ce qui pĂšse directement sur la maniĂšre dont les responsables politiques parlent des immigrĂ©s et des demandeurs dâasile.
Dans ce contexte, les gouvernements successifs vont chercher Ă afficher une ligne de fermetĂ© en durcissant les lois sur lâentrĂ©e et le sĂ©jour des Ă©trangers, tout en Ă©tant rĂ©guliĂšrement contraints dâorganiser des campagnes de rĂ©gularisation pour des personnes prĂ©sentes depuis longtemps sur le territoire.
Pour comprendre plus finement ce moment, tu pourras complĂ©ter ce chapitre avec lâarticle satellite consacrĂ© aux lois Pasqua et aux rĂ©gularisations, qui reviendra plus en dĂ©tail sur certains textes clĂ©s.
đ Les lois Pasqua : symboles dâun durcissement lĂ©gislatif
Les lois Pasqua, du nom du ministre de lâIntĂ©rieur Charles Pasqua, sont adoptĂ©es en 1986 puis en 1993 et deviennent rapidement des symboles du durcissement de la politique migratoire française.
Ces textes restreignent les conditions dâentrĂ©e et de sĂ©jour, renforcent les contrĂŽles administratifs, compliquent lâaccĂšs Ă certains titres de sĂ©jour et durcissent les rĂšgles dâĂ©loignement du territoire, notamment pour les personnes en situation irrĂ©guliĂšre.
Par ailleurs, la loi de 1993 modifie le droit du sol en rendant moins automatique lâaccĂšs Ă la nationalitĂ© française pour les enfants nĂ©s en France de parents Ă©trangers, ce qui suscite de vifs dĂ©bats sur la dĂ©finition mĂȘme de la communautĂ© nationale.
Ces mesures marquent une Ă©tape importante dans lâhistoire de lâimmigration en France, car elles installent durablement lâidĂ©e que la politique migratoire doit combiner contrĂŽle strict des flux et gestion complexe des situations dĂ©jĂ prĂ©sentes sur le territoire.
đ RĂ©gularisations, sans-papiers et batailles symboliques
En parallĂšle de ce durcissement, lâĂtat est rĂ©guliĂšrement confrontĂ© Ă la situation de milliers de personnes dites « sans-papiers », qui vivent, travaillent et scolarisent leurs enfants en France sans disposer dâun titre de sĂ©jour en rĂšgle.
Des campagnes de rĂ©gularisation sont alors mises en place, comme au dĂ©but des annĂ©es 1980 puis en 1997 sous le gouvernement de Lionel Jospin, avec lâobjectif de donner un statut lĂ©gal Ă une partie de ces Ă©trangers en fonction de critĂšres prĂ©cis.
Les occupations dâĂ©glises ou de lieux publics par des collectifs de sans-papiers, comme Ă Saint-Bernard Ă Paris en 1996, marquent fortement lâopinion et montrent que la question migratoire est aussi une bataille symbolique autour des droits fondamentaux.
Pour replacer ces Ă©volutions dans le cadre plus large de lâaction publique, tu peux consulter les dossiers pĂ©dagogiques du site vie-publique.fr consacrĂ©s aux politiques dâimmigration, souvent utilisĂ©s en classe pour comprendre la fabrication de la loi.
đą Crises migratoires rĂ©centes et rĂŽle de la France en Europe
đ Des conflits aux portes de lâEurope
Depuis le dĂ©but des annĂ©es 2010, lâhistoire de lâimmigration en France sâinscrit dans un contexte plus large de crises migratoires touchant lâensemble de lâEurope, liĂ©es Ă des guerres, Ă des dictatures et Ă des effondrements dâĂtats.
Les conflits en Syrie, en Irak, en Afghanistan ou dans certaines rĂ©gions dâAfrique poussent des millions de personnes sur les routes, ce qui provoque des arrivĂ©es massives aux frontiĂšres de lâUnion europĂ©enne.
De plus, lâinstabilitĂ© politique, la pauvretĂ© et les effets du changement climatique dans certaines zones du Sahel alimentent aussi des migrations mixtes, oĂč se mĂ©langent demandes de protection et stratĂ©gies Ă©conomiques.
Pour replacer ces Ă©vĂ©nements dans une perspective française, tu pourras approfondir ces Ă©pisodes dans lâarticle satellite consacrĂ© aux crises migratoires rĂ©centes en France, qui dĂ©taillera les principales dates et dĂ©cisions politiques.
đ La position particuliĂšre de la France : entre accueil et contrĂŽle
La France nâest pas le principal pays dâentrĂ©e dans lâUnion europĂ©enne, mais elle est fortement concernĂ©e par ces crises migratoires, notamment par sa position gĂ©ographique et son histoire dâancienne puissance coloniale.
Elle doit gĂ©rer Ă la fois lâaccueil des demandeurs dâasile, lâapplication des rĂšgles europĂ©ennes comme le rĂšglement Dublin et le contrĂŽle des frontiĂšres, par exemple Ă Calais ou dans les Alpes.
Dans certaines rĂ©gions, la prĂ©sence de campements prĂ©caires, de centres dâhĂ©bergement saturĂ©s ou de personnes bloquĂ©es aux frontiĂšres rend trĂšs visibles les tensions entre les impĂ©ratifs humanitaires et les logiques de contrĂŽle.
Ces situations montrent que lâhistoire de lâimmigration en France ne se joue plus seulement Ă lâĂ©chelle nationale, mais aussi dans un cadre europĂ©en oĂč les dĂ©cisions sont partagĂ©es entre plusieurs Ătats.
đ Demandeurs dâasile, rĂ©fugiĂ©s et dĂ©bats sur la solidaritĂ©
Les crises migratoires rĂ©centes mettent en avant la figure du rĂ©fugiĂ©, câest-Ă -dire une personne qui demande lâasile parce quâelle est menacĂ©e dans son pays dâorigine en raison de sa religion, de ses opinions politiques, de son origine ou de son appartenance Ă un groupe particulier.
En France, lâOffice français de protection des rĂ©fugiĂ©s et apatrides (OFPRA) et les juridictions spĂ©cialisĂ©es examinent les dossiers pour accorder ou refuser le statut de rĂ©fugiĂ©, ce qui entraĂźne des dĂ©lais souvent longs et des situations humaines complexes.
Par consĂ©quent, la question de lâaccueil des rĂ©fugiĂ©s devient un sujet hautement politique, qui oppose parfois les partisans dâune solidaritĂ© renforcĂ©e et ceux qui rĂ©clament un contrĂŽle plus strict des frontiĂšres et des procĂ©dures.
Dans les copies dâexamen, il est utile de montrer que ces dĂ©bats sâinscrivent dans une histoire longue de lâimmigration en France, oĂč se retrouvent toujours les mĂȘmes tensions entre besoins Ă©conomiques, principes humanitaires et peurs collectives.
đ° ReprĂ©sentations sociales, mĂ©dias et stĂ©rĂ©otypes sur lâimmigration
đ Comment les mĂ©dias parlent-ils de lâimmigration ?
Depuis plusieurs dĂ©cennies, lâhistoire de lâimmigration en France ne se joue pas seulement dans les usines, les Ă©coles ou les quartiers, mais aussi dans les journaux, Ă la tĂ©lĂ©vision et sur les rĂ©seaux sociaux, qui influencent fortement la maniĂšre dont lâopinion publique perçoit les immigrĂ©s.
Dans de nombreuses pĂ©riodes de crise, les faits divers, les statistiques de dĂ©linquance ou les dĂ©bats tĂ©lĂ©visĂ©s mettent trĂšs fortement en avant la question migratoire, parfois en lâassociant Ă lâinsĂ©curitĂ© ou au terrorisme, ce qui peut renforcer les peurs et les amalgames.
Ă lâinverse, des reportages, des documentaires et des tĂ©moignages donnent la parole aux personnes immigrĂ©es, montrent leurs parcours de travail, de rĂ©ussite scolaire ou dâengagement citoyen, et insistent sur la diversitĂ© des expĂ©riences plutĂŽt que sur une image unique et simpliste.
Pour aller plus loin sur ce thĂšme, tu pourras te tourner vers lâarticle satellite consacrĂ© aux reprĂ©sentations sociales de lâimmigration, qui dĂ©taille davantage la maniĂšre dont les mĂ©dias construisent des images parfois contradictoires de cette rĂ©alitĂ©.
đ StĂ©rĂ©otypes, prĂ©jugĂ©s et construction dâun « problĂšme migratoire »
Dans de nombreuses sĂ©quences de lâhistoire de lâimmigration en France, certains groupes sont prĂ©sentĂ©s comme une menace ou un problĂšme, quâil sâagisse des Italiens au XIXe siĂšcle, des Polonais dans lâentre-deux-guerres, des MaghrĂ©bins aprĂšs 1945 ou plus rĂ©cemment des demandeurs dâasile venus du Moyen-Orient ou dâAfrique.
Ces reprĂ©sentations reposent souvent sur des stĂ©rĂ©otypes trĂšs anciens, qui associent les immigrĂ©s Ă la violence, au refus de sâintĂ©grer ou au refus des valeurs de la RĂ©publique, alors que la rĂ©alitĂ© est beaucoup plus variĂ©e et dĂ©pend de nombreux facteurs sociaux, Ă©conomiques et politiques.
De plus, les sciences sociales ont montrĂ© que ces images nĂ©gatives sont souvent renforcĂ©es dans les pĂ©riodes de crise, lorsque le chĂŽmage augmente ou que les inĂ©galitĂ©s se creusent, car il devient tentant de dĂ©signer des boucs Ă©missaires plutĂŽt que de sâattaquer aux causes structurelles.
Dans tes copies, il est important de rappeler que lâhistoire de lâimmigration en France ne se rĂ©duit pas Ă un « problĂšme », mais quâelle fait partie intĂ©grante de lâhistoire sociale du pays, au mĂȘme titre que lâurbanisation, la croissance industrielle ou les grandes rĂ©formes de la RĂ©publique.
đ Contre-discours, mĂ©moires et luttes pour la dignitĂ©
Face Ă ces stĂ©rĂ©otypes, de nombreux contre-discours se dĂ©veloppent, portĂ©s par des associations, des artistes, des historiens et des militants qui cherchent Ă raconter autrement lâhistoire de lâimmigration en France et Ă mettre en valeur les apports des populations immigrĂ©es.
Des films, des romans, des bandes dessinĂ©es ou des expositions retracent les trajectoires de familles venues dâItalie, du Maghreb, dâAfrique subsaharienne ou dâAsie, et montrent comment leurs enfants sont devenus enseignants, infirmiers, chefs dâentreprise, Ă©lus locaux ou artistes reconnus.
Par ailleurs, des mobilisations dans les quartiers populaires, des marches pour lâĂ©galitĂ© ou des collectifs de sans-papiers ont contribuĂ© Ă imposer dans lâespace public une autre vision de lâimmigration, centrĂ©e sur les droits, la dignitĂ© et lâĂ©galitĂ© de traitement.
Ces initiatives montrent que les reprĂ©sentations de lâimmigration ne sont jamais figĂ©es : elles Ă©voluent avec les luttes sociales, les politiques publiques et le travail de mĂ©moire, ce qui prĂ©pare directement le chapitre suivant sur les enjeux actuels dâintĂ©gration, de discriminations et de citoyennetĂ© en France.
đïž Enjeux actuels : intĂ©gration, discriminations et citoyennetĂ©
đ IntĂ©gration sociale et fractures territoriales
Aujourdâhui, lâhistoire de lâimmigration en France se prolonge dans des enjeux trĂšs concrets dâintĂ©gration sociale, de logement, dâĂ©cole et dâaccĂšs Ă lâemploi, qui se voient particuliĂšrement dans certains quartiers populaires.
Dans de nombreuses banlieues autour de Paris, de Lyon, de Marseille ou de grandes villes moyennes, se concentrent des populations issues de lâimmigration, des classes populaires françaises et des jeunes confrontĂ©s Ă un chĂŽmage Ă©levĂ©.
Cette situation alimente parfois un sentiment dâabandon ou de relĂ©gation, renforcĂ© par la mauvaise qualitĂ© des logements, le manque dâĂ©quipements publics et le peu de perspectives professionnelles proposĂ©es aux adolescents.
Pour comprendre ces tensions, tu peux relier ce chapitre aux cours sur la RĂ©publique et lâintĂ©gration en France, qui montrent comment les pouvoirs publics tentent de rĂ©duire ces fractures avec des politiques de la ville et de lutte contre les inĂ©galitĂ©s.
đ Discriminations, Ă©galitĂ© des droits et sentiment dâinjustice
Un des grands enjeux actuels liĂ©s Ă lâhistoire de lâimmigration en France concerne les discriminations, câest-Ă -dire le fait dâĂȘtre traitĂ© diffĂ©remment en raison de son nom, de sa couleur de peau, de son lieu de rĂ©sidence ou de son origine supposĂ©e.
De nombreuses Ă©tudes montrent que des personnes issues de lâimmigration rencontrent plus de difficultĂ©s pour accĂ©der Ă un emploi, Ă un stage, Ă un logement ou Ă certains lieux de loisirs, mĂȘme lorsquâelles ont les mĂȘmes diplĂŽmes et les mĂȘmes compĂ©tences que dâautres candidats.
Ces expĂ©riences quotidiennes nourrissent un sentiment dâinjustice et de mise Ă lâĂ©cart, surtout chez les jeunes qui se sentent pleinement français mais ne se voient pas toujours reconnus comme tels dans la sociĂ©tĂ©.
Dans tes copies, tu peux rappeler que ces discriminations ne sont pas seulement individuelles, mais quâelles font partie dâun dĂ©bat plus large sur lâĂ©galitĂ© rĂ©elle, dĂ©jĂ abordĂ© dans dâautres thĂšmes comme les inĂ©galitĂ©s entre les femmes et les hommes, ce qui permet de croiser plusieurs chapitres du programme.
đ CitoyennetĂ©, laĂŻcitĂ© et dĂ©bats politiques contemporains
Les dĂ©bats sur lâimmigration croisent aussi ceux sur la citoyennetĂ©, la laĂŻcitĂ© et la dĂ©finition des valeurs de la RĂ©publique, ce qui explique pourquoi ils reviennent souvent dans les campagnes Ă©lectorales et les mĂ©dias.
La question de lâaccĂšs Ă la nationalitĂ© française pour les enfants dâimmigrĂ©s, du droit de vote des Ă©trangers aux Ă©lections locales ou du respect des principes laĂŻcs dans lâespace scolaire suscite des prises de position trĂšs opposĂ©es.
Certains insistent sur la nĂ©cessitĂ© dâaffirmer fermement les rĂšgles communes, tandis que dâautres mettent lâaccent sur la reconnaissance des identitĂ©s multiples, la lutte contre les discriminations et la participation politique des habitants des quartiers populaires.
Pour replacer ces dĂ©bats dans le temps long, tu peux faire le lien avec lâĂ©volution du droit de la nationalitĂ© Ă©tudiĂ©e dans lâarticle sur les lois Pasqua et les politiques migratoires, et montrer que lâhistoire de lâimmigration en France est aussi une histoire des façons de dĂ©finir qui appartient Ă la communautĂ© nationale.
đ§ Ă retenir sur lâhistoire de lâimmigration en France
- Depuis le XIXe siĂšcle, la France est un grand pays dâimmigration : travailleurs europĂ©ens (Italiens, Espagnols, PolonaisâŠ), puis immigrĂ©s venus du Maghreb et dâAfrique ont jouĂ© un rĂŽle central dans lâindustrialisation, la reconstruction aprĂšs 1945 et les Trente Glorieuses.
- Lâhistoire de lâimmigration en France est Ă©troitement liĂ©e Ă lâempire colonial, Ă la dĂ©colonisation et Ă la guerre dâAlgĂ©rie : arrivĂ©e des travailleurs coloniaux, des harkis, des rapatriĂ©s et dĂ©veloppement de migrations durables entre la mĂ©tropole et lâancienne AlgĂ©rie française, le Maroc ou la Tunisie.
- Le passage de lâimmigration de travail Ă lâimmigration de peuplement se joue Ă partir des annĂ©es 1970 avec le regroupement familial : les familles sâinstallent durablement, une nouvelle gĂ©nĂ©ration naĂźt en France et grandit Ă lâĂ©cole de la RĂ©publique, ce qui pose les questions dâintĂ©gration, de rĂ©ussite scolaire et de citoyennetĂ©.
- Depuis les annĂ©es 1980, les politiques migratoires françaises se durcissent (notamment avec les lois Pasqua) tout en organisant des rĂ©gularisations, dans un contexte de chĂŽmage, de montĂ©e des discours xĂ©nophobes et de construction europĂ©enne, oĂč lâUnion europĂ©enne partage la gestion des frontiĂšres et de lâasile.
- Les crises migratoires rĂ©centes, liĂ©es aux conflits en Syrie, en Afghanistan ou dans le Sahel, montrent que lâimmigration est aussi une question humanitaire et gĂ©opolitique, avec le rĂŽle des rĂ©fugiĂ©s, des demandeurs dâasile et des rĂšgles europĂ©ennes comme le rĂšglement Dublin.
- Les reprĂ©sentations sociales de lâimmigration oscillent entre stĂ©rĂ©otypes nĂ©gatifs et contre-discours valorisant les apports des immigrĂ©s ; les enjeux actuels tournent autour des discriminations, des fractures territoriales, de la citoyennetĂ© et de la dĂ©finition des valeurs de la RĂ©publique, qui restent au cĆur des programmes scolaires et des dĂ©bats politiques.
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Sources officielles des corrections
- Insee â Trente ans de vie Ă©conomique et sociale, introduction â Lâexpression est celle de lâĂ©conomiste Jean FourastiĂ© ; la pĂ©riode prend fin au milieu des annĂ©es 1970.
