đŸ›Ąïž Estado Novo : dĂ©finition et fonctionnement d’une dictature durable

🎯 Pourquoi l’Estado Novo est-il un cas unique en histoire ?

L’Estado Novo, ou « État Nouveau », reste une Ă©nigme politique en Europe occidentale. En effet, ce rĂ©gime autoritaire maintient le Portugal dans une stase politique pendant plus de quatre dĂ©cennies. AntĂłnio de Oliveira Salazar le construit mĂ©thodiquement dĂšs 1933 pour durer. Par consĂ©quent, le pays reste figĂ© dans un conservatisme rigide alors que le continent Ă©volue vers la modernitĂ©. Pourtant, ce systĂšme ne se confond pas avec les totalitarismes classiques du XXe siĂšcle.

D’une part, il ne ressemble pas exactement au nazisme, jugĂ© trop paĂŻen et racialiste par Lisbonne. D’autre part, il se distingue aussi du fascisme italien, notamment dans son rapport Ă  l’Église. Au contraire, l’Estado Novo mĂȘle corporatisme, catholicisme traditionnel et rĂ©pression policiĂšre discrĂšte mais brutale. De plus, Salazar cultive un isolement diplomatique utile pour protĂ©ger son modĂšle. Comprendre ces mĂ©canismes aide Ă  expliquer la survie du rĂ©gime jusqu’à la RĂ©volution des ƒillets. Dans cet article, nous allons donc analyser ses rouages et sa longĂ©vitĂ©.

đŸ—‚ïž Dans cet article, tu vas dĂ©couvrir :

👉 Poursuivons maintenant avec le premier chapitre pour saisir la pensĂ©e politique de Salazar.

🧠 Les piliers idĂ©ologiques de l’Estado Novo

📌 « Dieu, Patrie, Famille » : la morale de l’Estado Novo

La doctrine officielle de l’Estado Novo repose sur une devise trĂšs claire : « Dieu, Patrie, Famille » (Deus, PĂĄtria, FamĂ­lia). D’abord, Salazar prĂ©sente son rĂ©gime comme un rempart moral pour la nation. Ainsi, il prĂ©tend protĂ©ger le Portugal de la « dĂ©cadence » de la modernitĂ© urbaine et libĂ©rale. En effet, il rejette l’agitation des villes et l’industrialisation bruyante. Au contraire, il valorise la ruralitĂ©, la terre et l’ordre social traditionnel.

Ensuite, la rĂ©fĂ©rence Ă  Dieu est centrale dans le discours officiel. Par consĂ©quent, le rĂ©gime rĂ©affirme les valeurs catholiques comme fondement de la morale publique. Il rĂ©agit ainsi contre l’anticlĂ©ricalisme de la PremiĂšre RĂ©publique (1910–1926). Toutefois, l’Estado Novo n’est pas une thĂ©ocratie au sens strict. Il s’agit plutĂŽt d’une alliance solide entre pouvoir politique et Église catholique.

📌 Patrie, Empire et obĂ©issance : l’Estado Novo comme ordre social

Par ailleurs, l’État exalte la Patrie avec une ferveur quasi mystique. Le nationalisme portugais glorifie le passĂ© impĂ©rial et les hĂ©ros maritimes des XVe et XVIe siĂšcles. C’est pourquoi les Grandes DĂ©couvertes deviennent un mythe fondateur intouchable. De plus, le rĂ©gime justifie la possession des colonies comme une mission historique inaliĂ©nable, prĂ©sentĂ©e comme sacrĂ©e.

Enfin, la Famille est prĂ©sentĂ©e comme le socle moral de la sociĂ©tĂ© salazariste. Le pĂšre y exerce une autoritĂ© trĂšs forte sur sa femme et ses enfants. Par consĂ©quent, cette hiĂ©rarchie domestique prĂ©pare Ă  l’obĂ©issance due au chef de l’État. Ainsi, l’ordre social est verrouillĂ© de la base au sommet. Tu trouveras plus de dĂ©tails dans notre article sur le parcours et l’arrivĂ©e au pouvoir de Salazar.

📌 L’anticommunisme : un carburant politique de l’Estado Novo

L’identitĂ© politique de l’Estado Novo se construit largement par opposition Ă  ses ennemis dĂ©clarĂ©s. D’abord, le rĂ©gime se veut antilibĂ©ral et anti-dĂ©mocratique. De plus, il rejette le parlementarisme, jugĂ© bavard et inefficace par les Ă©lites. Surtout, il combat le communisme avec une obsession constante. En effet, Salazar dĂ©teste l’idĂ©e de lutte des classes et l’existence de partis concurrents.

Par consĂ©quent, le pouvoir interdit les partis politiques, de gauche comme de droite. À la place, il impose une structure unique : l’Union Nationale, pensĂ©e comme une organisation verticale de soutien au gouvernement. En outre, la guerre civile espagnole renforce la peur du « pĂ©ril rouge » dĂšs 1936. Ainsi, Salazar se prĂ©sente comme le dĂ©fenseur de l’Occident chrĂ©tien face au marxisme athĂ©e.

Cette posture anticommuniste sĂ©duit durablement des puissances occidentales, mĂȘme dĂ©mocratiques. C’est pourquoi le rĂ©gime survit aprĂšs 1945 malgrĂ© la dĂ©faite des fascismes. Il intĂšgre mĂȘme l’OTAN dĂšs 1949 grĂące Ă  ce positionnement stratĂ©gique. En parallĂšle, l’anticommunisme sert aussi de justification Ă  la rĂ©pression intĂ©rieure. Par consĂ©quent, la police surveille la population pour traquer les « rouges » et dĂ©manteler les rĂ©seaux clandestins.

📌 L’Estado Novo : fascisme ou autoritarisme conservateur ?

Les historiens dĂ©battent encore de la nature exacte de ce rĂ©gime hybride. Est-ce un fascisme Ă  part entiĂšre, comme en Italie ou en Allemagne ? Certes, l’Estado Novo emprunte des mĂ©thodes et une esthĂ©tique au fascisme italien. On y observe aussi des organisations de jeunesse pour encadrer la sociĂ©tĂ©. La Mocidade Portuguesa en est un exemple frappant, avec ses uniformes et ses rituels.

Toutefois, des diffĂ©rences importantes existent. D’abord, Salazar n’est pas un tribun charismatique qui galvanise les foules. Au contraire, c’est un technocrate austĂšre qui gouverne depuis son bureau. De plus, le rĂ©gime ne cherche pas Ă  mobiliser les masses en permanence. Il prĂ©fĂšre les dĂ©politiser pour prĂ©server l’ordre et la stabilitĂ©. On parle donc souvent d’autoritarisme conservateur ou de corporatisme d’État.

NĂ©anmoins, l’absence de totalitarisme « pur » n’empĂȘche pas une dictature dure contre ses opposants. Par consĂ©quent, la violence structurelle ne doit pas ĂȘtre minimisĂ©e. Pour comparer avec d’autres modĂšles, consulte notre dossier sur les rĂ©gimes totalitaires.

📜 La Constitution de l’Estado Novo : une architecture autoritaire

📌 1933 : une façade lĂ©gale pour l’Estado Novo

Salazar institutionnalise son pouvoir en 1933 par une manƓuvre juridique habile. Il fait approuver une nouvelle Constitution lors d’un vote prĂ©sentĂ© comme populaire. Un plĂ©biscite valide le texte avec des chiffres impressionnants. Pourtant, le scrutin est biaisĂ© et manipulĂ© par l’administration. En effet, l’État compte les abstentions comme des votes « oui », ce qui fausse le rĂ©sultat.

Ce texte fonde juridiquement l’Estado Novo et lui donne une apparence de lĂ©gitimitĂ© rĂ©publicaine. En thĂ©orie, le Portugal reste une RĂ©publique avec un PrĂ©sident, une AssemblĂ©e et des tribunaux. Cependant, la rĂ©alitĂ© est trĂšs diffĂ©rente derriĂšre la vitrine. La Constitution affaiblit volontairement le pouvoir lĂ©gislatif. De plus, elle renforce l’exĂ©cutif au profit du PrĂ©sident du Conseil, donc de Salazar.

📌 Des libertĂ©s “sur le papier”, puis neutralisĂ©es

La Constitution garantit formellement des droits individuels (libertĂ©, propriĂ©tĂ©). Toutefois, elle ajoute une restriction dĂ©cisive : des « lois spĂ©ciales » peuvent limiter ces droits au nom de l’ordre public. Par consĂ©quent, l’intĂ©rĂȘt supĂ©rieur de la Nation prime sur les libertĂ©s. Ainsi, le gouvernement vide les droits de leur substance protectrice.

Par exemple, la libertĂ© d’expression existe sur le papier. Cependant, un dispositif impose rapidement la censure prĂ©alable pour la presse et l’édition. C’est un paradoxe central : tout semble lĂ©gal, mais rien n’est libre. En outre, cette logique permet d’habiller la dictature d’une forme procĂ©duriĂšre et “juridique”, typique du salazarisme.

📌 Un parlement de l’Estado Novo sans pouvoir rĂ©el

Le pouvoir lĂ©gislatif comprend officiellement deux chambres. D’un cĂŽtĂ©, l’AssemblĂ©e Nationale vote les lois et le budget. Ses dĂ©putĂ©s sont Ă©lus sur des listes uniques et bloquĂ©es. Or, l’Union Nationale propose seule les candidats, sans concurrence. Par consĂ©quent, l’AssemblĂ©e soutient toujours le gouvernement et ne contrĂŽle pas les ministres.

De plus, elle se rĂ©unit peu, quelques mois par an. Salazar mĂ©prise les dĂ©bats parlementaires qu’il juge stĂ©riles. Ainsi, l’AssemblĂ©e devient une chambre d’enregistrement, utile surtout pour donner l’illusion d’une vie institutionnelle normale. En revanche, les dĂ©cisions stratĂ©giques se prennent ailleurs, au sommet de l’exĂ©cutif.

📌 La Chambre Corporative : une reprĂ©sentation “organique”

Le rĂ©gime crĂ©e aussi une Chambre Corporative, inspirĂ©e du corporatisme italien. Elle ne reprĂ©sente pas les citoyens comme individus votants. Au contraire, elle rassemble des « corps sociaux » : municipalitĂ©s, familles, associations, universitĂ©s et Église. Surtout, elle inclut des corporations Ă©conomiques encadrĂ©es par l’État.

Son rĂŽle reste toutefois consultatif. Elle conseille le gouvernement sur des dossiers Ă©conomiques et sociaux, sans pouvoir rĂ©el de dĂ©cision. Par consĂ©quent, le corporatisme remplace la politique partisane par la “technique” administrative. Ainsi, le rĂ©gime prĂ©tend dĂ©passer la dĂ©mocratie libĂ©rale, tout en verrouillant la reprĂ©sentation.

📌 L’exĂ©cutif de l’Estado Novo : la domination de Salazar

Au sommet de l’État, une dyarchie apparente existe entre le PrĂ©sident de la RĂ©publique et le PrĂ©sident du Conseil. En thĂ©orie, le PrĂ©sident possĂšde un pouvoir important. Le gĂ©nĂ©ral Óscar Carmona occupe ce poste longtemps (1926–1951) et peut nommer ou rĂ©voquer le chef du gouvernement. Cependant, Salazar dĂ©tient la rĂ©alitĂ© du pouvoir au quotidien.

Dans les faits, Salazar dirige depuis Lisbonne, contrĂŽle les nominations, supervise les finances et pĂšse sur la diplomatie. De plus, il gouverne souvent par dĂ©crets-lois, ce qui contourne l’AssemblĂ©e. Ainsi, il Ă©vite le dĂ©bat public et verrouille les contestations. Pour suivre l’évolution de ce pouvoir, lis notre article Salazar et l’Estado Novo.

⚙ L’organisation corporatiste de l’Estado Novo

📌 1933 : le Statut du Travail National et la fin de la lutte des classes

Le corporatisme structure l’économie et la sociĂ©tĂ© de l’Estado Novo. Salazar s’inspire notamment de la doctrine sociale de l’Église (encyclique Rerum Novarum). Il publie le Statut du Travail National dĂšs 1933 pour encadrer les relations sociales. Ce texte interdit la lutte des classes, jugĂ©e destructrice pour la cohĂ©sion nationale.

Par consĂ©quent, le rĂ©gime impose une collaboration de classes obligatoire entre capital et travail, sous arbitrage de l’État. Dans le mĂȘme mouvement, il dissout les syndicats libres et interdit les grĂšves, considĂ©rĂ©es comme un crime. De plus, des partis ouvriers sont neutralisĂ©s et le PCP passe dans la clandestinitĂ©. Ainsi, la contestation sociale est Ă©touffĂ©e Ă  la racine au nom de l’ordre.

📌 GrĂ©mios, syndicats nationaux et contrĂŽle social

La sociĂ©tĂ© est organisĂ©e en corporations verticales par secteur. Les patrons se regroupent dans des GrĂ©mios, tandis que les ouvriers intĂšgrent des Syndicats Nationaux contrĂŽlĂ©s par le pouvoir. L’État valide les statuts, surveille les finances et peut Ă©carter les dirigeants jugĂ©s “insuffisamment loyaux”. En outre, le systĂšme s’étend aux campagnes avec les Casas do Povo et aux communautĂ©s maritimes avec les Maisons des PĂȘcheurs.

Ces institutions gÚrent aussi une prévoyance sociale limitée (retraites, maladie) et organisent des loisirs encadrés. Toutefois, elles deviennent souvent lourdes, bureaucratiques et peu réactives. De plus, les Grémios patronaux dominent le jeu économique face à des syndicats dociles. Ainsi, des monopoles protégés émergent, comme le groupe CUF.

📌 Autarcie, protectionnisme et retard de dĂ©veloppement

L’économie de l’Estado Novo est marquĂ©e par un protectionnisme fort. Salazar cherche l’autarcie afin de limiter la dĂ©pendance extĂ©rieure et la dette. Par consĂ©quent, l’agriculture reçoit une prioritĂ© importante, et l’État encadre aussi l’industrie. Une logique de « conditionnement industriel » impose des autorisations prĂ©alables pour ouvrir de nouvelles usines. Ainsi, l’investissement est contrĂŽlĂ©, mais l’innovation est freinĂ©e.

Le Portugal accumule alors un retard technologique sur plusieurs voisins europĂ©ens. Certes, les finances publiques restent saines grĂące Ă  l’austĂ©ritĂ© budgĂ©taire. NĂ©anmoins, la population demeure pauvre et trĂšs rurale. L’analphabĂ©tisme reste Ă©levĂ© (souvent estimĂ© autour de 40% dans les annĂ©es 1950) et la mortalitĂ© infantile est forte. En somme, la stabilitĂ© est obtenue au prix du dĂ©veloppement social. Tu peux approfondir ces effets dans Ă©conomie sous Salazar.

⛓ Les mĂ©canismes de surveillance et de terreur de l’Estado Novo

📌 La PIDE : surveiller pour intimider

La dictature s’appuie sur une rĂ©pression ciblĂ©e et un renseignement policier dense. La police politique la plus redoutĂ©e est la PIDE (Police Internationale et de DĂ©fense de l’État). Elle succĂšde Ă  la PVDE en 1945 et renforce les mĂ©thodes de contrĂŽle. Elle surveille ouvriers, Ă©tudiants et opposants, notamment grĂące Ă  un rĂ©seau d’indicateurs. Les bufos infiltrent la sociĂ©tĂ©, ce qui installe une mĂ©fiance permanente.

Par consĂ©quent, les citoyens se mĂ©fient de leurs voisins, de leurs collĂšgues et parfois de leurs proches. Ainsi, la peur devient un instrument de gouvernement. On retrouve cette prĂ©sence dans les usines, les universitĂ©s, les cafĂ©s et mĂȘme les transports. En outre, la rumeur suffit souvent Ă  dissuader une prise de parole critique.

📌 Arrestations arbitraires et torture : la face sombre du rĂ©gime

La PIDE dispose aussi de pouvoirs immenses. Elle peut arrĂȘter sans mandat et dĂ©tenir longtemps sans procĂšs au nom des « besoins de l’enquĂȘte ». De plus, la torture est utilisĂ©e lors des interrogatoires, notamment dans les locaux de la rue AntĂłnio Maria Cardoso. Les techniques mentionnĂ©es incluent privation de sommeil, passages Ă  tabac et humiliations. Les militants communistes clandestins sont des cibles frĂ©quentes.

Cette violence ne vise pas seulement Ă  punir. Au contraire, elle sert Ă  briser, Ă  isoler et Ă  dĂ©courager toute organisation. Par consĂ©quent, l’opposition peine Ă  se structurer durablement. Pour mieux comprendre ce systĂšme, lis l’article sur la PIDE et la rĂ©pression.

📌 Le « crayon bleu » : la censure au cƓur de l’Estado Novo

Le régime contrÎle aussi la circulation des idées. Il met en place une censure préalable sur les médias, appelée officiellement « Examen Préalable » (Exame Prévio). Aucun texte ne sort des imprimeries sans autorisation. Les censeurs relisent journaux, livres et affiches, puis interviennent sur les épreuves. Le symbole le plus célÚbre est le crayon bleu, utilisé pour barrer les passages interdits.

Par consĂ©quent, la presse ne critique pas le gouvernement, ne parle pas des grĂšves ni des manifestations Ă©tudiantes. De plus, l’opposition est invisibilisĂ©e. Ainsi, le public est enfermĂ© dans un rĂ©cit officiel rassurant. En outre, certaines catastrophes ou scandales sont minimisĂ©s pour prĂ©server l’image d’un pays “stable”.

📌 Arts, culture, tĂ©lĂ©vision : un contrĂŽle total des imaginaires

Cette censure touche aussi les arts : littĂ©rature, théùtre, essais, cinĂ©ma et, plus tard, tĂ©lĂ©vision (RTP). Des scĂšnes sont coupĂ©es et des Ɠuvres sont interdites pour “immoralitĂ©â€ ou “subversion”. Cependant, des auteurs contournent parfois le contrĂŽle par des doubles sens et des mĂ©taphores. Ainsi, l’expression artistique devient un jeu dangereux d’allusions.

Le pays vit donc dans un isolement intellectuel relatif. De plus, cette chape de plomb dure des décennies, ce qui pÚse sur la vie culturelle. Pour approfondir, consulte censure et propagande sous Salazar.

📌 Tarrafal : prisons politiques et “mort lente”

Le rĂ©gime neutralise ses adversaires par l’enfermement. Au Portugal, des prisons comme Caxias, Peniche ou Aljube servent Ă  la dĂ©tention politique. Cependant, le lieu le plus redoutĂ© est outre-mer : le camp de Tarrafal, au Cap-Vert, sur l’üle de Santiago. SurnommĂ© le « camp de la mort lente », il devient un symbole de la cruautĂ© du rĂ©gime. Des opposants, notamment communistes, y sont envoyĂ©s dĂšs les annĂ©es 1930.

Plus tard, des indĂ©pendantistes africains (Angolais, GuinĂ©ens) y sont aussi enfermĂ©s. Les conditions sont inhumaines : chaleur extrĂȘme, manque d’eau potable, maladies et absence de soins adaptĂ©s. En outre, une cellule de punition, surnommĂ©e la « poĂȘle Ă  frire », accentue la terreur. Par consĂ©quent, Tarrafal sert d’exemple pour intimider ceux restĂ©s en mĂ©tropole. Ainsi, la peur dissuade souvent l’action avant mĂȘme qu’elle ne commence.

📱 La propagande et l’encadrement culturel de l’Estado Novo

📌 AntĂłnio Ferro et la « Politique de l’Esprit »

Salazar consolide aussi son pouvoir par la communication. Il confie la propagande Ă  AntĂłnio Ferro, journaliste cultivĂ©, qui dirige le SecrĂ©tariat Ă  la Propagande Nationale (SPN). Ferro lance la « Politique de l’Esprit » (PolĂ­tica do EspĂ­rito) pour encadrer la culture. L’objectif est clair : promouvoir une identitĂ© nationale traditionnelle, catholique et disciplinĂ©e. Pour cela, il soutient des artistes, finance des spectacles et encourage un folklore “officiel”.

Cependant, l’art doit servir la Nation et l’ordre Ă©tabli. Par consĂ©quent, un Portugal idyllique est mis en scĂšne : paysans heureux, fĂȘtes de village, costumes rĂ©gionaux, paysages bucoliques. Ainsi, le rĂ©gime utilise des moyens modernes (radio, affiches, cinĂ©ma) pour vendre un message archaĂŻque. De plus, cette vitrine rassurante vise aussi l’étranger, notamment les touristes et les chancelleries.

📌 1940 : l’Exposition du Monde Portugais comme vitrine du rĂ©gime

Le sommet de cette politique de prestige se dĂ©roule en 1940 avec l’Exposition du Monde Portugais, organisĂ©e Ă  Lisbonne, Ă  BelĂ©m. L’évĂ©nement cĂ©lĂšbre deux dates du roman national : la fondation du pays (1140) et la restauration de l’indĂ©pendance (1640). Alors que l’Europe est plongĂ©e dans la Seconde Guerre mondiale, Lisbonne se prĂ©sente comme un havre de paix. L’exposition exalte surtout l’Empire colonial et la grandeur lusitanienne.

Des pavillons monumentaux réécrivent l’histoire nationale Ă  la gloire du rĂ©gime. Par consĂ©quent, le passĂ© des DĂ©couvertes sert Ă  lĂ©gitimer le pouvoir prĂ©sent. Ainsi, l’orgueil national est mobilisĂ© pour compenser les difficultĂ©s sociales et la pauvretĂ©. En outre, cette mise en scĂšne contribue Ă  rendre la dictature “acceptable” pour une partie de la population.

📌 Les « Trois F » : divertir pour dĂ©tourner l’attention

Le rĂ©gime encourage aussi des repĂšres culturels populaires pour canaliser les Ă©motions. Le football devient une passion nationale valorisĂ©e par le pouvoir. Le fado est rĂ©cupĂ©rĂ© comme symbole de l’ñme portugaise, tandis que FĂĄtima renforce la dimension religieuse. On parle alors ironiquement des « Trois F » : Fado, FĂĄtima, Football. L’idĂ©e est simple : occuper les esprits pour rĂ©duire l’intĂ©rĂȘt pour la politique.

Par consĂ©quent, une identitĂ© commune est entretenue par des rites et des symboles. Cependant, cette stratĂ©gie ne supprime pas les tensions : elle les masque. Ainsi, le rĂ©gime gagne du temps, mais il ne rĂ©sout pas les causes profondes du malaise social. De plus, l’isolement culturel reste marquĂ©, notamment pour les milieux intellectuels.

📌 L’école et la jeunesse : fabriquer des sujets dociles

L’école devient un outil central d’endoctrinement dĂšs l’enfance. Les manuels sont unifiĂ©s et contrĂŽlĂ©s par le ministĂšre. Ils louent Salazar, prĂ©sentĂ© comme un sauveur providentiel. De plus, l’Empire colonial est glorifiĂ© comme fiertĂ© nationale. Une carte cĂ©lĂšbre insiste sur l’idĂ©e que « le Portugal n’est pas un petit pays » (Portugal nĂŁo Ă© um paĂ­s pequeno), en superposant les colonies Ă  l’Europe.

Les salles de classe affichent le crucifix et le portrait de Salazar. Par consĂ©quent, l’obĂ©issance et la discipline sont inculquĂ©es trĂšs tĂŽt. En outre, la jeunesse est encadrĂ©e hors de l’école : les garçons entrent Ă  la Mocidade Portuguesa, tandis que les filles sont orientĂ©es vers une organisation fĂ©minine axĂ©e sur le foyer. Ainsi, le rĂ©gime façonne des croyants patriotes, supposĂ©s reproduire l’ordre social sans le contester.

⏳ La longĂ©vitĂ© de l’Estado Novo et sa chute

📌 NeutralitĂ©, Guerre froide et protection occidentale

L’Estado Novo survit Ă  la Seconde Guerre mondiale, ce qui est remarquable. Salazar reste officiellement neutre pendant le conflit, ce qui protĂšge le Portugal des combats. D’un cĂŽtĂ©, il vend du tungstĂšne aux nazis. De l’autre, il autorise une base aux AlliĂ©s aux Açores (Lajes) pour l’Atlantique. AprĂšs la guerre, il met surtout en avant son anticommunisme, ce qui s’insĂšre dans la logique de la Guerre froide.

Par consĂ©quent, les dĂ©mocraties occidentales se montrent pragmatiques. Le Portugal devient membre fondateur de l’OTAN en 1949, puis entre Ă  l’ONU en 1955 aprĂšs plusieurs blocages. Ainsi, l’alliance militaire protĂšge la dictature contre des pressions extĂ©rieures trop fortes. Cependant, cette protection ne supprime pas l’opposition interne. Elle la rend simplement plus difficile.

📌 1958 : le choc Humberto Delgado

Une frayeur majeure survient en 1958 lors d’une campagne prĂ©sidentielle tendue. Le gĂ©nĂ©ral Humberto Delgado ose dĂ©fier le candidat officiel. Il promet mĂȘme publiquement de renvoyer Salazar s’il gagne. La foule l’acclame, ce qui rĂ©vĂšle un vrai dĂ©sir de changement. Par consĂ©quent, le rĂ©gime fraude massivement pour verrouiller le rĂ©sultat.

Delgado est contraint Ă  l’exil et sera assassinĂ© par la PIDE en 1965. AprĂšs cet Ă©pisode, le pouvoir supprime l’élection prĂ©sidentielle directe afin d’éviter tout nouveau risque. Ainsi, l’Estado Novo renforce ses verrous institutionnels. De plus, la rĂ©pression continue de neutraliser les opposants, tandis que la propagande tente de maintenir une façade de stabilitĂ©.

📌 Les guerres coloniales : le piùge qui use la dictature

Le rĂ©gime s’enlise Ă  partir de 1961 dans les guerres coloniales. L’insurrection commence en Angola, puis s’étend Ă  la GuinĂ©e-Bissau et au Mozambique (1963–1964). Salazar refuse toute nĂ©gociation et affirme que les colonies sont des provinces portugaises indivisibles. Par consĂ©quent, l’armĂ©e est envoyĂ©e en masse pour mener une guerre sur trois fronts. Le pays s’épuise dans un conflit long, coĂ»teux et politiquement destructeur.

Des milliers de jeunes Portugais fuient la conscription en Ă©migrant, notamment vers la France et l’Allemagne. Le « salto » vide les campagnes et fragilise la sociĂ©tĂ©. De plus, l’ONU condamne l’obstination coloniale, ce qui isole davantage Lisbonne. Ainsi, l’empire devient un fardeau qui mine l’État de l’intĂ©rieur, en particulier l’armĂ©e. Pour approfondir, lis colonies portugaises et crise du rĂ©gime.

📌 1968–1974 : la fin de l’Estado Novo et le 25 avril

Salazar quitte le pouvoir en 1968 aprĂšs un accident et un effondrement physique. Il meurt en 1970 sans revenir aux affaires. Marcelo Caetano lui succĂšde et promet des rĂ©formes prudentes, parfois appelĂ©es « Printemps marceliste ». La censure s’allĂšge lĂ©gĂšrement, et la PIDE devient la DGS. Cependant, le cƓur du systĂšme reste le mĂȘme : la rĂ©pression continue et les “ultras” bloquent les changements profonds.

En parallĂšle, la guerre coloniale n’a pas d’issue militaire claire. Par consĂ©quent, des officiers s’organisent au sein du Mouvement des Forces ArmĂ©es (MFA). Le 25 avril 1974, ils renversent la dictature en quelques heures, presque sans violence. La population soutient le mouvement et offre des Ɠillets rouges aux soldats. Ainsi, la RĂ©volution des ƒillets met fin Ă  48 ans de dictature. L’Estado Novo s’effondre, et la dĂ©mocratie s’installe sur ses ruines.

🧠 À retenir sur l’Estado Novo

  • C’est une dictature durable instaurĂ©e par Salazar en 1933 par une nouvelle Constitution. Elle ne chute qu’en 1974 lors de la RĂ©volution des ƒillets.
  • La devise fondamentale est « Dieu, Patrie, Famille ». Le rĂ©gime est donc conservateur, nationaliste et s’appuie sur l’Église catholique.
  • Le systĂšme Ă©conomique est rigoureusement corporatiste. Il interdit les syndicats libres, les partis politiques et le droit de grĂšve.
  • La rĂ©pression repose sur la police politique (PIDE), la censure (Crayon bleu) et les prisons. La prison de Tarrafal est un symbole de cette terreur.
  • L’Estado Novo s’effondre finalement Ă  cause de l’usure des guerres coloniales en Afrique et de l’incapacitĂ© Ă  se rĂ©former.

❓ FAQ : Questions frĂ©quentes sur l’Estado Novo

đŸ§© Qu’est-ce qui distingue l’Estado Novo du fascisme ?

L’Estado Novo est autoritaire, mais il n’est pas totalement totalitaire comme le nazisme. En effet, il ne cherche pas Ă  mobiliser les foules avec un parti de masse permanent. De plus, Salazar reste un bureaucrate discret, pas un tribun charismatique. Enfin, le rĂ©gime s’appuie davantage sur l’Église catholique traditionnelle que sur une idĂ©ologie rĂ©volutionnaire “nouvelle”.

đŸ§© Comment la censure fonctionnait-elle au quotidien ?

La censure est systĂ©matique et prĂ©alable. Un comitĂ© officiel relit les articles de presse et les livres avant publication. Les censeurs utilisent le « crayon bleu » pour barrer les passages interdits. Par consĂ©quent, rien ne peut critiquer le gouvernement, ses choix politiques ou ses Ă©checs, ce qui verrouille durablement l’espace public.

đŸ§© Pourquoi l’Estado Novo a-t-il durĂ© aussi longtemps ?

Salazar stabilise les finances aprĂšs le chaos de la RĂ©publique, ce qui rassure des Ă©lites. Ensuite, il gĂšre habilement la diplomatie : neutralitĂ©, puis intĂ©gration Ă  l’OTAN. Ainsi, l’Occident ferme souvent les yeux par pragmatisme. Enfin, la rĂ©pression policiĂšre empĂȘche l’opposition de s’organiser durablement.

đŸ§© Quiz – Comprendre l’Estado Novo

1. En quelle annĂ©e la Constitution de l’Estado Novo est-elle adoptĂ©e ?
2. Quelle est la devise officielle de l’Estado Novo ?
3. Quelle police politique servait le régime de Salazar ?
4. Quel systÚme économique caractérise le Portugal de Salazar ?
5. Quel outil symbolise la censure sous l’Estado Novo ?
6. Quel parti unique soutenait l’action du gouvernement ?
7. OĂč se trouvait le camp de concentration de Tarrafal ?
8. Qui succĂšde Ă  Salazar Ă  la tĂȘte de l’État en 1968 ?
9. Quelle exposition a glorifié le régime en 1940 ?
10. Qu’est-ce qui a prĂ©cipitĂ© la fin de la dictature ?
11. Quel était le titre officiel de Salazar ?
12. Quels sont les « Trois F » ironiques du régime ?
13. Quelle alliance militaire le Portugal a-t-il rejointe en 1949 ?
14. Quel gĂ©nĂ©ral d’opposition a dĂ©fiĂ© le pouvoir en 1958 ?
15. Comment s’appelait la jeunesse masculine encadrĂ©e par l’État ?
16. Quelle chambre représentait les métiers et corporations ?
17. Qui a dirigé la propagande et la politique culturelle ?
18. Quel était le statut des grÚves dans le code du travail ?
19. Quelle religion était un pilier du régime ?
20. Quel jour le régime est-il tombé ?
Luc Pitallier
Écrit par Luc Pitallier ‱

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