đŻ Pourquoi « Terreur et guillotine » marquent-elles un tournant de la RĂ©volution ?
La Terreur et la guillotine incarnent sans doute la pĂ©riode la plus controversĂ©e et la plus fascinante de lâhistoire de France. AprĂšs lâeuphorie de la prise de la Bastille et la chute de la monarchie, la RĂ©volution française bascule, dĂšs 1793, dans une phase de radicalitĂ© absolue oĂč le destin de la RĂ©publique semble se jouer Ă chaque instant. Ce nâest plus seulement le temps des discours Ă lâAssemblĂ©e, câest celui de lâurgence, de la guerre totale et dâune justice dâexception symbolisĂ©e par une machine effrayante : la guillotine. Comment des hommes Ă©pris de libertĂ© en sont-ils venus Ă suspendre les droits quâils avaient eux-mĂȘmes proclamĂ©s ? Câest ce paradoxe fondamental que nous allons explorer ensemble.
đ Poursuivons avec le premier chapitre pour bien comprendre le contexte explosif qui rend possible ce basculement historique.
đ Contexte : une RĂ©publique assiĂ©gĂ©e et menacĂ©e
Pour saisir la logique de la Terreur et de la guillotine, il faut absolument se dĂ©faire de lâidĂ©e dâune violence gratuite. En 1793, la France est une forteresse assiĂ©gĂ©e, au bord de lâimplosion. La jeune RĂ©publique, proclamĂ©e en septembre 1792, joue sa survie sur tous les tableaux, et câest cette pression extrĂȘme qui justifie, aux yeux des rĂ©volutionnaires, des mesures extrĂȘmes.
đ Lâobsession de lâencerclement militaire
Ă lâextĂ©rieur, la situation est catastrophique. Depuis lâexĂ©cution de Louis XVI le 21 janvier 1793, les monarchies europĂ©ennes (Angleterre, Autriche, Prusse, EspagneâŠ) ont formĂ© une vaste coalition pour Ă©craser la RĂ©volution. Les frontiĂšres sont percĂ©es : au Nord, les Autrichiens avancent ; au Sud, les Espagnols franchissent les PyrĂ©nĂ©es. La trahison du gĂ©nĂ©ral Dumouriez, passĂ© Ă lâennemi en avril 1793, installe une paranoĂŻa durable : si les gĂ©nĂ©raux trahissent, qui peut-on croire ? LâidĂ©e du « complot aristocratique » et de lâennemi intĂ©rieur devient une obsession politique majeure.
đ„ La guerre civile : VendĂ©e et rĂ©voltes fĂ©dĂ©ralistes
Le danger ne vient pas seulement de lâĂ©tranger. Ă lâintĂ©rieur mĂȘme du territoire, la RĂ©publique se dĂ©chire. La dĂ©cision de lever 300 000 hommes pour lâarmĂ©e dĂ©clenche, en mars 1793, une insurrection paysanne massive dans lâOuest : câest le dĂ©but de la guerre de VendĂ©e. Ce soulĂšvement paysan massif, rejoint ensuite et encadrĂ© militairement par des nobles, est perçu Ă Paris comme un « coup de poignard dans le dos ». ParallĂšlement, lâĂ©limination politique des Girondins en juin 1793 provoque la rĂ©volte dite « fĂ©dĂ©raliste » : des grandes villes comme Lyon, Marseille ou Bordeaux se soulĂšvent contre le pouvoir central parisien. La France est littĂ©ralement morcelĂ©e.
đ„ La crise des subsistances et la pression des sans-culottes
Enfin, le contexte social est explosif. LâĂ©conomie est ruinĂ©e par lâinflation des assignats (la monnaie rĂ©volutionnaire) qui perdent chaque jour de la valeur. Ă Paris, le peuple a faim. Les sans-culottes, ces militants populaires radicaux, exigent du pain et des lois sĂ©vĂšres contre les « accapareurs » (ceux qui stockent le grain pour faire monter les prix). Ils font pression sur la Convention nationale, envahissant parfois lâassemblĂ©e pour rĂ©clamer des mesures de salut public. Sous la pression des sans-culottes, la Convention adopte des mesures d'exception (loi des suspects, armĂ©e rĂ©volutionnaire) qui marquent le dĂ©but de la Terreur, bien qu'elle n'ait jamais officiellement votĂ© un dĂ©cret utilisant cette formule.

SynthĂšse des crises intĂ©rieures et extĂ©rieures simultanĂ©es qui menacent la survie de la RĂ©publique en 1793, justifiant la mise en place de mesures d'exception. đž Source : reviserhistoire.fr
Pour approfondir ce contexte, tu peux consulter les ressources de lâHistoire par l'Image qui illustrent bien les tensions de cette Ă©poque.
âïž La mĂ©canique de la Terreur : ComitĂ©s et lois dâexception
La Terreur et la guillotine ne sont pas le fruit de lâanarchie, mais au contraire dâune rigoureuse organisation Ă©tatique. On parle de « Gouvernement rĂ©volutionnaire ». Lâobjectif est de centraliser le pouvoir Ă lâextrĂȘme pour gagner la guerre. La Constitution dĂ©mocratique de 1793 est enfermĂ©e dans une arche de cĂšdre : elle ne sera appliquĂ©e quâĂ la paix. En attendant, câest lâexception qui rĂšgne.
đïž Le ComitĂ© de salut public : le cerveau du rĂ©gime
Créé en avril 1793, le ComitĂ© de salut public devient le vĂ©ritable gouvernement de la France. ComposĂ© de 12 membres réélus chaque mois (mais en rĂ©alitĂ© trĂšs stables), il concentre tous les pouvoirs exĂ©cutifs. Câest ici que se dĂ©cide la stratĂ©gie militaire, la diplomatie et la politique gĂ©nĂ©rale. Des figures comme Robespierre, lâidĂ©ologue de la « Vertu », Saint-Just, le jeune et implacable organisateur, ou Carnot, « lâorganisateur de la victoire », y travaillent jour et nuit. Leur mot dâordre est lâefficacitĂ© : il faut nourrir les villes, Ă©quiper les armĂ©es et Ă©craser les rĂ©sistances.
đ”ïž Le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale : lâĆil de la police
Souvent moins connu mais tout aussi redoutable, le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale gĂšre la police politique. Câest lui qui traque les suspects, dirige les prisons et envoie les accusĂ©s devant le tribunal. Les deux comitĂ©s, bien que censĂ©s collaborer, entrent parfois en rivalitĂ©, ce qui contribuera Ă la chute du systĂšme. Ils sâappuient localement sur des milliers de « comitĂ©s de surveillance » formĂ©s de citoyens zĂ©lĂ©s qui dĂ©livrent les certificats de civisme indispensables pour ne pas ĂȘtre inquiĂ©tĂ©.
đ La Loi des suspects : quand le doute suffit
Le 17 septembre 1793, la Convention vote la terrible loi des suspects. Ce texte marque un tournant juridique. DĂ©sormais, on peut ĂȘtre arrĂȘtĂ© non pas pour ce quâon a fait, mais pour ce quâon est ou ce quâon nâa pas fait. Sont visĂ©s les nobles, les parents dâĂ©migrĂ©s, les prĂȘtres rĂ©fractaires, mais aussi « ceux qui nâont pas constamment manifestĂ© leur attachement Ă la RĂ©volution ». Cette dĂ©finition floue permet toutes les dĂ©rives. Les prisons se remplissent Ă une vitesse vertigineuse, transformant la dĂ©tention prĂ©ventive en une arme dâĂ©limination sociale.
đ Les ReprĂ©sentants en mission : la Terreur en province
Pour imposer la volontĂ© de Paris dans les dĂ©partements, la Convention envoie des dĂ©putĂ©s munis de pleins pouvoirs : les reprĂ©sentants en mission. Certains, comme FouchĂ© Ă Lyon ou Carrier Ă Nantes, se livrent Ă des excĂšs sanguinaires (mitraillades, noyades dans la Loire) qui horrifient parfois mĂȘme le ComitĂ© de salut public. Dâautres, plus modĂ©rĂ©s, sâattachent surtout Ă la logistique des armĂ©es. Ces disparitĂ©s locales montrent que la Terreur nâa pas Ă©tĂ© uniforme sur tout le territoire : elle a Ă©tĂ© atroce dans les zones de guerre civile, et plus clĂ©mente ailleurs.

SchĂ©ma explicatif des institutions et des rouages administratifs qui constituent l'appareil d'Ătat de la Terreur. đž Source : reviserhistoire.fr
đĄïž La guillotine : technologie, rituel et effroi
Si la Terreur est une politique, la guillotine en est lâinstrument et le symbole absolu. Pourtant, Ă son origine, elle se voulait une avancĂ©e humanitaire des LumiĂšres. Son omniprĂ©sence dans lâimaginaire collectif de la Terreur et de la guillotine mĂ©rite une analyse prĂ©cise.
đ§Ș Une machine philanthropique ?
Le docteur Joseph-Ignace Guillotin, dĂ©putĂ©, propose dĂšs 1789 que la peine de mort soit la mĂȘme pour tous, quel que soit le rang social (avant, les nobles Ă©taient dĂ©capitĂ©s Ă lâĂ©pĂ©e, les roturiers pendus ou rouĂ©s). Il souhaite aussi que la mort soit instantanĂ©e pour Ă©viter toute souffrance inutile. La machine, mise au point par le chirurgien Antoine Louis (dâoĂč son premier surnom, la « Louison »), entre en service en avril 1792. Elle incarne une forme dâĂ©galitĂ© macabre devant la mort et une rationalisation industrielle du chĂątiment : propre, rapide, infaillible.
đïž Le Tribunal rĂ©volutionnaire : lâantichambre de lâĂ©chafaud
La guillotine fonctionne au rythme du Tribunal rĂ©volutionnaire de Paris, instaurĂ© en mars 1793. Ce tribunal dâexception a pour vocation de juger les ennemis du peuple. Au dĂ©but, les formes juridiques sont Ă peu prĂšs respectĂ©es. Mais plus le temps passe, plus les droits de la dĂ©fense sont rognĂ©s. Lâaccusateur public, Fouquier-Tinville, devient le grand ordonnateur de la mort. Il prĂ©pare les « fournĂ©es » de condamnĂ©s. Avec la loi de Prairial (juin 1794), il nây a plus ni tĂ©moins ni avocats : le tribunal nâa le choix quâentre lâacquittement ou la mort.
đ Le rituel de lâexĂ©cution publique
LâexĂ©cution est un spectacle politique. La charrette transportant les condamnĂ©s traverse Paris, souvent sous les insultes ou les quolibets de la foule, bien que le silence gagne du terrain Ă mesure que la lassitude sâinstalle. La guillotine change de place : dâabord sur la place du Carrousel, elle sâinstalle place de la RĂ©volution (actuelle Concorde) pour les grandes exĂ©cutions politiques (Louis XVI, Marie-Antoinette, Girondins), puis dĂ©mĂ©nage place du TrĂŽne-RenversĂ© (actuelle Nation) pendant la Grande Terreur pour des raisons dâhygiĂšne et dâodeur. Le bourreau, Sanson, devient une cĂ©lĂ©britĂ© sinistre, exĂ©cutant avec une efficacitĂ© redoutable : lors des pics dâactivitĂ©, les tĂȘtes tombent toutes les deux ou trois minutes.
đ Lâimpact psychologique
La guillotine finit par terroriser tout le monde, y compris les bourreaux eux-mĂȘmes (les dĂ©putĂ©s). La « lame nationale » ou le « rasoir national » menace chaque tĂȘte. On ne guillotine pas seulement des contre-rĂ©volutionnaires, mais aussi des hĂ©ros de 1789. Ce cannibalisme rĂ©volutionnaire, oĂč la RĂ©volution mange ses propres enfants, crĂ©e un climat de suspicion gĂ©nĂ©ralisĂ©e oĂč personne ne se sent Ă lâabri, pas mĂȘme les membres du gouvernement.

Analyse de la guillotine, d'abord pensĂ©e comme un progrĂšs technique et Ă©galitaire, devenue le symbole sanglant de la Terreur. đž Source : reviserhistoire.fr
Tu peux voir des gravures dâĂ©poque sur le site de la BnF Gallica pour visualiser ces scĂšnes marquantes.
đ„ La lutte Ă mort des factions : Girondins, HĂ©bertistes, Dantonistes
Lâhistoire de la Terreur et de la guillotine est rythmĂ©e par lâĂ©limination successive des factions politiques. Pour Robespierre et le ComitĂ© de salut public, le gouvernement rĂ©volutionnaire est une ligne de crĂȘte Ă©troite : il ne faut tomber ni dans la modĂ©ration excessive (qui perdrait la RĂ©volution) ni dans lâexagĂ©ration anarchique (qui la dĂ©shonorerait).
đŹïž La chute des Girondins (juin 1793)
Le premier grand tournant est lâarrestation des dĂ©putĂ©s Girondins. Ils reprĂ©sentaient la bourgeoisie de province, attachĂ©e Ă la lĂ©galitĂ© et effrayĂ©e par la violence des sans-culottes parisiens. Leur opposition Ă la centralisation jacobine et leurs hĂ©sitations face aux mesures dâurgence causent leur perte. Le 2 juin 1793, sous la menace des canons parisiens, la Convention est forcĂ©e de les livrer. Leur exĂ©cution en octobre 1793 marque le dĂ©but de la domination sans partage des Montagnards.
đ„ LâĂ©limination des « EnragĂ©s » et des HĂ©bertistes (mars 1794)
Sur sa gauche, le ComitĂ© de salut public est dĂ©bordĂ© par les ultra-rĂ©volutionnaires. Les HĂ©bertistes, menĂ©s par le journaliste Jacques HĂ©bert et son journal Le PĂšre Duchesne, rĂ©clament toujours plus de tĂȘtes et mĂšnent une campagne violente de dĂ©christianisation (fermeture des Ă©glises, mascarades religieuses). Robespierre juge cet athĂ©isme militant dangereux et politiquement diviseur. En mars 1794, le couperet tombe : les HĂ©bertistes sont arrĂȘtĂ©s, jugĂ©s et guillotinĂ©s. Le mouvement populaire des sans-culottes est ainsi « domestiquĂ© ».
đïž Le drame des Dantonistes (avril 1794)
Ă peine les HĂ©bertistes Ă©liminĂ©s, le ComitĂ© se tourne vers sa droite. Danton, figure tutĂ©laire de la RĂ©volution, et Camille Desmoulins appellent dans le journal Le Vieux Cordelier Ă arrĂȘter la Terreur. Ils estiment que la RĂ©publique, victorieuse aux frontiĂšres, doit faire preuve de clĂ©mence. Pour Robespierre, cette demande est prĂ©maturĂ©e et affaiblit le gouvernement. Le procĂšs de Danton est un moment de tension extrĂȘme : sa voix tonne si fort quâon lâentend de la rue. Mais la raison dâĂtat lâemporte. « Tu montreras ma tĂȘte au peuple, elle en vaut la peine », aurait-il dit au bourreau. Avec eux, câest lâespoir dâun adoucissement qui meurt.
đ§ La solitude de Robespierre
AprĂšs ces purges, Robespierre semble tout-puissant, mais il est en rĂ©alitĂ© isolĂ©. Il a coupĂ© le lien avec le peuple (en frappant les HĂ©bertistes) et avec une partie de la Convention (en frappant les Dantonistes). La peur sâinstalle parmi les dĂ©putĂ©s survivants : qui sera le prochain ? Câest cette peur qui cimentera lâalliance hĂ©tĂ©roclite qui aura finalement raison de lâIncorruptible.

Visualisation des dĂ©chirements internes de la Convention, montrant comment la RĂ©volution a "dĂ©vorĂ© ses propres enfants" Ă travers des procĂšs politiques successifs. đž Source : reviserhistoire.fr
đ Vivre sous la Terreur : culture, religion et quotidien
Il serait rĂ©ducteur de limiter cette pĂ©riode aux charrettes de condamnĂ©s. La Terreur et la guillotine sâaccompagnent dâune tentative inouĂŻe de transformer la sociĂ©tĂ© en profondeur, de crĂ©er un « homme nouveau ». Câest une rĂ©volution culturelle totale.
đ Le temps rĂ©inventĂ© : le Calendrier rĂ©volutionnaire
Pour rompre avec le passĂ© chrĂ©tien et royaliste, la Convention adopte en octobre 1793 le calendrier rĂ©publicain. Les semaines de 7 jours (dâorigine biblique) sont remplacĂ©es par des dĂ©cades de 10 jours. Les mois changent de nom pour coller Ă la nature et aux travaux des champs (VendĂ©miaire, Brumaire, FlorĂ©al, ThermidorâŠ). Lâan I de la RĂ©publique commence le 22 septembre 1792. Câest une tentative radicale de maĂźtriser le temps et de rythmer la vie par des fĂȘtes civiques plutĂŽt que religieuses.
âȘ De la dĂ©christianisation au Culte de lâĂtre suprĂȘme
La vague de dĂ©christianisation de lâhiver 1793 est violente : prĂȘtres forcĂ©s de se marier, Ă©glises transformĂ©es en temples de la Raison, destruction de statues. Robespierre, dĂ©iste et influencĂ© par Rousseau, dĂ©sapprouve cet athĂ©isme quâil juge immoral. Il instaure alors le culte de lâĂtre suprĂȘme, une religion civile censĂ©e rĂ©unir les citoyens autour de valeurs morales et rĂ©publicaines. La grande fĂȘte du 20 prairial an II (8 juin 1794), grandiosement mise en scĂšne par le peintre David, en est lâapogĂ©e. Mais pour beaucoup, elle ressemble au sacre dâun dictateur.
đŁïž Le langage et les mĆurs : tutoiement et civisme
La vie quotidienne est politisĂ©e. Le vouvoiement, jugĂ© aristocratique, est banni au profit du tutoiement obligatoire (le « tu » de fraternitĂ©). On ne dit plus « Monsieur » mais « Citoyen ». Les prĂ©noms changent : Louis ou Marie laissent place Ă Brutus, Gracchus ou LibertĂ©. La mode vestimentaire se simplifie : le pantalon du sans-culotte remplace la culotte de lâaristocrate, la cocarde tricolore est obligatoire sur le chapeau ou le bonnet phrygien. Chaque geste du quotidien devient un test de loyautĂ© politique.
đ Lâart et lâĂ©ducation mobilisĂ©s
Le théùtre, la peinture et la musique sont enrĂŽlĂ©s pour la propagande. On joue des piĂšces patriotiques qui exaltent les vertus rĂ©publicaines. LâĂ©cole primaire est pensĂ©e comme le lieu de formation des futurs rĂ©publicains, mĂȘme si, faute de moyens et de temps, les grandes rĂ©formes scolaires peinent Ă sâappliquer concrĂštement pendant la guerre.

Aperçu d'une "rĂ©volution culturelle totale" qui a tentĂ© de transformer le temps, la foi, les mĆurs et l'Ă©ducation des Français en 1793-1794. đž Source : reviserhistoire.fr
âł De la Grande Terreur Ă la chute de Robespierre
Au printemps 1794, paradoxalement, alors que la France commence Ă gagner la guerre (victoire de Fleurus le 26 juin 1794), la Terreur sâintensifie au lieu de ralentir. Câest la pĂ©riode de la « Grande Terreur ». Pourquoi cette fuite en avant ?
⥠La loi de Prairial et lâaccĂ©lĂ©ration meurtriĂšre
Le 10 juin 1794 (22 prairial), une nouvelle loi supprime pratiquement toutes les garanties judiciaires au Tribunal rĂ©volutionnaire. Câest une machine Ă tuer industrielle : en quelques semaines, on guillotine plus quâen une annĂ©e entiĂšre (prĂšs de 1 400 exĂ©cutions Ă Paris en six semaines). LâatmosphĂšre devient irrespirable. Lâodeur du sang Ă©coeure les Parisiens, et la justification du « danger militaire » ne tient plus puisque les armĂ©es françaises sont victorieuses.
đ€ Le complot de Thermidor
Au sein de la Convention et des ComitĂ©s, la peur soude les ennemis de Robespierre. On y trouve des terroristes ultra-violents (FouchĂ©, Tallien) qui craignent dâĂȘtre punis pour leurs excĂšs, et des modĂ©rĂ©s qui veulent la fin du systĂšme. Robespierre, Ă©puisĂ© et malade, sâabsente des comitĂ©s, laissant libre cours aux intrigues. Lorsquâil revient Ă lâAssemblĂ©e le 8 thermidor (26 juillet) pour dĂ©noncer des traĂźtres sans les nommer, il commet une erreur fatale. Chacun se sent visĂ©.
𩞠Le 9 Thermidor : la fin dâun monde
Le lendemain, 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), la sĂ©ance Ă la Convention tourne Ă lâĂ©meute. Robespierre est empĂȘchĂ© de parler aux cris de « Ă bas le tyran ! ». Il est arrĂȘtĂ© avec Saint-Just et Couthon. LibĂ©rĂ© un court instant par la Commune de Paris, il se rĂ©fugie Ă lâHĂŽtel de Ville mais hĂ©site Ă appeler Ă lâinsurrection. Les troupes de la Convention donnent lâassaut dans la nuit. Robespierre est blessĂ© Ă la mĂąchoire (coup de pistolet ou suicide ratĂ©). Le 10 thermidor, il est guillotinĂ© avec 21 de ses partisans sans procĂšs. Dans les jours suivants, plus de 100 Robespierristes seront exĂ©cutĂ©s. Câest la plus grande charrette de la RĂ©volution.
đ Le bilan et la lĂ©gende noire
La mort de Robespierre marque la fin de la Terreur. Les vainqueurs, quâon appellera les « Thermidoriens », sâempressent de rejeter tous les crimes sur lui pour se dĂ©douaner. Ils dĂ©mantĂšlent le gouvernement rĂ©volutionnaire, vident les prisons et ferment le club des Jacobins. Une « Terreur blanche » de vengeance contre les anciens sans-culottes se dĂ©veloppe. Le bilan humain de la Terreur est lourd : environ 17 000 condamnĂ©s Ă mort officiels, mais probablement 35 000 Ă 40 000 morts si lâon compte les exĂ©cutions sommaires et les morts en prison, sans oublier le lourd bilan de la guerre de VendĂ©e (environ 170 000 Ă 200 000 morts). Pourtant, cette pĂ©riode a aussi sauvĂ© la France de lâinvasion et posĂ© des principes rĂ©publicains (abolition de lâesclavage en 1794, Ă©cole, assistance publique) qui germeront plus tard.

SynthĂšse visuelle des Ă©vĂ©nements de 1794, expliquant comment le paroxysme de la "Grande Terreur" a conduit Ă l'isolement et Ă la chute de Robespierre lors du coup d'Ătat du 9 Thermidor, marquant un tournant dĂ©cisif dans la RĂ©volution française. đž Source : reviserhistoire.fr
Pour approfondir la suite des Ă©vĂ©nements, tu peux lire lâarticle sur le Directoire, le rĂ©gime instable qui succĂšde Ă cette pĂ©riode tourmentĂ©e.
đ§ Ă retenir sur la Terreur et la guillotine
- La Terreur (1793-1794) est une réponse d'urgence face à un triple danger : invasion étrangÚre, guerre civile (Vendée) et crise économique.
- Le pouvoir est concentré entre les mains du Comité de salut public (dirigé par Robespierre) et du Comité de sûreté générale.
- La loi des suspects et le Tribunal révolutionnaire suppriment les libertés pour frapper vite les « ennemis du peuple ».
- La guillotine devient le symbole de cette justice expéditive et « égalitaire », exécutant aussi bien le Roi, les aristocrates que les révolutionnaires (Danton, Hébert).
- La période prend fin le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794) avec la chute et l'exécution de Robespierre, ouvrant la voie à une République bourgeoise et modérée.
â FAQ : Questions frĂ©quentes sur la Terreur
𧩠Combien de personnes ont été guillotinées ?
On estime à environ 17 000 le nombre de condamnations à mort officielles par les tribunaux révolutionnaires à travers la France. Cependant, si l'on ajoute les exécutions sommaires (sans jugement) dans les zones de guerre civile comme la Vendée ou Lyon, le bilan total monte probablement autour de 35 000 à 40 000 morts.
𧩠Qui a inventé la guillotine ?
Contrairement à une idée reçue, le docteur Joseph-Ignace Guillotin n'a pas inventé la machine, mais il en a proposé le principe à l'Assemblée pour rendre la peine de mort plus « humaine » et égalitaire. La machine a été conçue par le chirurgien Antoine Louis et un mécanicien allemand nommé Schmidt.
𧩠Robespierre était-il un dictateur ?
C'est un débat complexe. Officiellement, non : il n'était que l'un des 12 membres du Comité de salut public et devait convaincre ses collÚgues. Mais son influence morale et politique était telle qu'il incarnait le régime. Ses ennemis l'ont qualifié de dictateur aprÚs sa mort pour justifier son élimination.
đ§© Pourquoi la Terreur s'arrĂȘte-t-elle alors que la France gagne la guerre ?
C'est prĂ©cisĂ©ment parce que la France gagne (victoire de Fleurus) que la Terreur devient insupportable. L'argument du « salut public » et de la patrie en danger ne justifie plus les exĂ©cutions de masse. La peur d'ĂȘtre la prochaine victime pousse les dĂ©putĂ©s Ă renverser Robespierre.
