đŻ Pourquoi lâEstado Novo est-il un cas unique en histoire ?
LâEstado Novo, ou « Ătat Nouveau », reste une Ă©nigme politique en Europe occidentale. En effet, ce rĂ©gime autoritaire maintient le Portugal dans une stase politique pendant plus de quatre dĂ©cennies. AntĂłnio de Oliveira Salazar le construit mĂ©thodiquement dĂšs 1933 pour durer. Par consĂ©quent, le pays reste figĂ© dans un conservatisme rigide alors que le continent Ă©volue vers la modernitĂ©. Pourtant, ce systĂšme ne se confond pas avec les totalitarismes classiques du XXe siĂšcle.
Dâune part, il ne ressemble pas exactement au nazisme, jugĂ© trop paĂŻen et racialiste par Lisbonne. Dâautre part, il se distingue aussi du fascisme italien, notamment dans son rapport Ă lâĂglise. Au contraire, lâEstado Novo mĂȘle corporatisme, catholicisme traditionnel et rĂ©pression policiĂšre discrĂšte mais brutale. De plus, Salazar cultive un isolement diplomatique utile pour protĂ©ger son modĂšle. Comprendre ces mĂ©canismes aide Ă expliquer la survie du rĂ©gime jusquâĂ la RĂ©volution des Ćillets. Dans cet article, nous allons donc analyser ses rouages et sa longĂ©vitĂ©.
đïž Dans cet article, tu vas dĂ©couvrir :
- đ§ Les piliers idĂ©ologiques du salazarisme
- đ Une architecture constitutionnelle autoritaire
- âïž L’organisation corporatiste de la sociĂ©tĂ©
- âïž Les mĂ©canismes de surveillance et de terreur
- đą La propagande et l’encadrement culturel
- ⳠLes facteurs de résilience et la chute
- đ§ Ă retenir
- â FAQ
- đ§© Quiz
đ Poursuivons maintenant avec le premier chapitre pour saisir la pensĂ©e politique de Salazar.
đ§ Les piliers idĂ©ologiques de lâEstado Novo
đ « Dieu, Patrie, Famille » : la morale de lâEstado Novo
La doctrine officielle de lâEstado Novo repose sur une devise trĂšs claire : « Dieu, Patrie, Famille » (Deus, PĂĄtria, FamĂlia). Dâabord, Salazar prĂ©sente son rĂ©gime comme un rempart moral pour la nation. Ainsi, il prĂ©tend protĂ©ger le Portugal de la « dĂ©cadence » de la modernitĂ© urbaine et libĂ©rale. En effet, il rejette lâagitation des villes et lâindustrialisation bruyante. Au contraire, il valorise la ruralitĂ©, la terre et lâordre social traditionnel.
Ensuite, la rĂ©fĂ©rence Ă Dieu est centrale dans le discours officiel. Par consĂ©quent, le rĂ©gime rĂ©affirme les valeurs catholiques comme fondement de la morale publique. Il rĂ©agit ainsi contre lâanticlĂ©ricalisme de la PremiĂšre RĂ©publique (1910â1926). Toutefois, lâEstado Novo nâest pas une thĂ©ocratie au sens strict. Il sâagit plutĂŽt dâune alliance solide entre pouvoir politique et Ăglise catholique.
đ Patrie, Empire et obĂ©issance : lâEstado Novo comme ordre social
Par ailleurs, lâĂtat exalte la Patrie avec une ferveur quasi mystique. Le nationalisme portugais glorifie le passĂ© impĂ©rial et les hĂ©ros maritimes des XVe et XVIe siĂšcles. Câest pourquoi les Grandes DĂ©couvertes deviennent un mythe fondateur intouchable. De plus, le rĂ©gime justifie la possession des colonies comme une mission historique inaliĂ©nable, prĂ©sentĂ©e comme sacrĂ©e.
Enfin, la Famille est prĂ©sentĂ©e comme le socle moral de la sociĂ©tĂ© salazariste. Le pĂšre y exerce une autoritĂ© trĂšs forte sur sa femme et ses enfants. Par consĂ©quent, cette hiĂ©rarchie domestique prĂ©pare Ă lâobĂ©issance due au chef de lâĂtat. Ainsi, lâordre social est verrouillĂ© de la base au sommet. Tu trouveras plus de dĂ©tails dans notre article sur le parcours et l’arrivĂ©e au pouvoir de Salazar.
đ Lâanticommunisme : un carburant politique de lâEstado Novo
LâidentitĂ© politique de lâEstado Novo se construit largement par opposition Ă ses ennemis dĂ©clarĂ©s. Dâabord, le rĂ©gime se veut antilibĂ©ral et anti-dĂ©mocratique. De plus, il rejette le parlementarisme, jugĂ© bavard et inefficace par les Ă©lites. Surtout, il combat le communisme avec une obsession constante. En effet, Salazar dĂ©teste lâidĂ©e de lutte des classes et lâexistence de partis concurrents.
Par consĂ©quent, le pouvoir interdit les partis politiques, de gauche comme de droite. Ă la place, il impose une structure unique : lâUnion Nationale, pensĂ©e comme une organisation verticale de soutien au gouvernement. En outre, la guerre civile espagnole renforce la peur du « pĂ©ril rouge » dĂšs 1936. Ainsi, Salazar se prĂ©sente comme le dĂ©fenseur de lâOccident chrĂ©tien face au marxisme athĂ©e.
Cette posture anticommuniste sĂ©duit durablement des puissances occidentales, mĂȘme dĂ©mocratiques. Câest pourquoi le rĂ©gime survit aprĂšs 1945 malgrĂ© la dĂ©faite des fascismes. Il intĂšgre mĂȘme lâOTAN dĂšs 1949 grĂące Ă ce positionnement stratĂ©gique. En parallĂšle, lâanticommunisme sert aussi de justification Ă la rĂ©pression intĂ©rieure. Par consĂ©quent, la police surveille la population pour traquer les « rouges » et dĂ©manteler les rĂ©seaux clandestins.
đ LâEstado Novo : fascisme ou autoritarisme conservateur ?
Les historiens dĂ©battent encore de la nature exacte de ce rĂ©gime hybride. Est-ce un fascisme Ă part entiĂšre, comme en Italie ou en Allemagne ? Certes, lâEstado Novo emprunte des mĂ©thodes et une esthĂ©tique au fascisme italien. On y observe aussi des organisations de jeunesse pour encadrer la sociĂ©tĂ©. La Mocidade Portuguesa en est un exemple frappant, avec ses uniformes et ses rituels.
Toutefois, des diffĂ©rences importantes existent. Dâabord, Salazar nâest pas un tribun charismatique qui galvanise les foules. Au contraire, câest un technocrate austĂšre qui gouverne depuis son bureau. De plus, le rĂ©gime ne cherche pas Ă mobiliser les masses en permanence. Il prĂ©fĂšre les dĂ©politiser pour prĂ©server lâordre et la stabilitĂ©. On parle donc souvent dâautoritarisme conservateur ou de corporatisme dâĂtat.
NĂ©anmoins, lâabsence de totalitarisme « pur » nâempĂȘche pas une dictature dure contre ses opposants. Par consĂ©quent, la violence structurelle ne doit pas ĂȘtre minimisĂ©e. Pour comparer avec dâautres modĂšles, consulte notre dossier sur les rĂ©gimes totalitaires.
đ La Constitution de lâEstado Novo : une architecture autoritaire
đ 1933 : une façade lĂ©gale pour lâEstado Novo
Salazar institutionnalise son pouvoir en 1933 par une manĆuvre juridique habile. Il fait approuver une nouvelle Constitution lors dâun vote prĂ©sentĂ© comme populaire. Un plĂ©biscite valide le texte avec des chiffres impressionnants. Pourtant, le scrutin est biaisĂ© et manipulĂ© par lâadministration. En effet, lâĂtat compte les abstentions comme des votes « oui », ce qui fausse le rĂ©sultat.
Ce texte fonde juridiquement lâEstado Novo et lui donne une apparence de lĂ©gitimitĂ© rĂ©publicaine. En thĂ©orie, le Portugal reste une RĂ©publique avec un PrĂ©sident, une AssemblĂ©e et des tribunaux. Cependant, la rĂ©alitĂ© est trĂšs diffĂ©rente derriĂšre la vitrine. La Constitution affaiblit volontairement le pouvoir lĂ©gislatif. De plus, elle renforce lâexĂ©cutif au profit du PrĂ©sident du Conseil, donc de Salazar.
đ Des libertĂ©s âsur le papierâ, puis neutralisĂ©es
La Constitution garantit formellement des droits individuels (libertĂ©, propriĂ©tĂ©). Toutefois, elle ajoute une restriction dĂ©cisive : des « lois spĂ©ciales » peuvent limiter ces droits au nom de lâordre public. Par consĂ©quent, lâintĂ©rĂȘt supĂ©rieur de la Nation prime sur les libertĂ©s. Ainsi, le gouvernement vide les droits de leur substance protectrice.
Par exemple, la libertĂ© dâexpression existe sur le papier. Cependant, un dispositif impose rapidement la censure prĂ©alable pour la presse et lâĂ©dition. Câest un paradoxe central : tout semble lĂ©gal, mais rien nâest libre. En outre, cette logique permet dâhabiller la dictature dâune forme procĂ©duriĂšre et âjuridiqueâ, typique du salazarisme.
đ Un parlement de lâEstado Novo sans pouvoir rĂ©el
Le pouvoir lĂ©gislatif comprend officiellement deux chambres. Dâun cĂŽtĂ©, lâAssemblĂ©e Nationale vote les lois et le budget. Ses dĂ©putĂ©s sont Ă©lus sur des listes uniques et bloquĂ©es. Or, lâUnion Nationale propose seule les candidats, sans concurrence. Par consĂ©quent, lâAssemblĂ©e soutient toujours le gouvernement et ne contrĂŽle pas les ministres.
De plus, elle se rĂ©unit peu, quelques mois par an. Salazar mĂ©prise les dĂ©bats parlementaires quâil juge stĂ©riles. Ainsi, lâAssemblĂ©e devient une chambre dâenregistrement, utile surtout pour donner lâillusion dâune vie institutionnelle normale. En revanche, les dĂ©cisions stratĂ©giques se prennent ailleurs, au sommet de lâexĂ©cutif.
đ La Chambre Corporative : une reprĂ©sentation âorganiqueâ
Le rĂ©gime crĂ©e aussi une Chambre Corporative, inspirĂ©e du corporatisme italien. Elle ne reprĂ©sente pas les citoyens comme individus votants. Au contraire, elle rassemble des « corps sociaux » : municipalitĂ©s, familles, associations, universitĂ©s et Ăglise. Surtout, elle inclut des corporations Ă©conomiques encadrĂ©es par lâĂtat.
Son rĂŽle reste toutefois consultatif. Elle conseille le gouvernement sur des dossiers Ă©conomiques et sociaux, sans pouvoir rĂ©el de dĂ©cision. Par consĂ©quent, le corporatisme remplace la politique partisane par la âtechniqueâ administrative. Ainsi, le rĂ©gime prĂ©tend dĂ©passer la dĂ©mocratie libĂ©rale, tout en verrouillant la reprĂ©sentation.
đ LâexĂ©cutif de lâEstado Novo : la domination de Salazar
Au sommet de lâĂtat, une dyarchie apparente existe entre le PrĂ©sident de la RĂ©publique et le PrĂ©sident du Conseil. En thĂ©orie, le PrĂ©sident possĂšde un pouvoir important. Le gĂ©nĂ©ral Ăscar Carmona occupe ce poste longtemps (1926â1951) et peut nommer ou rĂ©voquer le chef du gouvernement. Cependant, Salazar dĂ©tient la rĂ©alitĂ© du pouvoir au quotidien.
Dans les faits, Salazar dirige depuis Lisbonne, contrĂŽle les nominations, supervise les finances et pĂšse sur la diplomatie. De plus, il gouverne souvent par dĂ©crets-lois, ce qui contourne lâAssemblĂ©e. Ainsi, il Ă©vite le dĂ©bat public et verrouille les contestations. Pour suivre lâĂ©volution de ce pouvoir, lis notre article Salazar et lâEstado Novo.
âïž Lâorganisation corporatiste de lâEstado Novo
đ 1933 : le Statut du Travail National et la fin de la lutte des classes
Le corporatisme structure lâĂ©conomie et la sociĂ©tĂ© de lâEstado Novo. Salazar sâinspire notamment de la doctrine sociale de lâĂglise (encyclique Rerum Novarum). Il publie le Statut du Travail National dĂšs 1933 pour encadrer les relations sociales. Ce texte interdit la lutte des classes, jugĂ©e destructrice pour la cohĂ©sion nationale.
Par consĂ©quent, le rĂ©gime impose une collaboration de classes obligatoire entre capital et travail, sous arbitrage de lâĂtat. Dans le mĂȘme mouvement, il dissout les syndicats libres et interdit les grĂšves, considĂ©rĂ©es comme un crime. De plus, des partis ouvriers sont neutralisĂ©s et le PCP passe dans la clandestinitĂ©. Ainsi, la contestation sociale est Ă©touffĂ©e Ă la racine au nom de lâordre.
đ GrĂ©mios, syndicats nationaux et contrĂŽle social
La sociĂ©tĂ© est organisĂ©e en corporations verticales par secteur. Les patrons se regroupent dans des GrĂ©mios, tandis que les ouvriers intĂšgrent des Syndicats Nationaux contrĂŽlĂ©s par le pouvoir. LâĂtat valide les statuts, surveille les finances et peut Ă©carter les dirigeants jugĂ©s âinsuffisamment loyauxâ. En outre, le systĂšme sâĂ©tend aux campagnes avec les Casas do Povo et aux communautĂ©s maritimes avec les Maisons des PĂȘcheurs.
Ces institutions gÚrent aussi une prévoyance sociale limitée (retraites, maladie) et organisent des loisirs encadrés. Toutefois, elles deviennent souvent lourdes, bureaucratiques et peu réactives. De plus, les Grémios patronaux dominent le jeu économique face à des syndicats dociles. Ainsi, des monopoles protégés émergent, comme le groupe CUF.
đ Autarcie, protectionnisme et retard de dĂ©veloppement
LâĂ©conomie de lâEstado Novo est marquĂ©e par un protectionnisme fort. Salazar cherche lâautarcie afin de limiter la dĂ©pendance extĂ©rieure et la dette. Par consĂ©quent, lâagriculture reçoit une prioritĂ© importante, et lâĂtat encadre aussi lâindustrie. Une logique de « conditionnement industriel » impose des autorisations prĂ©alables pour ouvrir de nouvelles usines. Ainsi, lâinvestissement est contrĂŽlĂ©, mais lâinnovation est freinĂ©e.
Le Portugal accumule alors un retard technologique sur plusieurs voisins europĂ©ens. Certes, les finances publiques restent saines grĂące Ă lâaustĂ©ritĂ© budgĂ©taire. NĂ©anmoins, la population demeure pauvre et trĂšs rurale. LâanalphabĂ©tisme reste Ă©levĂ© (souvent estimĂ© autour de 40% dans les annĂ©es 1950) et la mortalitĂ© infantile est forte. En somme, la stabilitĂ© est obtenue au prix du dĂ©veloppement social. Tu peux approfondir ces effets dans Ă©conomie sous Salazar.
âïž Les mĂ©canismes de surveillance et de terreur de lâEstado Novo
đ La PIDE : surveiller pour intimider
La dictature sâappuie sur une rĂ©pression ciblĂ©e et un renseignement policier dense. La police politique la plus redoutĂ©e est la PIDE (Police Internationale et de DĂ©fense de lâĂtat). Elle succĂšde Ă la PVDE en 1945 et renforce les mĂ©thodes de contrĂŽle. Elle surveille ouvriers, Ă©tudiants et opposants, notamment grĂące Ă un rĂ©seau dâindicateurs. Les bufos infiltrent la sociĂ©tĂ©, ce qui installe une mĂ©fiance permanente.
Par consĂ©quent, les citoyens se mĂ©fient de leurs voisins, de leurs collĂšgues et parfois de leurs proches. Ainsi, la peur devient un instrument de gouvernement. On retrouve cette prĂ©sence dans les usines, les universitĂ©s, les cafĂ©s et mĂȘme les transports. En outre, la rumeur suffit souvent Ă dissuader une prise de parole critique.
đ Arrestations arbitraires et torture : la face sombre du rĂ©gime
La PIDE dispose aussi de pouvoirs immenses. Elle peut arrĂȘter sans mandat et dĂ©tenir longtemps sans procĂšs au nom des « besoins de lâenquĂȘte ». De plus, la torture est utilisĂ©e lors des interrogatoires, notamment dans les locaux de la rue AntĂłnio Maria Cardoso. Les techniques mentionnĂ©es incluent privation de sommeil, passages Ă tabac et humiliations. Les militants communistes clandestins sont des cibles frĂ©quentes.
Cette violence ne vise pas seulement Ă punir. Au contraire, elle sert Ă briser, Ă isoler et Ă dĂ©courager toute organisation. Par consĂ©quent, lâopposition peine Ă se structurer durablement. Pour mieux comprendre ce systĂšme, lis lâarticle sur la PIDE et la rĂ©pression.
đ Le « crayon bleu » : la censure au cĆur de lâEstado Novo
Le régime contrÎle aussi la circulation des idées. Il met en place une censure préalable sur les médias, appelée officiellement « Examen Préalable » (Exame Prévio). Aucun texte ne sort des imprimeries sans autorisation. Les censeurs relisent journaux, livres et affiches, puis interviennent sur les épreuves. Le symbole le plus célÚbre est le crayon bleu, utilisé pour barrer les passages interdits.
Par consĂ©quent, la presse ne critique pas le gouvernement, ne parle pas des grĂšves ni des manifestations Ă©tudiantes. De plus, lâopposition est invisibilisĂ©e. Ainsi, le public est enfermĂ© dans un rĂ©cit officiel rassurant. En outre, certaines catastrophes ou scandales sont minimisĂ©s pour prĂ©server lâimage dâun pays âstableâ.
đ Arts, culture, tĂ©lĂ©vision : un contrĂŽle total des imaginaires
Cette censure touche aussi les arts : littĂ©rature, théùtre, essais, cinĂ©ma et, plus tard, tĂ©lĂ©vision (RTP). Des scĂšnes sont coupĂ©es et des Ćuvres sont interdites pour âimmoralitĂ©â ou âsubversionâ. Cependant, des auteurs contournent parfois le contrĂŽle par des doubles sens et des mĂ©taphores. Ainsi, lâexpression artistique devient un jeu dangereux dâallusions.
Le pays vit donc dans un isolement intellectuel relatif. De plus, cette chape de plomb dure des décennies, ce qui pÚse sur la vie culturelle. Pour approfondir, consulte censure et propagande sous Salazar.
đ Tarrafal : prisons politiques et âmort lenteâ
Le rĂ©gime neutralise ses adversaires par lâenfermement. Au Portugal, des prisons comme Caxias, Peniche ou Aljube servent Ă la dĂ©tention politique. Cependant, le lieu le plus redoutĂ© est outre-mer : le camp de Tarrafal, au Cap-Vert, sur lâĂźle de Santiago. SurnommĂ© le « camp de la mort lente », il devient un symbole de la cruautĂ© du rĂ©gime. Des opposants, notamment communistes, y sont envoyĂ©s dĂšs les annĂ©es 1930.
Plus tard, des indĂ©pendantistes africains (Angolais, GuinĂ©ens) y sont aussi enfermĂ©s. Les conditions sont inhumaines : chaleur extrĂȘme, manque dâeau potable, maladies et absence de soins adaptĂ©s. En outre, une cellule de punition, surnommĂ©e la « poĂȘle Ă frire », accentue la terreur. Par consĂ©quent, Tarrafal sert dâexemple pour intimider ceux restĂ©s en mĂ©tropole. Ainsi, la peur dissuade souvent lâaction avant mĂȘme quâelle ne commence.
đą La propagande et lâencadrement culturel de lâEstado Novo
đ AntĂłnio Ferro et la « Politique de lâEsprit »
Salazar consolide aussi son pouvoir par la communication. Il confie la propagande Ă AntĂłnio Ferro, journaliste cultivĂ©, qui dirige le SecrĂ©tariat Ă la Propagande Nationale (SPN). Ferro lance la « Politique de lâEsprit » (PolĂtica do EspĂrito) pour encadrer la culture. Lâobjectif est clair : promouvoir une identitĂ© nationale traditionnelle, catholique et disciplinĂ©e. Pour cela, il soutient des artistes, finance des spectacles et encourage un folklore âofficielâ.
Cependant, lâart doit servir la Nation et lâordre Ă©tabli. Par consĂ©quent, un Portugal idyllique est mis en scĂšne : paysans heureux, fĂȘtes de village, costumes rĂ©gionaux, paysages bucoliques. Ainsi, le rĂ©gime utilise des moyens modernes (radio, affiches, cinĂ©ma) pour vendre un message archaĂŻque. De plus, cette vitrine rassurante vise aussi lâĂ©tranger, notamment les touristes et les chancelleries.
đ 1940 : lâExposition du Monde Portugais comme vitrine du rĂ©gime
Le sommet de cette politique de prestige se dĂ©roule en 1940 avec lâExposition du Monde Portugais, organisĂ©e Ă Lisbonne, Ă BelĂ©m. LâĂ©vĂ©nement cĂ©lĂšbre deux dates du roman national : la fondation du pays (1140) et la restauration de lâindĂ©pendance (1640). Alors que lâEurope est plongĂ©e dans la Seconde Guerre mondiale, Lisbonne se prĂ©sente comme un havre de paix. Lâexposition exalte surtout lâEmpire colonial et la grandeur lusitanienne.
Des pavillons monumentaux réécrivent lâhistoire nationale Ă la gloire du rĂ©gime. Par consĂ©quent, le passĂ© des DĂ©couvertes sert Ă lĂ©gitimer le pouvoir prĂ©sent. Ainsi, lâorgueil national est mobilisĂ© pour compenser les difficultĂ©s sociales et la pauvretĂ©. En outre, cette mise en scĂšne contribue Ă rendre la dictature âacceptableâ pour une partie de la population.
đ Les « Trois F » : divertir pour dĂ©tourner lâattention
Le rĂ©gime encourage aussi des repĂšres culturels populaires pour canaliser les Ă©motions. Le football devient une passion nationale valorisĂ©e par le pouvoir. Le fado est rĂ©cupĂ©rĂ© comme symbole de lâĂąme portugaise, tandis que FĂĄtima renforce la dimension religieuse. On parle alors ironiquement des « Trois F » : Fado, FĂĄtima, Football. LâidĂ©e est simple : occuper les esprits pour rĂ©duire lâintĂ©rĂȘt pour la politique.
Par consĂ©quent, une identitĂ© commune est entretenue par des rites et des symboles. Cependant, cette stratĂ©gie ne supprime pas les tensions : elle les masque. Ainsi, le rĂ©gime gagne du temps, mais il ne rĂ©sout pas les causes profondes du malaise social. De plus, lâisolement culturel reste marquĂ©, notamment pour les milieux intellectuels.
đ LâĂ©cole et la jeunesse : fabriquer des sujets dociles
LâĂ©cole devient un outil central dâendoctrinement dĂšs lâenfance. Les manuels sont unifiĂ©s et contrĂŽlĂ©s par le ministĂšre. Ils louent Salazar, prĂ©sentĂ© comme un sauveur providentiel. De plus, lâEmpire colonial est glorifiĂ© comme fiertĂ© nationale. Une carte cĂ©lĂšbre insiste sur lâidĂ©e que « le Portugal nâest pas un petit pays » (Portugal nĂŁo Ă© um paĂs pequeno), en superposant les colonies Ă lâEurope.
Les salles de classe affichent le crucifix et le portrait de Salazar. Par consĂ©quent, lâobĂ©issance et la discipline sont inculquĂ©es trĂšs tĂŽt. En outre, la jeunesse est encadrĂ©e hors de lâĂ©cole : les garçons entrent Ă la Mocidade Portuguesa, tandis que les filles sont orientĂ©es vers une organisation fĂ©minine axĂ©e sur le foyer. Ainsi, le rĂ©gime façonne des croyants patriotes, supposĂ©s reproduire lâordre social sans le contester.
âł La longĂ©vitĂ© de lâEstado Novo et sa chute
đ NeutralitĂ©, Guerre froide et protection occidentale
LâEstado Novo survit Ă la Seconde Guerre mondiale, ce qui est remarquable. Salazar reste officiellement neutre pendant le conflit, ce qui protĂšge le Portugal des combats. Dâun cĂŽtĂ©, il vend du tungstĂšne aux nazis. De lâautre, il autorise une base aux AlliĂ©s aux Açores (Lajes) pour lâAtlantique. AprĂšs la guerre, il met surtout en avant son anticommunisme, ce qui sâinsĂšre dans la logique de la Guerre froide.
Par consĂ©quent, les dĂ©mocraties occidentales se montrent pragmatiques. Le Portugal devient membre fondateur de lâOTAN en 1949, puis entre Ă lâONU en 1955 aprĂšs plusieurs blocages. Ainsi, lâalliance militaire protĂšge la dictature contre des pressions extĂ©rieures trop fortes. Cependant, cette protection ne supprime pas lâopposition interne. Elle la rend simplement plus difficile.
đ 1958 : le choc Humberto Delgado
Une frayeur majeure survient en 1958 lors dâune campagne prĂ©sidentielle tendue. Le gĂ©nĂ©ral Humberto Delgado ose dĂ©fier le candidat officiel. Il promet mĂȘme publiquement de renvoyer Salazar sâil gagne. La foule lâacclame, ce qui rĂ©vĂšle un vrai dĂ©sir de changement. Par consĂ©quent, le rĂ©gime fraude massivement pour verrouiller le rĂ©sultat.
Delgado est contraint Ă lâexil et sera assassinĂ© par la PIDE en 1965. AprĂšs cet Ă©pisode, le pouvoir supprime lâĂ©lection prĂ©sidentielle directe afin dâĂ©viter tout nouveau risque. Ainsi, lâEstado Novo renforce ses verrous institutionnels. De plus, la rĂ©pression continue de neutraliser les opposants, tandis que la propagande tente de maintenir une façade de stabilitĂ©.
đ Les guerres coloniales : le piĂšge qui use la dictature
Le rĂ©gime sâenlise Ă partir de 1961 dans les guerres coloniales. Lâinsurrection commence en Angola, puis sâĂ©tend Ă la GuinĂ©e-Bissau et au Mozambique (1963â1964). Salazar refuse toute nĂ©gociation et affirme que les colonies sont des provinces portugaises indivisibles. Par consĂ©quent, lâarmĂ©e est envoyĂ©e en masse pour mener une guerre sur trois fronts. Le pays sâĂ©puise dans un conflit long, coĂ»teux et politiquement destructeur.
Des milliers de jeunes Portugais fuient la conscription en Ă©migrant, notamment vers la France et lâAllemagne. Le « salto » vide les campagnes et fragilise la sociĂ©tĂ©. De plus, lâONU condamne lâobstination coloniale, ce qui isole davantage Lisbonne. Ainsi, lâempire devient un fardeau qui mine lâĂtat de lâintĂ©rieur, en particulier lâarmĂ©e. Pour approfondir, lis colonies portugaises et crise du rĂ©gime.
đ 1968â1974 : la fin de lâEstado Novo et le 25 avril
Salazar quitte le pouvoir en 1968 aprĂšs un accident et un effondrement physique. Il meurt en 1970 sans revenir aux affaires. Marcelo Caetano lui succĂšde et promet des rĂ©formes prudentes, parfois appelĂ©es « Printemps marceliste ». La censure sâallĂšge lĂ©gĂšrement, et la PIDE devient la DGS. Cependant, le cĆur du systĂšme reste le mĂȘme : la rĂ©pression continue et les âultrasâ bloquent les changements profonds.
En parallĂšle, la guerre coloniale nâa pas dâissue militaire claire. Par consĂ©quent, des officiers sâorganisent au sein du Mouvement des Forces ArmĂ©es (MFA). Le 25 avril 1974, ils renversent la dictature en quelques heures, presque sans violence. La population soutient le mouvement et offre des Ćillets rouges aux soldats. Ainsi, la RĂ©volution des Ćillets met fin Ă 48 ans de dictature. LâEstado Novo sâeffondre, et la dĂ©mocratie sâinstalle sur ses ruines.
đ§ Ă retenir sur lâEstado Novo
- Câest une dictature durable instaurĂ©e par Salazar en 1933 par une nouvelle Constitution. Elle ne chute qu’en 1974 lors de la RĂ©volution des Ćillets.
- La devise fondamentale est « Dieu, Patrie, Famille ». Le rĂ©gime est donc conservateur, nationaliste et s’appuie sur l’Ăglise catholique.
- Le systÚme économique est rigoureusement corporatiste. Il interdit les syndicats libres, les partis politiques et le droit de grÚve.
- La répression repose sur la police politique (PIDE), la censure (Crayon bleu) et les prisons. La prison de Tarrafal est un symbole de cette terreur.
- LâEstado Novo s’effondre finalement Ă cause de l’usure des guerres coloniales en Afrique et de l’incapacitĂ© Ă se rĂ©former.
â FAQ : Questions frĂ©quentes sur lâEstado Novo
đ§© Qu’est-ce qui distingue l’Estado Novo du fascisme ?
LâEstado Novo est autoritaire, mais il nâest pas totalement totalitaire comme le nazisme. En effet, il ne cherche pas Ă mobiliser les foules avec un parti de masse permanent. De plus, Salazar reste un bureaucrate discret, pas un tribun charismatique. Enfin, le rĂ©gime sâappuie davantage sur lâĂglise catholique traditionnelle que sur une idĂ©ologie rĂ©volutionnaire ânouvelleâ.
đ§© Comment la censure fonctionnait-elle au quotidien ?
La censure est systĂ©matique et prĂ©alable. Un comitĂ© officiel relit les articles de presse et les livres avant publication. Les censeurs utilisent le « crayon bleu » pour barrer les passages interdits. Par consĂ©quent, rien ne peut critiquer le gouvernement, ses choix politiques ou ses Ă©checs, ce qui verrouille durablement lâespace public.
đ§© Pourquoi l’Estado Novo a-t-il durĂ© aussi longtemps ?
Salazar stabilise les finances aprĂšs le chaos de la RĂ©publique, ce qui rassure des Ă©lites. Ensuite, il gĂšre habilement la diplomatie : neutralitĂ©, puis intĂ©gration Ă lâOTAN. Ainsi, lâOccident ferme souvent les yeux par pragmatisme. Enfin, la rĂ©pression policiĂšre empĂȘche lâopposition de sâorganiser durablement.
