🗿 Polémiques contemporaines autour des statues et des symboles de la République

🎯 Pourquoi ces débats bouleversent-ils notre vision de l’histoire ?

Depuis quelques années, l’espace public français devient le théâtre de vives tensions. En effet, le bronze et la pierre s’y transforment désormais en enjeux politiques majeurs. Les polémiques contemporaines autour des statues et des symboles ne sont pas de simples faits divers. Au contraire, elles révèlent une profonde interrogation sur notre identité nationale. De plus, elles questionnent directement notre rapport au passé colonial ainsi que la place des minorités dans le récit républicain.

Alors que des mouvements mondiaux remettent en cause certaines figures historiques, la France doit arbitrer. Ainsi, elle cherche l’équilibre entre la volonté de ne pas effacer son histoire et la nécessité impérieuse d’une mémoire plus inclusive. Découvrons donc ensemble les racines, les enjeux et les solutions apportées à ces controverses passionnantes.

🗂️ Dans cet article, tu vas découvrir :

👉 Poursuivons immédiatement avec le premier chapitre pour bien comprendre le contexte de ce thème.

🧭 Contexte historique et chronologique du sujet

📌 Du récit national unifié à l’éclatement des mémoires

Pour comprendre les polémiques contemporaines autour des statues et des symboles, il faut d’abord saisir la construction de l’espace public républicain. En effet, au XIXe siècle, la « statuomanie » a envahi les places de France, notamment sous la IIIe République. L’objectif était clair : édifier un roman national pédagogique. Il s’agissait alors de célébrer les « grands hommes » (militaires, politiques, écrivains) pour unifier la nation autour de valeurs communes. Par conséquent, ces monuments n’étaient pas seulement décoratifs. Ils agissaient comme des lieux de mémoire essentiels de la République et figeaient une version officielle de l’histoire.

Une histoire écrite par les vainqueurs

Cependant, les vainqueurs écrivaient souvent cette histoire. Puisqu’il s’agissait majoritairement d’hommes blancs, ils occultaient de facto d’autres pans du passé. Or, à partir de la fin du XXe siècle, ce récit unifié s’est fissuré sous la pression de la « demande sociale de mémoire ». Dès lors, les groupes historiquement marginalisés (descendants d’esclaves, populations issues de l’immigration coloniale, femmes) ont commencé à interroger la légitimité de ces figures tutélaires. Ce phénomène ne constitue pas un rejet de l’histoire. Bien au contraire, c’est une demande de reconnaissance : pourquoi honorons-nous des individus ayant participé à l’oppression ?

De la commémoration à la revendication

À ce titre, l’historien Pierre Nora a bien montré cette transition. Nous sommes passés d’une histoire-commémoration à une mémoire-revendication. C’est pourquoi les statues deviennent aujourd’hui des cibles politiques. Il est toutefois crucial de distinguer l’histoire de la mémoire. La première est une science critique cherchant la vérité, tandis que la seconde est un rapport affectif et identitaire au passé. Les polémiques actuelles naissent donc de la friction entre ces deux notions. En somme, lorsqu’on conteste une statue, on ne nie pas le fait historique. En revanche, on remet en cause la « valeur d’exemple » que la République confère au personnage. Effectivement, une statue sur une place publique est un honneur suprême. La questionner revient ainsi à interroger les valeurs que la société actuelle souhaite prôner.

📌 L’onde de choc mondiale et ses répercussions en France

Si les débats mémoriaux existent en France depuis longtemps (pensons aux controverses sur la guerre d’Algérie), ils ont pris une ampleur inédite récemment. En effet, la mort de George Floyd aux États-Unis en mai 2020 a tout déclenché. Cet événement a provoqué une vague de manifestations mondiales sous la bannière « Black Lives Matter ». Dans ce sillage, le mouvement s’est attaqué aux symboles esclavagistes et confédérés outre-Atlantique. Ensuite, il s’est propagé en Europe. En Grande-Bretagne, par exemple, des manifestants ont jeté la statue du négrier Edward Colston dans le port de Bristol. La radicalité du geste a alors marqué les esprits.

Une spécificité française

En France, cette onde de choc a réactivé des tensions latentes. Ainsi, des militants antiracistes et décoloniaux ont ciblé des statues de figures liées à la colonisation ou à l’esclavage. Ils ont notamment visé Colbert devant l’Assemblée nationale ou Gallieni à Paris. Ces actions ont suscité une vive réaction de la classe politique et de l’opinion publique. Cela divise le pays en deux camps schématiques. D’un côté, certains voient dans le déboulonnage un acte de justice et de purification mémorielle. De l’autre, des opposants dénoncent une « Cancel Culture » (culture de l’effacement) importée des campus américains qui menacerait l’intégrité de l’histoire de France.

Pourtant, la situation française reste spécifique. Aux États-Unis, on a souvent érigé les statues confédérées tardivement pour réaffirmer la ségrégation (lois Jim Crow). À l’inverse, les statues françaises datent majoritairement de l’époque qu’elles célèbrent ou de la construction républicaine. Le débat porte donc moins sur la légalité de leur présence que sur leur sens moral aujourd’hui. C’est dans ce contexte complexe qu’il faut analyser les polémiques contemporaines. Elles ne sont pas une simple imitation de l’étranger. Finalement, elles marquent une crise de croissance de la conscience nationale française.

Schéma chronologique illustrant l'évolution des polémiques sur les statues en France : passage du récit national unifié du XIXe siècle à la demande sociale de mémoire, et l'impact de l'onde de choc mondiale (Black Lives Matter) sur les figures comme Colbert ou Gallieni.
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Du « roman national » figé à la revendication mémorielle : comprendre les racines historiques des tensions actuelles autour des symboles républicains. 📷 Création pour reviserhistoire.fr

⚙️ L’héritage colonial et l’esclavage : le cœur des tensions

📌 Le cas emblématique de Jean-Baptiste Colbert

L’une des figures les plus contestées ces dernières années est sans doute Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), principal ministre de Louis XIV. Traditionnellement, l’école républicaine retient de lui l’image du grand serviteur de l’État. On le voit aussi comme le bâtisseur de l’administration moderne et le développeur de l’industrie française. D’ailleurs, sa statue trône devant le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. Elle symbolise la continuité de l’État et la rigueur administrative. C’est précisément cette position centrale qui en fait une cible privilégiée des contestations.

Le Code Noir au cœur de la critique

Cependant, les critiques rappellent un autre aspect de son œuvre. En effet, Colbert a joué un rôle majeur dans la politique esclavagiste de Louis XIV. Il a préparé les textes qui aboutissent au Code noir, promulgué en 1685, deux ans après sa mort. Or, ce texte juridique monstrueux a codifié l’esclavage dans les colonies françaises. Il définissait notamment les esclaves comme des « biens meubles » et légalisait des châtiments corporels d’une extrême violence. Pour les associations comme le CRAN, maintenir une statue de Colbert devant la représentation nationale est une insulte. C’est une offense à la mémoire des victimes de l’esclavage et une contradiction avec nos valeurs de liberté.

Face à la demande de retrait de la statue, les autorités ont donc réaffirmé leur refus du déboulonnage. Elles avancent l’argument de la complexité historique : Colbert ne se résume pas au Code Noir. Par conséquent, retirer sa statue reviendrait à effacer une partie fondamentale de la construction de l’État français. Néanmoins, ce débat a permis de mettre en lumière la face sombre du « Grand Siècle ». Il oblige désormais les institutions à mieux enseigner cette dualité plutôt que de la cacher sous un mythe doré.

📌 Victor Schoelcher : le paradoxe de l’abolitionniste

Le sort réservé aux statues de Victor Schoelcher a surpris certains observateurs. Cela concerne notamment la Martinique et, plus largement, les Antilles françaises. Victor Schoelcher joue un rôle décisif dans la rédaction du décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage. Pendant longtemps, on l’a vénéré comme le « libérateur » des esclaves. Sa présence au Panthéon témoigne d’ailleurs de cette reconnaissance républicaine. Tu peux approfondir ce point dans l’article sur les panthéonisations et les grands hommes.

Une vision jugée trop paternaliste

Pourtant, le 22 mai 2020, jour de la commémoration de l’abolition, des militants ont détruit deux statues de Schoelcher en Martinique. En Guadeloupe aussi, la foule a contesté, vandalisé ou déplacé des monuments à son effigie. C’est le signe d’un rejet plus large de la vision “schoelchériste” de l’abolition. Mais pourquoi s’en prendre à celui qui a mis fin à l’esclavage ? Les contestataires dénoncent une vision de l’histoire trop paternaliste. En effet, elle attribue toute la gloire de la libération à un homme blanc venu de métropole. De ce fait, elle invisibilise les luttes et les révoltes des esclaves eux-mêmes (marronnage, insurrections) qui ont forcé l’abolition. De surcroît, après 1848, la IIe République a choisi d’indemniser les anciens propriétaires d’esclaves. Schoelcher ne s’y est pas opposé. Cela alimente aujourd’hui le reproche de ne pas avoir défendu une indemnisation des victimes.

Cet événement montre une évolution importante. Ainsi, les polémiques contemporaines ne visent pas seulement les « bourreaux », mais aussi les « héros » dont la narration est jugée trop eurocentrée. Cela pose la question de la représentation locale de la mémoire. Comment honorer l’émancipation sans reproduire des schémas de domination symbolique ? C’est assurément un défi majeur pour les territoires d’Outre-mer.

📌 Militaires et administrateurs coloniaux : Faidherbe et Gallieni

La IIIe République a multiplié les hommages aux artisans de son empire colonial. Par exemple, le général Louis Faidherbe (1818-1889) est célébré à Lille, sa ville natale, et au Sénégal. Faidherbe est connu pour avoir défendu le Nord de la France pendant la guerre de 1870. Toutefois, son action coloniale au Sénégal repose sur des campagnes militaires violentes et une administration autoritaire. C’est pourquoi plusieurs historiens et militants dénoncent ces faits aujourd’hui. À Lille, des collectifs demandent régulièrement le retrait de sa statue équestre. À défaut, ils réclament une plaque explicative sur les violences de la colonisation.

Le dilemme de la « double face »

De même, le maréchal Joseph Gallieni (1849-1916) se trouve au cœur de controverses. Sa statue trône place Vauban à Paris. On présente traditionnellement Gallieni comme l’un des défenseurs de Paris en 1914, notamment grâce aux taxis de la Marne. Cependant, sa politique de “pacification” de Madagascar à la fin du XIXe siècle fut d’une grande violence. Elle a contribué à des dizaines de milliers de morts selon plusieurs estimations, bien que les chiffres exacts restent débattus. Ici encore, la figure historique possède une double face : sauveur de la patrie en 1914, mais colonisateur impitoyable outre-mer. La République a longtemps choisi d’honorer uniquement la première face. Or, la mémoire des descendants de colonisés rappelle la seconde avec insistance.

Ces exemples illustrent la difficulté de gérer ce patrimoine. En effet, nous héritons d’une époque où l’on voyait la colonisation comme une « mission civilisatrice » positive. Aujourd’hui, le regard moral a changé. Par conséquent, ces statues deviennent des anachronismes douloureux pour une partie de la population. Le débat se cristallise souvent sur leur présence dans l’espace public. Doit-on continuer à leur offrir des piédestaux prestigieux, ou leur place est-elle désormais au musée ?

Infographie détaillant les paradoxes historiques de Jean-Baptiste Colbert (constructeur de l'État vs Code Noir), Victor Schoelcher (abolitionniste vs vision paternaliste) et des militaires coloniaux comme Gallieni, expliquant pourquoi leurs statues sont contestées.
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Administrateurs de génie ou organisateurs de l’oppression ? La complexité des figures historiques de l’époque coloniale est au cœur des débats contemporains. 📷 Création pour reviserhistoire.fr

📜 Figures ambivalentes : Napoléon, Pétain et les polémiques politiques

📌 Napoléon Bonaparte : le bicentenaire de la discorde

L’année 2021 marquait le bicentenaire de la mort de Napoléon Ier. Ce fut un moment fort des polémiques contemporaines autour des statues. Certes, Napoléon reste une figure centrale de l’histoire de France. Il a créé les institutions modernes (Code civil, lycées, préfets, Banque de France). De plus, l’Arc de Triomphe grave sa gloire militaire dans la pierre. Pourtant, une décision majeure entache son bilan : le rétablissement de l’esclavage dans plusieurs colonies par la loi du 20 mai 1802. Il est revenu sur l’abolition de 1794 seulement huit ans plus tard.

Commémorer sans célébrer

Des intérêts géopolitiques et économiques ont motivé cette décision. Malheureusement, elle a entraîné des décennies supplémentaires de souffrances pour les esclaves. Lors des commémorations, le président Emmanuel Macron a donc choisi de « commémorer sans célébrer ». Cette nuance sémantique est importante. En effet, il a déposé une gerbe aux Invalides tout en qualifiant le rétablissement de l’esclavage de « faute » dans son discours. Concernant les statues de l’Empereur, celle de Rouen a suscité le débat. La mairie l’avait déposée pour restauration et envisageait son remplacement par une figure féminine (Gisèle Halimi). Finalement, la statue a retrouvé sa place, mais la polémique prouve que même les géants de l’histoire ne sont plus intouchables.

La question napoléonienne résume bien le dilemme français. Comment assumer un héritage aussi colossal tout en reconnaissant ses parts d’ombre ? La réponse actuelle consiste à « tout regarder en face ». Ainsi, on ne renie pas l’apport institutionnel de Napoléon, mais on n’occulte pas ses crimes contre la liberté humaine. C’est un exercice d’équilibriste permanent pour les autorités.

📌 L’ombre de Vichy : le cas du Maréchal Pétain

Bien avant les débats décoloniaux, la figure du maréchal Philippe Pétain a suscité de violentes controverses. D’ailleurs, celles-ci perdurent encore. Le cas est unique. Il oppose le « vainqueur de Verdun » en 1916 au chef de l’État français collaborateur des nazis dès 1940. Après la guerre, la justice a frappé Pétain d’indignité nationale. Ainsi, il n’existe plus de statues publiques honorant Pétain. De plus, les municipalités ont rebaptisé la quasi-totalité des rues qui portaient son nom après la Libération. Toutefois, la question des hommages rendus au général de la Grande Guerre reste épineuse.

Régulièrement, lors des commémorations nationales du 11 novembre, la question se pose. Peut-on fleurir la tombe de Pétain à l’île d’Yeu ? Peut-on citer son nom parmi les chefs militaires de 14-18 ? En 2018, une polémique a éclaté. Le président de la République avait évoqué l’idée de l’inclure dans un hommage collectif aux maréchaux. Il a dû faire marche arrière face au tollé. Car pour les associations de déportés et d’anciens combattants, la trahison de 1940 et la complicité dans la Shoah effacent définitivement les mérites de 1916.

Ce cas démontre qu’en France, l’indignité peut annuler la gloire passée. Contrairement à Colbert ou Napoléon dont les « fautes » sont anciennes, les crimes de Pétain touchent à la mémoire vive. Ils heurtent les valeurs fondamentales de la République contemporaine issues de la Résistance. Il n’y a donc pas de place pour une statue de Pétain. De fait, on a méthodiquement effacé son nom du paysage urbain depuis des décennies.

Comparaison visuelle du traitement mémoriel en France : Napoléon Bonaparte (dont on commémore les institutions tout en condamnant le rétablissement de l'esclavage) face au Maréchal Pétain (dont la gloire de 1916 est effacée par l'indignité nationale de la collaboration).
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« Commémorer sans célébrer » pour Napoléon, effacement pour Pétain : comment la République gère les parts d’ombre de ses anciens dirigeants. 📷 Création pour reviserhistoire.fr

🎨 La question du genre : où sont les femmes ?

📌 Un espace public saturé par le masculin

Les polémiques contemporaines ne concernent pas uniquement le racisme ou le passé colonial. Elles touchent aussi le sexisme et l’invisibilité des femmes. En effet, une promenade dans n’importe quelle ville française suffit pour faire le constat. L’écrasante majorité des statues représentent des hommes. Selon plusieurs enquêtes féministes, les femmes historiques représentent probablement moins de 10 % des statues en France (hors allégories comme Marianne).

Cette disparité renvoie une image faussée de l’histoire. Effectivement, elle suggère implicitement que seuls les hommes ont bâti la nation, créé des œuvres d’art ou fait avancer la science. Lorsqu’on représente des femmes, on les figure souvent en tant que muses ou victimes. On utilise aussi des symboles abstraits (la République, la Liberté). Rarement, on les célèbre pour leur action propre en tant qu’individus historiques. C’est pourquoi les mouvements féministes contestent de plus en plus ce « plafond de verre » sculptural. Ils réclament une parité mémorielle.

L’enjeu est symbolique mais puissant. Il s’agit de permettre aux jeunes filles de s’identifier à des modèles de réussite. Or, l’absence de femmes statufiées renforce l’idée que le domaine public est une affaire d’hommes. Cela perpétue des stéréotypes de genre tenaces.

📌 Le « Matrimoine » et la féminisation des symboles

Face à ce constat, de nombreuses initiatives ont vu le jour. Elles visent à réhabiliter le « Matrimoine » (l’héritage culturel des femmes). Ainsi, des figures comme Olympe de Gouges (auteure de la Déclaration des droits de la femme) ou Simone Veil voient leur présence se renforcer. Les scientifiques comme Marie Curie gagnent aussi en visibilité. À Paris, on a inauguré en 2022 une statue de Solitude, figure de la résistance à l’esclavage en Guadeloupe. Cela croise les enjeux de genre et de mémoire coloniale.

Cependant, une question stratégique divise. Faut-il déboulonner des hommes pour mettre des femmes à la place ? Ou doit-on ajouter de nouvelles statues ? La tendance actuelle en France privilégie l’ajout (la sédimentation) plutôt que la substitution. Par exemple, l’Assemblée nationale a installé un buste d’Olympe de Gouges. Elle n’a pourtant pas retiré ceux des hommes illustres. L’idée consiste donc à densifier l’histoire racontée dans la rue pour la rendre plus complète.

Cette démarche s’accompagne souvent d’une politique active de dénomination. Si ériger une statue coûte cher, renommer un lieu est plus rapide. De nombreuses municipalités s’efforcent désormais de donner des noms de femmes aux nouveaux équipements. Elles tentent ainsi de rattraper le retard historique. C’est une transformation silencieuse mais profonde de la géographie symbolique de la France.

Dessin en deux parties montrant d'un côté un espace public saturé de statues masculines, et de l'autre l'émergence de statues de femmes historiques (Olympe de Gouges, Simone Veil) et de noms de rues féminisés pour une meilleure parité mémorielle.
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Longtemps invisibles, les femmes conquièrent progressivement leur place dans la pierre et le bronze de nos villes. 📷 Création pour reviserhistoire.fr

🌍 La réponse républicaine : contextualiser ou déboulonner ?

📌 La doctrine présidentielle : « Ni déni, ni repentance »

Face à la multiplication des appels au déboulonnage, le président Emmanuel Macron a fixé une ligne de conduite claire. Lors d’une allocution en juin 2020, il a déclaré : « La République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. La République ne déboulonnera pas de statue. » On résume souvent cette doctrine par la formule « ni déni, ni repentance ». Elle vise principalement à refuser toute réécriture anachronique de l’histoire.

L’argument central repose sur le refus de la damnatio memoriae (condamnation de la mémoire). Cette pratique antique consistait à effacer toute trace d’un ennemi politique. Pour l’État français, retirer une statue serait un aveu de faiblesse. De plus, cela ouvrirait la boîte de Pandore. Où s’arrêter ? Faudrait-il retirer les statues de Jules Ferry, partisan de la colonisation ? De Voltaire, auteur de propos racistes ? L’État craint donc un espace public aseptisé. Il ne subsisterait que des figures moralement irréprochables selon les critères du XXIe siècle. Or, cela est historiquement impossible.

Cette position distingue la France de certains pays anglo-saxons. Là-bas, les autorités locales ont parfois pris les devants pour retirer des monuments controversés. En France, l’État se pose en gardien de la complexité historique. Il préfère ainsi l’explication à l’effacement.

📌 La solution de la contextualisation pédagogique

Si l’on ne déboulonne pas, que fait-on ? La solution privilégiée est la contextualisation. Cela consiste à apposer des plaques explicatives, des QR codes ou des installations artistiques. L’objectif est alors de transformer le monument en objet pédagogique. On explique qui était le personnage et pourquoi on l’a honoré à une époque donnée. On précise aussi quels aspects de sa vie sont aujourd’hui condamnés par nos valeurs.

Par exemple, la ville de Bordeaux a choisi d’installer des plaques explicatives dans les rues portant des noms de négriers. Elle a préféré cette option plutôt que de les rebaptiser. Cette démarche permet de « faire histoire ». Le passant apprend que la richesse de la ville au XVIIIe siècle reposait en partie sur la traite atlantique. C’est finalement une manière de rendre le passé visible plutôt que de le masquer. Tu peux consulter les ressources des lieux de mémoire et musées pour voir des exemples.

Cependant, cette solution a ses limites. Une plaque suffit-elle pour contrebalancer la puissance symbolique d’une statue équestre ? Certains militants estiment que la contextualisation est une demi-mesure. Selon eux, elle maintiendrait la glorification visuelle tout en se donnant bonne conscience avec un texte. Le débat reste donc ouvert entre pédagogie et symbolique.

Infographie expliquant la réponse de l'État français face aux statues controversées : le refus du déboulonnage (assimilé à un effacement de l'histoire) au profit de la contextualisation pédagogique (plaques explicatives), sous l'égide de Marianne.
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Expliquer plutôt qu’effacer : la France privilégie la contextualisation pédagogique pour garder les traces de sa complexité historique sans valider les valeurs du passé. 📷 Création pour reviserhistoire.fr

🤝 Vers de nouveaux symboles pour la République ?

📌 Créer de nouvelles représentations collectives

Au-delà de la gestion de l’existant, les polémiques contemporaines invitent à réfléchir au futur. Que voulons-nous construire pour demain ? Si l’espace public est le miroir de la société, il doit refléter la France d’aujourd’hui. Elle est diverse, métissée, paritaire et consciente de son histoire plurielle. Il ne s’agit donc pas seulement de gérer le passif, mais de créer de l’actif.

L’État passe alors des commandes publiques pour ériger de nouveaux monuments. On honore des figures de la diversité ou des résistants étrangers (comme Missak Manouchian). On commémore aussi des événements longtemps tus. Par exemple, un projet de mémorial national pour les victimes de l’esclavage est envisagé au Trocadéro. Ces nouveaux symboles ne remplacent pas les anciens. Au contraire, ils dialoguent avec eux. Ils montrent que la République est un processus en construction permanente.

L’art contemporain joue un rôle clé dans cette dynamique. En effet, des artistes réinterprètent les symboles républicains pour leur donner un sens nouveau. Des Marianne aux traits plus diversifiés apparaissent dans les mairies. Ces initiatives prouvent que la symbolique républicaine n’est pas figée dans le marbre du XIXe siècle. C’est bel et bien une matière vivante capable d’intégrer de nouveaux récits.

📌 Le rôle central de l’éducation

En fin de compte, la statue la plus solide n’est rien sans le regard qui se pose sur elle. Les polémiques actuelles soulignent donc l’importance cruciale de l’enseignement de l’histoire. C’est à l’école que se forgent les clés de compréhension. Les élèves apprennent ainsi à distinguer l’hommage de l’analyse critique. Pour approfondir, tu peux consulter les programmes sur Eduscol.

Un citoyen éclairé doit être capable de regarder une statue de Colbert avec nuance. Il sait qu’il a structuré l’État tout en codifiant l’esclavage. Il comprend pourquoi on a érigé une statue en 1880 et pourquoi elle choque en 2025. Finalement, l’apaisement des mémoires ne passera pas par la destruction des symboles. Il passera par l’élévation du niveau de connaissance historique de la population.

C’est tout l’enjeu des monuments aux morts et autres lieux de mémoire. Ils ne sont pas des points finaux, mais des points de départ pour la réflexion. La République de demain se construira en regardant son passé avec lucidité. Sans haine ni tabou, nous pourrons mieux vivre ensemble au présent.

Infographie prospective montrant deux piliers pour l'avenir : la création de nouveaux monuments reflétant la diversité (dialoguant avec les anciens) et le rôle central de l'éducation scolaire pour former des citoyens à l'esprit critique.
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Ériger de nouvelles figures représentatives de la France actuelle et former des citoyens lucides grâce à l’école : les deux clés pour apaiser les mémoires. 📷 Création pour reviserhistoire.fr

🧠 À retenir sur les polémiques autour des statues

  • Les polémiques opposent la mémoire (ressenti, identité) à l’histoire (science, contexte) dans un espace public hérité du XIXe siècle.
  • Les tensions se concentrent sur l’héritage colonial et esclavagiste (Colbert, Faidherbe) et la sous-représentation des femmes.
  • La France adopte une position spécifique : elle refuse de déboulonner les statues. L’entourage d’Emmanuel Macron suggère plutôt d’élever de nouveaux monuments sur les mêmes lieux pour dialoguer avec les anciens.
  • L’objectif est d’enrichir le patrimoine par la sédimentation. On ajoute de nouveaux symboles (diversité, femmes) sans effacer les traces du passé. Les historiens nomment cela la « sédimentation mémorielle ».

❓ FAQ : Questions fréquentes sur les statues et symboles

🧩 Est-ce illégal de dégrader une statue ?

Oui, absolument. En France, dégrader un bien public (ou privé) est un délit puni par la loi. Cela entraîne des amendes et des peines de prison. Même si la motivation est politique, l’acte reste une infraction pénale qualifiée de vandalisme.

🧩 Pourquoi ne met-on pas toutes les statues controversées dans des musées ?

C’est une solution souvent proposée, mais logistiquement difficile. Le nombre de statues et leur taille posent problème. De plus, pour l’État, cela reviendrait à « cacher » l’histoire. L’idée est plutôt de transformer la rue en musée à ciel ouvert grâce à des explications pédagogiques.

🧩 Qui décide d’installer ou de retirer une statue ?

C’est généralement la municipalité (le maire et le conseil municipal) qui gère l’espace public local. Pour les monuments nationaux ou situés sur des lieux appartenant à l’État, la décision revient au gouvernement (Ministère de la Culture). C’est donc une décision politique.

🧩 Quiz – As-tu bien suivi les débats mémoriels ?

1. Quel événement de 2020 a relancé mondialement le débat sur les statues ?
2. Quelle figure historique est critiquée pour le Code Noir ?
3. Selon le discours d’Emmanuel Macron du 14 juin 2020, quelle ligne le président affiche-t-il à propos des statues contestées ?
4. En Martinique, les statues de quel abolitionniste ont été détruites le 22 mai 2020 ?
5. Que reproche-t-on principalement à Napoléon Ier dans ces débats ?
6. D’après les estimations des associations qui travaillent sur la place des femmes dans l’espace public, quelle est environ la proportion de statues représentant des femmes historiques en France ?
7. Quelle solution est privilégiée par les autorités pour gérer les monuments controversés ?
8. Le général Faidherbe est une figure controversée liée à la colonisation de quel pays ?
9. Qu’appelle-t-on le « Matrimoine » ?
10. Quelle statue a été jetée dans le port de Bristol en Angleterre en 2020 ?
11. Pourquoi le Maréchal Pétain n’a-t-il pas de statue en tant que chef de l’État ?
12. Quelle expression désigne le refus d’effacer les traces de l’histoire ?
13. Le général Gallieni est controversé pour son action à…
14. Quelle femme révolutionnaire a récemment eu un buste à l’Assemblée nationale ?
15. Quelle notion distingue le souvenir affectif de l’étude scientifique du passé ?
16. Qui est Solitude, dont la statue a été inaugurée à Paris ?
17. Quel terme péjoratif est utilisé par les opposants au déboulonnage ?
18. Quelle période historique a vu l’installation massive de statues en France (« statuomanie ») ?
19. À Bordeaux, comment la ville a-t-elle géré les rues aux noms de négriers ?
20. Quel est l’objectif républicain final face à ces mémoires divisées ?
Luc Pitallier
Écrit par Luc Pitallier

Créateur du site reviserhistoire.fr, j’aide les collégiens, les lycéens et les adultes en reprise d’études à progresser sans stress, avec des explications nettes, des exemples concrets et une vraie méthode.
Sur le blog reviserhistoire.fr, tu trouveras des cours complets du programme, des fiches synthèse, des schémas, des cartes et des quiz pour être prêt le jour du contrôle, du brevet, du bac ou d’un concours.

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