đŻ Pourquoi l'Union politique et souverainetĂ© est-elle un sujet clĂ© ?
La question de l'Union politique et souverainetĂ© est sans doute le fil rouge le plus complexe et le plus passionnant de toute l'histoire europĂ©enne depuis 1945. C'est une histoire de tension permanente entre la volontĂ© de s'unir pour peser face aux gĂ©ants mondiaux et la peur lĂ©gitime des Ătats de perdre leur libertĂ© de dĂ©cision. Comprendre cette dynamique est essentiel pour saisir pourquoi l'Europe avance souvent par crises successives et pourquoi elle reste un objet politique non identifiĂ©, unique au monde.
đ Poursuivons avec le premier chapitre pour bien comprendre le contexte de ce thĂšme.
đ± Les racines de l'ambiguĂŻtĂ© politique (1950-1980)
đ L'Ă©conomie comme levier, la politique comme horizon
DÚs le départ, les pÚres fondateurs de l'Europe savaient que l'objectif ultime était politique, mais ils ont choisi un chemin détourné : l'économie. C'est la fameuse méthode des "petits pas" de Jean Monnet et Robert Schuman. En mettant en commun le charbon et l'acier avec la CECA et les fondements économiques de la construction, ils espéraient créer des "solidarités de fait". L'idée était simple : en liant les économies, la guerre deviendrait impossible et l'union politique suivrait mécaniquement. Pourtant, cette approche fonctionnaliste masquait déjà une divergence de fond sur la souveraineté nationale.
Certains pays, comme la France ou le Benelux, envisageaient Ă terme une forme de fĂ©dĂ©ralisme, tandis que d'autres restaient trĂšs attachĂ©s Ă la simple coopĂ©ration intergouvernementale. Cette tension originelle n'a jamais totalement disparu. DĂšs les annĂ©es 1950, la question de savoir jusqu'oĂč les Ătats Ă©taient prĂȘts Ă cĂ©der leur pouvoir rĂ©galien (armĂ©e, diplomatie, justice) s'est posĂ©e avec acuitĂ©. L'Ă©conomie a avancĂ© vite, mais le politique a piĂ©tinĂ©, car toucher Ă la souverainetĂ©, c'est toucher au cĆur mĂȘme de l'existence d'un Ătat.
Il est crucial de noter que le terme "fédéral" a souvent été soigneusement évité dans les traités officiels pour ne pas effrayer les opinions publiques. On préférait parler d'intégration ou de communauté. Cette sémantique prudente montre bien à quel point le sujet de l'Union politique et souveraineté était explosif dÚs le début. L'Europe s'est donc construite sur une ambiguïté constructive : avancer vers l'union sans jamais définir précisément la destination finale.
đ L'Ă©chec de la CED : la premiĂšre gifle Ă l'intĂ©gration politique
L'exemple le plus frappant de cette difficulté initiale est l'échec de la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954. Alors que la guerre froide battait son plein, il a été proposé de créer une armée européenne intégrée, ce qui aurait impliqué une autorité politique commune pour la diriger. C'était un saut fédéral immense, bien plus audacieux que le marché commun.
Cependant, le rejet de ce traitĂ© par le Parlement français a marquĂ© un coup d'arrĂȘt brutal. Les dĂ©putĂ©s gaullistes et communistes ont refusĂ© ce qu'ils considĂ©raient comme une perte inacceptable de souverainetĂ© nationale au profit d'une entitĂ© supranationale, de surcroĂźt sous influence amĂ©ricaine. Cet Ă©chec a traumatisĂ© les partisans de l'Europe politique pendant des dĂ©cennies. Il a prouvĂ© que les peuples et leurs reprĂ©sentants n'Ă©taient pas prĂȘts Ă abandonner les attributs rĂ©galiens de l'Ătat.
La leçon tirée de la CED a été claire : pour relancer la machine, il fallait revenir à l'économie. C'est ce qui a conduit aux traités fondateurs de Rome en 1957. L'intégration politique a été mise au frigo, et l'Europe s'est concentrée sur la construction d'un grand marché, laissant la question de la souveraineté politique en suspens pour des temps meilleurs.
đ De Gaulle et la vision de l'Europe des Patries
Le retour au pouvoir du gĂ©nĂ©ral de Gaulle en 1958 a marquĂ© une pĂ©riode oĂč la souverainetĂ© nationale a Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ©e avec force. Pour de Gaulle, l'Europe devait ĂȘtre un levier de puissance pour la France, et non une structure qui dissoudrait la nation. Il dĂ©fendait une "Europe des Ătats", refusant tout glissement vers le supranationalisme oĂč des technocrates dĂ©cideraient Ă la place des gouvernements Ă©lus.
Cette vision s'est concrĂ©tisĂ©e lors de la "crise de la chaise vide" en 1965. De Gaulle a paralysĂ© les institutions europĂ©ennes pendant six mois pour protester contre le passage au vote Ă la majoritĂ© qualifiĂ©e (qui aurait permis de mettre la France en minoritĂ©) et contre le renforcement des pouvoirs de la Commission et du Parlement. Le compromis de Luxembourg qui en a rĂ©sultĂ© a instaurĂ© un droit de veto de facto pour les intĂ©rĂȘts vitaux nationaux. C'Ă©tait une victoire Ă©clatante de la souverainetĂ© Ă©tatique sur l'intĂ©gration communautaire.
NĂ©anmoins, mĂȘme sous de Gaulle, l'intĂ©gration a progressĂ© techniquement. Mais politiquement, le verrouillage Ă©tait clair : l'Europe ne serait pas une fĂ©dĂ©ration tant que la France s'y opposerait. Cette pĂ©riode illustre parfaitement la dialectique entre Union politique et souverainetĂ© : une coopĂ©ration Ă©conomique qui s'approfondit, mais une vigilance jalouse sur l'indĂ©pendance politique.
đ Le tournant de Maastricht et la monnaie unique
đ 1992 : Le saut fĂ©dĂ©ral masquĂ©
La chute du Mur de Berlin en 1989 a bouleversé la donne géopolitique et a relancé l'urgence de l'intégration politique. Pour ancrer l'Allemagne réunifiée à l'Ouest, la France de François Mitterrand et l'Allemagne d'Helmut Kohl ont poussé pour une accélération majeure. Le traité de Maastricht, signé en 1992, est l'acte de naissance officiel de l'Union européenne (qui remplace la CEE).
Ce traitĂ© introduit une structure en "piliers" qui tente de concilier les deux visions. Le premier pilier (Ă©conomique) fonctionne de maniĂšre supranationale (la Commission dĂ©cide beaucoup). Mais les deux nouveaux piliers, la Politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune (PESC) et la Justice et Affaires intĂ©rieures (JAI), restent intergouvernementaux. Cela signifie que sur ces sujets rĂ©galiens, les Ătats gardent leur souverainetĂ© et doivent dĂ©cider Ă l'unanimitĂ©. C'est un compromis complexe pour avancer vers une Union politique et souverainetĂ© partagĂ©e sans brusquer les nations.
Maastricht crĂ©e aussi la citoyennetĂ© europĂ©enne. C'est une rĂ©volution symbolique : on peut dĂ©sormais voter aux Ă©lections municipales et europĂ©ennes dans un autre pays membre. Cela superpose une couche d'appartenance europĂ©enne Ă l'appartenance nationale, sans la remplacer. C'est la premiĂšre fois que l'Europe touche directement au lien politique entre l'individu et l'Ătat.
đ L'Euro : un abandon majeur de souverainetĂ©
L'aspect le plus radical de Maastricht est sans conteste la dĂ©cision de crĂ©er une monnaie unique, l'euro. Battre monnaie est historiquement l'un des privilĂšges absolus du souverain. En acceptant de transfĂ©rer cette compĂ©tence Ă la Banque Centrale EuropĂ©enne (BCE), basĂ©e Ă Francfort, les Ătats de la zone euro ont acceptĂ© une perte de souverainetĂ© Ă©conomique colossale. Ils ne peuvent plus dĂ©valuer leur monnaie pour gagner en compĂ©titivitĂ© ni fixer leurs propres taux d'intĂ©rĂȘt.
Cet abandon a Ă©tĂ© consenti au nom de l'efficacitĂ© Ă©conomique et de la stabilitĂ© politique. On pensait que la monnaie unique forcerait les Ă©conomies Ă converger et entraĂźnerait inĂ©vitablement une union budgĂ©taire et politique plus poussĂ©e. On appelait cela la thĂ©orie du "couronnement". Cependant, cette union politique n'a pas suivi aussi vite que prĂ©vu, crĂ©ant un dĂ©sĂ©quilibre : une monnaie fĂ©dĂ©rale sans Ătat fĂ©dĂ©ral pour l'Ă©pauler.
Le débat sur l'euro a cristallisé les oppositions souverainistes. En France, le référendum de 1992 a été remporté de justesse ("le petit oui"). Ce moment a révélé une fracture profonde entre les élites, souvent favorables à l'intégration, et une partie des peuples, inquiÚte de perdre le contrÎle de leur destin national. L'Union politique et souveraineté devenait un sujet de clivage électoral majeur.
đ Schengen et la fin des frontiĂšres nationales
ParallĂšlement Ă la monnaie, la mise en place de l'espace Schengen (intĂ©grĂ© progressivement dans les traitĂ©s de l'UE) a aboli les contrĂŽles aux frontiĂšres intĂ©rieures. La maĂźtrise de ses frontiĂšres est un autre attribut classique de la souverainetĂ©. En les effaçant entre eux, les Ătats europĂ©ens ont fait le pari de la libre circulation des personnes, un symbole fort de l'unitĂ© politique.
Cependant, cela impliquait de renforcer les frontiĂšres extĂ©rieures communes. La souverainetĂ© n'a pas disparu, elle a Ă©tĂ© "mutualisĂ©e" aux limites de l'Europe. Mais cela suppose une confiance absolue entre les Ătats membres : la France doit faire confiance Ă la GrĂšce ou Ă l'Italie pour contrĂŽler qui entre sur le territoire commun. DĂšs qu'une crise migratoire survient, cette confiance est testĂ©e, et la tentation de rĂ©tablir les frontiĂšres nationales rĂ©apparaĂźt, comme on l'a vu plus tard.
Pour approfondir comment l'Europe a grandi géographiquement avec ces évolutions, tu peux consulter l'article sur les élargissements successifs de l'Union européenne, qui montre comment l'extension de l'UE a rendu la gestion de la souveraineté encore plus complexe.
âïž Institutions : qui dĂ©tient vraiment le pouvoir ?
đ Le triangle institutionnel : un Ă©quilibre fragile
L'originalitĂ© de l'UE rĂ©side dans son systĂšme institutionnel qui est un mĂ©lange unique au monde. Il ne s'agit ni d'un Ătat fĂ©dĂ©ral comme les Ătats-Unis, ni d'une simple organisation internationale comme l'ONU. Le pouvoir est partagĂ© au sein d'un "triangle institutionnel" qui reflĂšte la tension permanente autour de l'Union politique et souverainetĂ©.
La Commission europĂ©enne incarne l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de l'Union (le supranational). Ses commissaires ne reprĂ©sentent pas leur pays d'origine. Elle a le monopole de l'initiative lĂ©gislative. Face Ă elle, le Conseil de l'Union europĂ©enne (ou Conseil des ministres) reprĂ©sente les Ătats membres (l'intergouvernemental). C'est lĂ que la souverainetĂ© nationale s'exprime. Enfin, le Parlement europĂ©en reprĂ©sente les citoyens directement, depuis son Ă©lection au suffrage universel en 1979.
Au fil des traitĂ©s, le Parlement a gagnĂ© en pouvoir, devenant co-lĂ©gislateur avec le Conseil. Cela a renforcĂ© la lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique de l'Union, mais a aussi complexifiĂ© la prise de dĂ©cision. La question centrale reste : qui a le dernier mot ? Sur de plus en plus de sujets, le Conseil vote Ă la majoritĂ© qualifiĂ©e, ce qui signifie qu'un Ătat peut ĂȘtre contraint d'appliquer une loi qu'il a refusĂ©e. C'est une brĂšche majeure dans la souverainetĂ© absolue.
đ La Cour de Justice et la primautĂ© du droit
Un acteur souvent mĂ©connu mais crucial dans cette dynamique est la Cour de Justice de l'Union europĂ©enne (CJUE). Par sa jurisprudence, elle a Ă©tabli trĂšs tĂŽt (dĂšs les annĂ©es 1960) deux principes fondamentaux : l'effet direct du droit europĂ©en et sa primautĂ© sur le droit national. En clair, une loi europĂ©enne est supĂ©rieure Ă une loi nationale, et mĂȘme, selon la Cour, Ă une constitution nationale.
C'est une rĂ©volution juridique silencieuse. Cela signifie que les Ătats ont, souvent sans s'en rendre compte pleinement au dĂ©part, acceptĂ© que leur ordre juridique soit subordonnĂ© Ă celui de l'Union dans les domaines de compĂ©tence partagĂ©e. Les souverainistes critiquent souvent ce "gouvernement des juges" qui imposerait une forme de fĂ©dĂ©ralisme par le droit, sans dĂ©bat politique ouvert.
Ce principe de primautĂ© est aujourd'hui au cĆur de tensions violentes, notamment avec la Pologne ou l'Allemagne, dont les cours constitutionnelles rappellent parfois que la source ultime de lĂ©gitimitĂ© reste la constitution nationale. C'est le point de friction juridique le plus dur de la problĂ©matique Union politique et souverainetĂ©.
đ Le Conseil europĂ©en : le retour des chefs
Face Ă la montĂ©e en puissance de la Commission et du Parlement, les Ătats ont rĂ©agi en institutionnalisant le Conseil europĂ©en (la rĂ©union des chefs d'Ătat et de gouvernement). OfficialisĂ© dans les annĂ©es 1970 et consacrĂ© par le traitĂ© de Lisbonne, il est devenu le vĂ©ritable organe de pilotage politique de l'UE.
C'est le Conseil europĂ©en qui fixe les grandes orientations et gĂšre les crises. Son fonctionnement est purement intergouvernemental : on cherche le consensus. Cela rassure les Ătats sur leur souverainetĂ©, car les dĂ©cisions cruciales se prennent entre prĂ©sidents et premiers ministres, qui ont la lĂ©gitimitĂ© nationale. Cependant, cela peut aussi paralyser l'action europĂ©enne si aucun accord n'est trouvĂ©, comme on l'a vu lors de la crise de la dette.
Pour comprendre le rÎle des institutions dans la législation française, tu peux consulter cette page sur le rÎle des institutions européennes qui détaille bien l'interaction entre les niveaux.
đ L'Ă©chec constitutionnel et le traitĂ© de Lisbonne
đ 2005 : Le "Non" retentissant de la France et des Pays-Bas
Au dĂ©but des annĂ©es 2000, l'Europe a voulu franchir un cap symbolique dĂ©cisif : se doter d'une Constitution. Le texte, Ă©laborĂ© par une convention prĂ©sidĂ©e par ValĂ©ry Giscard d'Estaing, visait Ă simplifier les traitĂ©s et Ă donner Ă l'Europe les attributs d'une puissance politique (un ministre des Affaires Ă©trangĂšres, un drapeau et un hymne officialisĂ©s, etc.). Le mot "Constitution" lui-mĂȘme suggĂ©rait l'existence d'un peuple europĂ©en souverain.
Le rĂ©fĂ©rendum de 2005 en France a Ă©tĂ© un sĂ©isme. Avec prĂšs de 55 % de "Non", les Français ont rejetĂ© le texte, suivis quelques jours plus tard par les NĂ©erlandais. Les raisons Ă©taient multiples : peur du libĂ©ralisme Ă©conomique, crainte de la perte d'identitĂ© nationale, sentiment que l'Europe se construisait sans les peuples. Mais au fond, c'Ă©tait un coup d'arrĂȘt Ă l'idĂ©e d'une fusion politique trop rapide.
Cet événement a marqué une rupture. Il a montré que le "permissif consensus" (l'idée que les peuples acceptent tacitement l'intégration) était mort. La question de la souveraineté populaire nationale s'est rappelée brutalement au bon souvenir des dirigeants européens. L'Union politique et souveraineté ne pouvait plus se décréter d'en haut.
đ Lisbonne (2007) : le traitĂ© "simplifiĂ©" pour contourner le blocage
AprÚs une période de "réflexion" (en réalité, de sidération), les dirigeants européens ont décidé de sauver les meubles. Ils ont repris l'essentiel des innovations institutionnelles du projet de Constitution (présidence stable du Conseil, Haut Représentant pour les affaires étrangÚres, extension du vote à la majorité), mais en supprimant tout le décorum étatique (le mot constitution, le drapeau, l'hymne).
C'est devenu le traité de Lisbonne, signé en 2007 et entré en vigueur en 2009. En France, il a été ratifié par la voie parlementaire, ce qui a laissé un goût amer à une partie de l'électorat qui a eu le sentiment que son vote de 2005 avait été contourné. D'un point de vue technique, Lisbonne a rendu l'UE plus efficace. D'un point de vue démocratique, il a alimenté le procÚs en illégitimité de l'Union.
Lisbonne a aussi introduit une nouveautĂ© majeure : l'article 50, qui prĂ©voit pour la premiĂšre fois la possibilitĂ© pour un Ătat de se retirer volontairement de l'Union. C'est la reconnaissance ultime que l'UE reste une association volontaire d'Ătats souverains, et non une prison des peuples.
đ SouverainetĂ© Ă l'Ă©preuve des crises modernes
đ La crise de la zone euro : souverainetĂ© vs solidaritĂ©
La crise financiĂšre de 2010 a Ă©tĂ© un crash-test violent pour l'euro. La GrĂšce, puis l'Irlande, le Portugal et l'Espagne se sont retrouvĂ©s au bord de la faillite. Pour les sauver, les autres pays europĂ©ens (emmenĂ©s par l'Allemagne) et le FMI ont prĂȘtĂ© des sommes colossales. Mais en Ă©change, ils ont exigĂ© une austĂ©ritĂ© drastique et des rĂ©formes structurelles profondes.
On a vu débarquer la "Troïka" à AthÚnes, dictant quasiment le budget du gouvernement grec. C'était une mise sous tutelle de fait. La souveraineté budgétaire grecque a été temporairement suspendue pour sauver la monnaie commune. Cela a posé une question éthique et politique vertigineuse : la solidarité européenne justifie-t-elle de nier le choix démocratique d'un peuple ?
Cette période a vu monter un fort ressentiment, à la fois au Sud (contre le "diktat" allemand) et au Nord (contre le fait de "payer pour les autres"). Pour comprendre l'enchaßnement de ces événements, l'article sur les crises de l'Union européenne est un complément indispensable à cette lecture.
đ La crise migratoire de 2015 : le retour des murs
En 2015, l'arrivée massive de réfugiés fuyant la guerre en Syrie a provoqué une autre crise de souveraineté. Face à l'afflux, le systÚme commun de Dublin (qui oblige le premier pays d'entrée à gérer la demande d'asile) a explosé. L'Allemagne d'Angela Merkel a décidé d'ouvrir ses frontiÚres, tandis que la Hongrie de Viktor Orbån construisait des barriÚres.
L'espace Schengen a été remis en cause. Plusieurs pays ont rétabli provisoirement des contrÎles aux frontiÚres nationales, affirmant que l'UE était incapable de protéger ses frontiÚres extérieures. C'est le retour du réflexe souverainiste de base : "maßtres chez nous". La solidarité (relocalisation des réfugiés par quotas) a été refusée par les pays du groupe de Visegråd (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie) au nom de leur souveraineté culturelle et sécuritaire.
Cette crise a montrĂ© les limites de l'intĂ©gration politique : quand l'essentiel est en jeu (l'identitĂ©, la sĂ©curitĂ©), l'intĂ©rĂȘt national reprend le dessus sur la discipline communautaire.
đ Le Brexit : la souverainetĂ© retrouvĂ©e ?
L'aboutissement logique de ces tensions a été le Brexit. Lors du référendum de 2016, le slogan des Brexiters était "Take back control" (Reprendre le contrÎle). C'était un message pur de souveraineté : reprendre le contrÎle des frontiÚres, des lois et de l'argent. Le Royaume-Uni a choisi de quitter le club, acceptant un coût économique probable pour récupérer sa liberté politique totale.
Le Brexit a Ă©tĂ© un choc existentiel pour l'UE, mais il a aussi paradoxalement soudĂ© les 27 autres Ătats. Personne d'autre n'a suivi l'exemple britannique pour l'instant. L'Union a montrĂ© qu'elle pouvait dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts unitairement face Ă un Ătat partant. Tu peux explorer les dĂ©tails de ce divorce historique dans l'article sur le Brexit et ses consĂ©quences.
đź Vers une souverainetĂ© europĂ©enne ou un retour aux nations ?
đ La "souverainetĂ© europĂ©enne" : le nouveau concept d'Emmanuel Macron
Depuis 2017, le prĂ©sident français Emmanuel Macron promeut le concept de "souverainetĂ© europĂ©enne". L'idĂ©e est que, dans un monde de gĂ©ants (Chine, USA, Russie), les nations europĂ©ennes sont devenues trop petites pour ĂȘtre rĂ©ellement souveraines seules. La vraie souverainetĂ©, celle qui permet d'agir sur le monde, ne pourrait dĂ©sormais s'exercer qu'Ă l'Ă©chelle du continent.
Cette vision prĂŽne une autonomie stratĂ©gique de l'Europe : ĂȘtre capable de produire ses propres puces Ă©lectroniques, ses vaccins, ses armes, sans dĂ©pendre des autres. C'est une tentative de rĂ©concilier le mot "souverainetĂ©" (cher aux peuples) avec l'intĂ©gration europĂ©enne. Cela implique plus de budget commun, une dĂ©fense commune et une politique industrielle forte.
Cependant, ce concept ne fait pas l'unanimité. L'Allemagne reste attachée au lien transatlantique (OTAN) pour sa défense, et de nombreux petits pays craignent qu'une "souveraineté européenne" ne soit qu'un masque pour une domination française ou franco-allemande. Le débat reste ouvert.
đ Covid-19 et Guerre en Ukraine : accĂ©lĂ©rateurs d'histoire
La pandémie de Covid-19 a brisé des tabous. Face à l'urgence, l'UE a décidé en 2020 d'emprunter de l'argent en commun sur les marchés pour financer la relance (plan NextGenerationEU). C'est un pas fédéral gigantesque, que l'Allemagne avait toujours refusé auparavant. Cela crée une dette commune, donc un destin commun pour les rembourser sur des décennies.
De mĂȘme, l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a rĂ©veillĂ© l'Europe gĂ©opolitique. L'UE a livrĂ© des armes, pris des sanctions massives et accordĂ© le statut de candidat Ă l'Ukraine. La souverainetĂ© se dĂ©finit aussi par la capacitĂ© Ă dĂ©signer l'ennemi et Ă se dĂ©fendre. L'histoire s'accĂ©lĂšre, et l'Union politique et souverainetĂ© europĂ©enne se forge dĂ©sormais dans la douleur des crises, prouvant que l'Europe ne se fait pas seulement dans les salons feutrĂ©s de Bruxelles, mais dans la rĂ©action aux tempĂȘtes du monde.
Pour aller plus loin sur le fonctionnement quotidien de l'UE, le site officiel de l'Union propose des ressources trÚs claires, notamment sur les principes et valeurs qui guident cette souveraineté partagée.
đ§ Ă retenir sur Union politique et souverainetĂ©
- L'UE s'est construite sur une tension constante entre intégration supranationale (Commission, Parlement) et coopération intergouvernementale (Conseil).
- Le traité de Maastricht (1992) a été le tournant décisif avec la création de l'euro et de la citoyenneté européenne.
- Le rejet de la Constitution en 2005 et le Brexit en 2016 montrent la persistance d'une forte demande de souveraineté nationale.
- Aujourd'hui, l'UE cherche une "souveraineté européenne" (autonomie stratégique) face aux crises mondiales (Covid, Ukraine), dépassant le simple cadre économique.
â FAQ : Questions frĂ©quentes sur l'Union politique
đ§© Est-ce que l'Union europĂ©enne est un Ătat ?
Non, l'UE n'est pas un Ătat. Elle n'a pas de prĂ©sident unique avec tous les pouvoirs, pas d'armĂ©e unique, et elle repose sur des traitĂ©s entre pays souverains qui peuvent dĂ©cider de partir (article 50). C'est une association d'Ătats unique en son genre (sui generis).
𧩠La loi française est-elle supérieure à la loi européenne ?
Non, selon le principe de primautĂ© du droit europĂ©en, les traitĂ©s et directives de l'UE sont supĂ©rieurs aux lois nationales dans les domaines oĂč les Ătats ont transfĂ©rĂ© leur compĂ©tence. Cependant, certaines cours constitutionnelles nationales contestent parfois cette supĂ©rioritĂ© absolue.
𧩠Qu'est-ce que la "majorité qualifiée" ?
C'est un mode de vote au Conseil de l'UE oĂč une dĂ©cision est adoptĂ©e si elle est soutenue par 55% des Ătats membres reprĂ©sentant au moins 65% de la population de l'UE. Cela empĂȘche un seul petit pays de bloquer tout le monde (fin du droit de veto systĂ©matique).
𧩠Pourquoi parle-t-on de "déficit démocratique" ?
C'est la critique selon laquelle l'UE décide de choses importantes (monnaie, normes) via des institutions non élues directement (Commission, Banque Centrale) ou trop éloignées des citoyens, donnant l'impression que le peuple n'a plus le contrÎle.
